CRITIQUE : GLOW - Saison 1 (GLOW - Season 1)


GLOW - Saison 1

Critique de la Série

En quelques années, Jenji Kohan s’est imposée comme une figure incontournable du petit écran. Avec Weeds, une série sur les tribulations d’une mère au foyer forcée de vendre de la drogue pour s’en sortir financièrement, et surtout Orange is the New Black, dépeignant un univers carcéral exclusivement féminin, la productrice américaine a su mettre en valeur des programmes culottés et profondément novateurs quant à la représentation des femmes à la télévision. En tant que productrice exécutive de GLOW (Gorgeous Ladies of Wrestling), nouvelle série Netflix sur un sujet aussi étonnant que le catch féminin, Jenji Kohan nous laissait espérer la même irrévérence, à travers un discours politique désinvolte et un engagement revendiqué pour la cause féministe.

Malgré une ambiance plaisante, des personnages hétéroclites et un sujet pour le moins original, GLOW s’avère finalement bien trop sage pour tenir toutes ses promesses politiques et féministes.

Étonnant, GLOW l’est dès les premières minutes. La série s’affiche d’emblée comme un programme sympathique et attisant la curiosité, tant par sa reconstitution des années 1980, grâce à une esthétique pop et kitsch et une bande-son rock n’roll qui nous plonge dans l’ambiance de l’époque, que par sa présentation du personnage de Ruth Wilder (interprété par Alison Brie, déjà croisée et appréciée dans la série comique Community), actrice en devenir prête à tous les sacrifices mais trop lisse pour percer dans le milieu hollywoodien. Centré sur un personnage féminin digne d’une « girl next door », qui oscille entre galères professionnelles et relations sentimentales inexistantes, le programme détonne aussi, à l’instar d’Orange is the New Black, par sa volonté de s’intéresser à des anti-héroïnes auxquelles les spectatrices peuvent aisément s’identifier.

Comme dans la précédente série de Jenji Kohan, nous y retrouvons un groupe de femmes plus ou moins paumées. En quête d’un travail pas trop miteux, chacune y va de sa verve et de sa personnalité pour convaincre Sam Sylvia, réalisateur de séries B rustre et misogyne, de la choisir pour tourner dans son nouveau show de catch télévisé. Dans cette bande aux caractères multiples, quatorze femmes s’affrontent joyeusement pour dépasser leurs limites physiques et mentales et créent leur personnage pour exister sur le ring : Debbie, ex-star de soap et ex-meilleure amie de Ruth, qui a décidé de reprendre le travail après avoir fondé une famille, devient Miss America, modèle de beauté et de bien-pensance ; Rhonda, émigrée britannique mutine, a apparemment tous les atouts pour interpréter Britannica, cliché de l’européenne intellectuelle mais sexy ; Tamee, afro-américaine aux formes généreuses, est toute trouvée pour incarner la Reine des Allocs, véritable « sangsue de l’économie américaine ».

L’occasion pour les créateurs de la série de jouer sur les stéréotypes ethniques, physiques et sociaux, sur lesquels fonctionne effectivement le catch. Si l’idée ne fait que vaguement sourire et peine à créer la controverse apparemment recherchée par le programme, il est intéressant de voir à quel point ces clichés servent de catharsis aux spectateurs (majoritairement masculins), enclins à détester tout ennemi des américains, qu’il soit terroriste ou communiste, et à aduler ceux qu’ils considèrent comme les vrais héros de la nation. Sous cette couche politique un brin maladroite se cache un féminisme trop timide pour convaincre. En abordant les thèmes encore tabous de l’avortement, du sexe pendant les règles, de la synchronisation des cycles menstruels dans un groupe de femmes et de l’incommodité des serviettes hygiéniques, la série se veut clairement engagée mais ne le fait que d’une façon gratuite et sans incidence sur les événements racontés. Sur le plan esthétique, GLOW se perd également au sein même de ses idéologies : dans un univers aussi spectaculaire et démonstratif que le catch, la série était en terrain conquis pour questionner l’érotisation du corps féminin mais finit, à l’image, par défendre ce qu’elle semblait condamner, en mettant en scène des femmes se dandinant dans leur léger habit de lycra, exposées aux regards masculins du réalisateur, du producteur et des spectateurs du show.

Par amour pour Jenji Kohan et par curiosité pour la suite des événements, il nous reste à espérer que la saison 2 s’épanouira davantage dans son sujet et trouvera la voie tant attendue de l’insolence.

À travers les drames personnels de ses personnages féminins, la série ne se montre pas davantage subtile. En plus de suivre des femmes plutôt hystériques voire horripilantes – la bataille d’ego entre Ruth et Debbie s’avère rapidement usante, et d’autres personnages tels que Melrose ou Jenny font preuve de trop de superficialité pour être réellement attachantes -, GLOW accumule tout un tas de clichés scénaristiques. Adultère, recherche du père biologique, manque de reconnaissance parental, échec professionnel, fausse couche : tout y passe pour faire pleurer dans les chaumières, mais les destins individuels, trop nombreux, manquent de profondeur et d’une réelle mise en scène – là où Orange is the New Black choisissait, à bon escient, les flash-backs pour présenter le passé de ses personnages. Dans ce salmigondis de banalités, seuls les crises d’angoisse de Carmen (alias Machu Picchu), le passé douloureux de Cherry et la quête identitaire de Ruth sortent du lot et confèrent à la série une once d'humanité.

Malgré une atmosphère plaisante, des personnages hétéroclites et un sujet pour le moins original, GLOW s’avère finalement bien trop sage pour tenir toutes ses promesses politiques et féministes. Afin de faire exister chacune des personnalités féminines sur l’écran, la série verse dans la facilité sans jamais réussir à accomplir son potentiel fédérateur et revigorant. Le programme propose pourtant quelques belles idées sur la façon dont les femmes se réapproprient leur corps par le catch, un sport presque exclusivement masculin, et saisissent l’opportunité de trouver leur place dans la société tout en accomplissant leur féminité, mais il ne creuse pas assez le sillon d'une éventuelle émancipation. Surtout, GLOW manque cruellement d’émotion, contrairement à Orange is the New Black, où la solidarité féminine finissait par jaillir au sein même de la violence et de la peur. Pour autant, il serait dommage de complètement renoncer à GLOW dès sa première saison : par amour pour Jenji Kohan et par curiosité pour la suite des événements, il nous reste à espérer que la saison 2 s’épanouira davantage dans son sujet et trouvera la voie tant attendue de l’insolence.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails de la Série GLOW - Saison 1 (GLOW - Season 1)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Comédie - Drame
Version TV Durée 30 '
Sortie 23/06/2017 Reprise -
Réalisateur Liz Flahive - Carly Mensch Compositeur
Casting Chris Lowell - Alison Brie - Betty Gilpin - Sydelle Noel - Britney Young - Marc Maron - Britt Baron - Kimmy Gatewood - Rebekka Johnson - Sunita Manie - Kate Nash - Gayle Rankin - Jackie Tohn - Ellen Wong - Kia Stevens - Marianna Palka
Synopsis Ruth Wilder, une actrice en mal de notoriété, trouve dans le monde du lycra et des paillettes du catch féminin une dernière chance de se faire un nom. Obligée de travailler avec douze marginales d'Hollywood, Ruth est aussi en concurrence avec Debbie Eagan, ancienne actrice de soap.

Par Emilie BOCHARD