CRITIQUE : Black Mirror -Saison 4 (Black Mirror - Season 4)


Black Mirror -Saison 4

Critique de la Série

Depuis que Black Mirror est produit par Netflix, cette série a passé la surmultipliée. Son nombre d'épisodes a doublé. Acteurs de renom (Bryce Dallas Howard et Kelly MacDonald dans la saison 3, Andrea Riseborough, Jesse Plemons, Rosemarie De Witt pour cette saison 4) et metteurs en scène réputés (Jodie Foster, John Hillcoat, Colm McCarthy, David Slade, Tim Van Patten pour la saison 4) se bousculent au portillon pour y participer. Charlie Brooker, le showrunner sardonique, est toujours aux commandes et a conçu la quasi totalité des scénarios. Quid donc de cette saison 4 qui débarque le 29 décembre pour apporter son lot de frissons et de réflexions avant la fin de l'année 2017?

Pour sa quatrième saison, Black Mirror demeure une excellente série de qualité, qui continue à nous fasciner en interrogeant notre quotidien et la manière dont la technologie peut le transformer.

Black Mirror est une série anthologique, comme Alfred Hitchcock présente ou La Quatrième Dimension, ce qui signifie que chaque épisode raconte une histoire bouclée en elle-même, ne se rattachant pas aux autres. par conséquent, anthologique signifie forcément inégal, certains épisodes ressortant plus que d'autres. Cette saison n'échappe pas à la règle, étant approximativement du même niveau que la saison 3, mais ayant également quelques points de faiblesse. On pourrait même dire qu'elle se trouve très légèrement en retrait, possédant moins d'épisodes très marquants. L'ensemble peut paraître globalement moins pessimiste car les deux épisodes de début et de fin se terminent relativement bien. 

Faisons la revue de détail. Commençons par les points faibles. Dans la saison 3, il s'agissait plutôt des épisodes 2 et 5, lorsque Black Mirror convoque des genres cinématographiques très codés comme le film d'horreur ou de guerre, et ne parvient pas à les transcender. Idem pour la saison 4 où les épisodes se reliant le plus à des genres s'avèrent les plus décevants ou tout au moins les moins profonds. USS Callister (épisode 1) se livre ainsi à une parodie un peu éculée de Star Trek, sous prétexte d'une double vie virtuelle où l'informaticien de génie se transforme en salaud. Divertissant et bien réalisé, cet épisode ne laisse pourtant guère de traces dans la conscience. Quant à Metalhead (épisode 5), ce mélange de Mad Max Fury Road, Duel et Terminator n'échappe malheureusement pas à l'écueil du déjà-vu, en dépit d'une réalisation plutôt efficace, là encore. La série, étant donné son nombre d'épisodes, se doit de varier les genres utilisés pour exprimer la palette la plus diverse possible.  

Restent surtout les trois épisodes centraux et le final. C'est là où Black Mirror s'avère le plus efficace, intrigant et fascinant, lorsqu'il s'insinue dans notre quotidien et y révèle des potentialités qui ne sont guère éloignées de la réalité. Les trois épisodes centraux en sont la démonstration, en partant du quotidien le plus banal. Arkange (épisode 2), réalisé par Jodie Foster et interprété par Rosemarie De Witt, stigmatise la vidéosurveillance des enfants à travers un système ultra-perfectionné qui va progressivement gâcher la vie d'une mère et de sa fille. L'épisode va sans doute susciter un grand nombre de polémiques car on pourrait croire que l'amour maternel ou le besoin de surveillance des parents sont particulièrement visés. Ce n'est pas forcément le cas ; c'est bien plutôt l'excès ou l'abus de surveillance, facilité par la technologie, qui est ici dénoncé par Brooker. Jodie Foster en profite pour réaliser l'un de ses meilleurs films, loin, très loin de Money Monster. Il est d'ailleurs assez ironique de voir qu'elle a choisi une jeune comédienne assez proche de son physique de l'époque pour le rôle de la fille. 

L'épisode 3, Crocodile, met en scène Andrea Riseborough dans une affaire de meurtre et pendant un bon tiers, ressemble à une histoire classique de culpabilité et de fuite , jusqu'à ce qu'une employée d'assurances utilise un remémorateur, une machine à sonder les souvenirs, pour attester de la validité d'un accident dont la protagoniste aurait été témoin. De là une escalade dramatique qui transformera une architecte célèbre en criminelle, et permettra à Andrea Riseborough de livrer une époustouflante performance d'actrice. On se dit d'ailleurs que si la police pouvait utiliser cette machine pour toutes les affaires criminelles, elles seraient résolues en moins de dix minutes à chaque fois. La réalisation de John Hillcoat (La Route, Des hommes sans loi), précise et pleine de tension, est absolument remarquable et on ne révélera pas le twist final, très ironique.    

Quant à l'épisode 4, Hang the DJ, d'après la chanson des Smiths qu'on entend à la fin, c'est sans doute le San Junipero de cette saison, une histoire très romantique où des jeunes gens sont amenés à se rencontrer par le biais d'un système informatique qui leur promet l'amour absolu au bout d'une kyrielle de rencontres. C'est évidemment Meetic et tous les sites de rencontre en ligne qui sont visés mais Charlie Brooker y ajoute comme dans San Junipero une donnée essentielle, le facteur temps. Les couples qui sont formés savent déjà au début de chaque rencontre combien de temps ils vont rester ensemble, ce qui va permettre un compte à rebours parfois trop rapide ou trop lent selon les cas. Idée de génie comme en a parfois Charlie Brooker. Hang the DJ va donc montrer comment un couple va essayer de détourner les règles du système qui, non content d'être inique, se montre parfois aussi menaçant qu'attentatoire aux libertés humaines. Très réussi,  cet épisode réalisé par Tim Van Patten (Les Soprano) bénéficie moins de l'effet de surprise de San Junipero où Brooker baissait la garde pour la première fois et montrait le côté idéaliste et romantique de sa personnalité.

Enfin, le dernier épisode, Black Museum, est pour le moins complexe car en un peu plus d'une heure, concentre trois histoires différentes reliées par un récit-cadre, comme dans les romans de Stefan Zweig (qui, eux, se contentaient d'une seule histoire au sein d'une autre). Elles font au total un brin patchwork car l'on passe d'un developpeur sensoriel dont un médecin se sert pour augmenter sa tendance au sado-masochisme, au transfert de conscience pour les personnes se trouvant dans le coma, en passant par la survie virtuelle d'un double numérique. C'est surtout la première qui fait l'effet d'une pièce rapportée mais Brooker parvient avec son habileté de scénariste à faire tenir l'ensemble sans faillir, même si la première impression de patchwork subsiste. Colm Mc Carthy, réalisateur de l'excellent The Last Girl, celle qui a tous les dons et de nombreux épisodes de Peaky Blinders et de Sherlock, y a concocté de fantastiques séquences en particulier celles où la conscience d'une personne dialogue avec le corps qui lui offre un abri. 

Au bilan final, Black Mirror propose quatre excellents épisodes et deux un peu décevants mais tout à fait acceptables. L'effet de surprise s'est peut-être un peu émoussé et la qualité haute des meilleurs épisodes est peut-être légèrement moins élevée. Il n'en reste pas moins que Black Mirror demeure une excellente série de qualité, qui continue à nous fasciner en interrogeant notre quotidien et la manière dont la technologie peut le transformer.    

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Informations

Détails de la Série Black Mirror -Saison 4 (Black Mirror - Season 4)
Origine Angleterre Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Thriller - Horreur - Drame - Science - Fiction
Version TV Durée 360 '
Sortie 29/12/2017 Reprise -
Réalisateur David Slade - John Hillcoat - Jodie Foster - Colm McCarthy Compositeur
Casting Rosemarie DeWitt - Andrea Riseborough - Jesse Plemons - Georgina Campbell
Synopsis Les épisodes sont liés par le thème commun de la mise en œuvre d'une technologie dystopique, le « Black Mirror » du titre faisant référence aux écrans omniprésents qui nous renvoient notre reflet. Sous un angle noir et souvent satirique, la série envisage un futur proche, voire immédiat. Elle interroge les conséquences inattendues que pourraient avoir les nouvelles technologies, et comment ces dernières influent sur la nature humaine de ses utilisateurs et inversement.

Par David Speranski