CRITIQUE : Hero Corp


Hero Corp

Critique de la Série

Sur les pas de son demi-frère, Simon Astier a su impacter le monde de la télévision et d’internet de son empreinte. Suivant des codes bien définis pour les faire évoluer, la conclusion de sa série Hero Corp amène la même vague de nostalgie que l’avait fait Alexandre Astier avec Kaamelott. Certes moins populaire que son prédécesseur (Hero Corp n’ayant remplacé aucune mini-série à proprement parler puis étant apparue lors de l’effervescence des web-séries style Bref, Théorie des Balls, Le Visiteur du futur etc., créant une véritable diversité des programmes dont certains clins d’œil sont d’ailleurs parfois présents), la communauté qu’elle a atteinte était cependant plus fidèle. Aujourd’hui, comment aborder une série, bien que maladroite et manquant d’expérience, qui fut construite et diffusée quasi exclusivement grâce aux fans de la première heure, ceux-là même qui n’ont jamais désespéré quant au projet de son créateur ? Lorsque le public a un amour si fraternel envers l’œuvre, cela semble hypocrite d’avoir des choses à redire dessus tant leur dévouement fut impressionnant.

Il faut dire que le projet de Simon Astier est assez atypique. Faire un tel pied-de-nez à l’industrie cinématographique hollywoodienne en détournant ses genres les plus populaires et mettre l’industrie audiovisuelle française devant le fait accompli grâce à l’engouement qu’il a suscité, c’est une sacrée performance. Alors que Marvel et DC se battent littéralement à qui proposera le meilleur univers de super-héros sur grand écran, notre cher auteur français, lui, se ramène avec une idée très improbable, des super-héros vieux. Quel intérêt ? Pour quoi faire ? Qui regardera des vieux croutons dont les pouvoirs sont sur le déclin ? C’est ce projet aux antipodes de l’actualité qui séduit, le trop-plein et l’overdose ont permis à la provocation gentille et au cynisme de se faire une place. Si le squelette du projet s’affaire à titiller le genre super-héroïque, Simon Astier ne s’arrête pas là dans les références puisqu’il y ajoute également sans sourciller des vampires, des zombies, des robots et même un voyage spatial. Ce n’est pas anodin qu’une telle série ait eu autant de succès. Il y en a pour tous les goûts.

Une série qui a réussit à se forger grâce à ses défauts. L'inexpérience et la maturité croissante de son créateur ont grandement bénéficié à l'accroissement qualitatif notable de la série.

Là où la série se démarque c’est dans l’évolution même de son histoire (diégèse et mimesis). C’est une série qui a occupé près de 10 ans de la vie de son créateur, de son adulescence à son passage dans le monde adulte de plein-pied. Toutes les influences et les doutes qui ont rempli l’esprit de Simon Astier peuvent se percevoir. C’est ce qui en fait à la fois une série riche émotionnellement et souvent maladroite. Hero Corp ne parle pas à tout le monde uniquement parce qu’elle propose un mélange des genres absolument dément, c’est avant tout une retranscription de toute une période de sa vie. John est un jeune homme tourmenté, perdu, abandonné, qui ne sait jamais à quoi se raccrocher. Des doutes qui affectent autant les ados que les adultes. Le message d’Hero Corp est universel car son créateur l’a développé sur plusieurs périodes clefs de sa vie. Voilà pourquoi cela en fait une série si appréciée et convaincante malgré des défauts notoires.

En effet en 5 saisons, la série a eu le temps d’être assez inégale. Les 2 premières saisons démarrent sur les chapeaux de roue, mais pas sûr que la suite était prévue initialement ni à ce qu’elle dure aussi longtemps. L’écriture reste bonne car elle développe la plupart des points essentiels, en revanche elle semble parfois incomplète. Il y a énormément de rebondissements dans Hero Corp, voire un peu trop. Des retournements de situations et des nouveaux personnages comme s’il en pleuvait, difficile de suivre jusqu’au bout une saison, ou même passer de l’une à l’autre, sans omettre une foule de détails. Pourtant ce n’est pas si grave car tous ne seront pas pleinement exploités. Certains mystères restent en suspens jusqu’au bout, certains personnages ont des fins tristes emportant leurs histoires avec eux et d’autres ne sont qu’à moitié utilisés. Ne parlons pas des nombreux personnages qui tombent rapidement dans l’oubli sans que cela gêne vraiment l’histoire. Peut-être verrons-nous plus tard voir apparaître des épisodes spin-off ? L’univers est assez large et offre encore beaucoup de possibilités, Simon Astier ne semble juste pas avoir jugé important de les développer ici. Ce n’est pas incorrect, après tout, c’est l’histoire de John et non de Jennifer ou Jean Micheng. Même si beaucoup de personnages nous sont chers car on peut s’identifier à eux où ils se rapprochent plus de quelque chose auquel on porte un attachement, malheureusement ils resteront à jamais des personnages secondaires par rapport à John.

C'est une série qui a grandi avec son public, c'est tout ce qui en fait son charme et la rend si intéressante.

De plus il y a aussi une part d’inexpérience de la part de Simon Astier, il s’agit de sa première création originale dont il est le créateur et chef de projet. Il avait certes grandement aidé à la réalisation d’Off Prime sous la direction de Christophe Fort et avec l’aide de Bruno Solo, ou encore ses quelques courts-métrages qui ont été diffusés sur internet, notamment chez le Golden Moustache. Malgré quelques expériences derrière la caméra, le travail n’était jamais aussi imposant. Bien que l’écriture soit bonne, le cadre également, on sent de nombreuses incertitudes, quelques épisodes passent un peu rapidement leur action et manquent de détails ou d’attention pour permettre au spectateur de suivre correctement. Il y a aussi des ellipses, notamment pour faire le lien entre chaque saison, mal gérées. L’écart temporel trop important, ou pas assez, les changements trop différents. Bref on sent qu’il y a des erreurs, les éclaircissements viennent parfois trop tard, certains agissements trouvent un écho difficile à cerner etc. L’histoire reste suffisamment fluide pour bien saisir la trame principale, ce sont seulement divers éléments parsemés dans toute l’histoire qui manquent de clarification en temps et en heure. Et quand on se questionne sur certains personnages, la trame de fond change de direction et ne revient plus sur ces personnages mystérieux.

Mais tout ceci n’est pas uniquement dû à un côté légèrement inexpérimenté, c’est aussi une question de maturité. Et la saison 5 en est un exemple très probant. En grandissant l’auteur a aussi changé ses priorités, a parfois trouvé une paix en lui-même sur un sujet. Tous ces changements font que la direction scénaristique peut dériver vers quelque chose qui offre plus d’écho à Simon Astier. A l’image ce sont tous ces personnages qui changent complètement, Doug qui suit la voix de son ami et mentor Klaus, Klaus qui trouve une paix intérieure, Mique qui prend enfin conscience de ses responsabilités et qui les assume ou encore le lien fraternel qui unit le quatuor Stève, Burt, Stan et Karin. Tous ces personnages qui ont changé et ont évolué mentalement dans la saison 5 pour s’affranchir d’un système qui les bride dans leur envol est aussi une énorme métaphore de la série pour montrer aux gens qu’ils ont changé en même temps que Simon Astier et en même temps que la série.

Hero Corp n’est pas uniquement une série de super-héros sur le retour, c’est un projet qui cherche à montrer aux gens à quel point ils changent au quotidien. De leur faire prendre conscience que tout ce qui les entoure, à commencer par la série, influe sur leur psychologie. Ce qui est fou avec Hero Corp, c’est que c’est une preuve d’amour mutuelle entre le projet et son public que les erreurs et les défauts n’affectent pas. Les nombreux changements de format ne sont pas un effet de style pour faire comme Kaamelott, c’est une recherche constante d’amélioration et une preuve d’imperfection. Hero Corp est une série qui vit de sa communauté et qui fait vivre cette dernière. C’est un projet qui transcende tellement son simple média, que si on devait redéfinir le terme transmédia, on le nommerait Hero Corp.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails de la Série Hero Corp
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Comédie - Fantastique
Version TV Durée 26 '
Sortie 21/06/2017 Reprise -
Réalisateur Simon Astier Compositeur Etienne Forget
Casting Arnaud TSAMERE - Alban Lenoir - Simon Astier - Sébastien Lalanne - Aurore Pourteyron
Synopsis À la suite d’une guerre dans les années 1980, il est décidé de créer l’agence Hero Corp, une organisation regroupant tous les super-héros afin de maintenir un climat de paix. Cette agence possède plusieurs sites secrets sur la planète et dans le département de la Lozère se trouvent les retraités, mis au rancart, démissionnaires, démasqués, pas-formés. Coupés du monde, ils peuvent retrouver une vie calme et paisible. Vingt ans après, ce calme paisible vole en éclats lorsque réapparaît The Lord. Face au retour de The Lord, le plus grand super-vilain de l’Histoire, le village est démuni. Selon une prédiction, John est l'unique solution face à ce danger que Hero Corp préfère garder sous silence. John arrive dans un village isolé pour aller enterrer sa tante. Il se rend compte que les habitants cachent quelque chose et qu’ils n’ont pas l’air décidés à le laisser partir.

Par Aymeric DUGENIE