CRITIQUE : Alfred Hitchcock présente (Alfred Hitchcock Presents)


Alfred Hitchcock présente

Critique de la Série

Elephant Films aime Alfred Hitchcock et n’a de cesse de nous le prouver. Après avoir édité tous les inédits de la série Alfred Hitchcock présente (The Alfred Hitchcock Hour en anglais), les voilà qui nous gâtent en éditant également l’intégrale de la série Alfred Hitchcock présente, initialement diffusée en 1955 et qui a duré 7 saisons. Le distributeur a donc commencé par nous gratifier de la saison 1 dès le 23 novembre dernier et va continuer sur sa lancée de manière fréquente jusqu’à nous offrir toute l’intégrale d’une série dont la richesse, l’inventivité et le vivier de talents n’a de cesse d’étonner.

Sur le fond, le principe de la série n’a jamais bougé d’un iota. Il s’agit d’épisodes de 25 minutes tous indépendants les uns des autres, chacun racontant une histoire qui appartient au registre du polar, du film noir, du thriller. Il y est question de meurtres, d’adultères, de mensonges, de manipulations, de chantages… Toutes ces petites bassesses humaines que la série pointe du doigt non sans humour, ajouté par les introductions et conclusions d’épisodes effectuées par Alfred Hitchcock en personne. Des apartés décalés et comiques mais qui servent également à sauver la morale : à plusieurs reprises les épisodes se terminent de manière cynique et la conclusion d’Hitchcock vient préciser que le coupable se fait toujours punir. Des conclusions parfois improbables (Hitchcock disant que le chien du meurtrier était en fait un inspecteur de police infiltré), simplement pour la forme, histoire d’offrir une morale aux téléspectateurs.

Véritable vivier de talents, Alfred Hitchcock présente est une série anthologique qui n'a jamais cessé d'explorer les bassesses de la nature humaine avec au menu les incontournables : meurtre, chantage, adultère et mensonge.

Le fond de la série est pourtant complètement cynique. Sur la trentaine d’épisodes qui composent chaque saison, impossible de ne pas voir la vision affreusement pessimiste que Hitchcock (et tous les scénaristes de la série) posent sur leurs concitoyens. La soif de réussite américaine y est durement épinglée. Les villes, les jolies banlieues, le rêve américain laissent entrevoir leur noirceur et leur désespoir. Chacun cache ses vices, ses petits secrets aux yeux du monde. Un acteur alcoolique fait chanter un auteur pour obtenir un rôle dans The Cream of the Jest, une femme idéale tente d’assassiner son mari dans Our Cook’s a treasure. Au final, la série, aussi noire soit-elle (on tue pour de l’argent ou pour une histoire de fesses) ne cesse de montrer que le crime ne paie pas et qu’il est impossible de s’en sortir avec sa mauvaise conscience.

De manière générale, aucun épisode n’est mauvais. Le vivier d’auteurs réunis (parmi lesquels on trouve Ray Bradbury, Robert Bloch ou encore Roald Dahl) a du talent et le chic pour offrir des épisodes de qualité. Certes, l’ensemble frise parfois la répétition : à force d’user les mêmes thématiques et les mêmes ficelles, certains épisodes ronronnent un peu. Mais reconnaissons que le registre abordé par la série semble inépuisable. Il y a mille façon de tuer quelqu’un, mille autres de le tromper, mille autres de manipuler les gens. Si le terrain est connu et agréable, certains épisodes viennent donc sortir du lot. Comme And so died Riabouchinska et son ventriloque amoureux de sa marionnette ou encore l’irrésistible Wet Saturday et sa famille dysfonctionnelle tâchant de dissimuler un meurtre.

Ce qui fait également le sel de la série, il faut bien l’avouer, c’est la pléthore d’acteurs que l’on y croise. Chaque épisode, non content d’être réalisé par quelques pointures (Hithcock lui-même en réalisa plusieurs mais aussi Robert Altman, Paul Henreid, Arthur Hiller, Stuart Rosenberg, Robert Florey et même Ida Lupino) comporte un casting à tomber par terre, permettant parfois à des histoires un peu moins bonnes d’être relevées par une solide interprétation. On croise du beau monde dans la série : des acteurs confirmés (Claude Rains, Cedric Hardwicke, Everett Sloane, Joseph Cotten, Vincent Price, Peter Lorre, Fay Wray, Bette Davis) mais aussi des plus jeunes dont la carrière décollera un plus tard (Steve McQueen, Charles Bronson, John Cassavetes, Joanne Woodward). Niche à talents, Alfred Hitchcock présente se montre redoutablement efficace par la courte durée de ses épisodes et par ses thématiques qui n’ont pas vieilli d’un pouce. Voilà pourquoi il est toujours aussi délicieusement bon de se plonger dans cette série, titillant nos instincts les plus bas…

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails de la Série Alfred Hitchcock présente (Alfred Hitchcock Presents)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Thriller - Suspens - Policier
Version TV Durée 26 '
Sortie 02/10/1955 Reprise -
Réalisateur Multiples - Alfred Hitchcock - Robert Altman - Paul Henreid - Herschel Daugherty - Don Taylor - Robert Stevens - Don Weis - Jus Addiss - Arthur Hiller Compositeur Non Renseigné
Casting Peter Lorre - Rosemary Harris - Pat Hingle - Rip Torn - Martin Balsam - Joseph Cotten - Vera Miles - Denholm Elliott - John Cassavetes - Ralph Meeker - Jessica Tandy - Vincent Price - Claude Rains - George Peppard - Jeanette Nolan - Hume Cronyn - E.G. Marshall - Thelma Ritter - Michael Rennie - Cedric Hardwicke - Everett Sloane - William Shatner - Keenan Wynn - Dick York - Henry Silva - Joanne Woodward - David Wayne - Peter Lawford - Marisa Pavan - Fay Wray
Synopsis En 1955, Alfred Hitchcock révolutionne la télévision en présentant une série mariant suspense et humour noir : "Alfred Hitchcock présente". Une anthologie de courts récits macabres, aux intrigues toujours surprenantes, laissant les spectateurs pantois devant un retournement final renversant. Des récits mêlant chantages, suspicions, meurtres parfaits et faux coupables, produits et parfois réalisés par le Maître du suspense...

Par Alexandre Coudray