CRITIQUE : My Hero Academia (Boku no Hero Academia)


My Hero Academia

Critique de la Série

Succès shônen de la fin d’année 2016, My Hero Academia peut se targuer d’avoir su entraîner une sacrée hype sur la toile. L’adaptation animée du manga de Kōhei Horikoshi se retrouve régulièrement bien placée dans les différents « top », que le net nous livre par paquets de cent en fin d’année. Shônen de la plus pure tradition, il ne se démarque pourtant que peu de son genre et c’est à se demander si la ferveur soulevée par les aventures d’Izuku Midoriya (ou « Deku ») dans le monde des héros n’est pas démesurée par rapport à la qualité intrinsèque de l’anime.

On y retrouve Midoriya, qui évolue dans un univers où tout le monde possède un pouvoir qui se manifeste dès le plus jeune âge (4 ans). De cette simple règle résulte l’apparition de super-héros dans le monde, prêts à défendre la veuve et l’orphelin dans leurs petits costumes en spandex qui feraient rougir d'envie les héros marvel de la première heure. Véritables sujets d’admiration pour Midoriya, les héros représentent un idéal pour lui, tout particulièrement « All Might », reconnu comme le plus grand et le plus fort d’entre eux. Malheureusement pour lui, notre héros est né sans pouvoir. Handicap certain dans un monde où le moindre quidam peut contrôler les explosions ou la glace, Midoriya est résigné à simplement archiver les données qu’il récolte sur ses idoles dans ses cahiers annotés, comme tout otaku qu’il est. La force des choses l’entraînera à croiser son idole et à découvrir que derrière le mythe se cache une faiblesse qu’il compte garder secrète. Un lien se crée alors entre les deux protagonistes qui poussera All Might à céder une partie de son pouvoir à Midoriya ainsi que l'entraînement nécessaire pour la maîtriser. Fort de ce gros coup de pouce, celui-ci trouvera le courage de tenter d’entrer à l’Académie des Héros, où ces derniers sont formés.

On prédit alors le dépassement de soi, une volonté de fer face à l’adversité et autres valeurs habituellement véhiculées par le shônen. Mais ces enjeux sont partiellement balayés...

C’est là qu’on commence à se confronter à plusieurs problèmes avec cette introduction en apparence honnête. Le héros, loser et pleurnichard outrancier, part avec un désavantage certain sur le reste du monde. On prédit alors le dépassement de soi, une volonté de fer face à l’adversité et autres valeurs habituellement véhiculées par le shônen. Mais ces enjeux sont partiellement balayés par le don que fait All Might à cette chialeuse de Midoriya (les valves s’ouvrent à tous les épisodes ce qui devient très vite fatigant), l’enjeu se déplace alors vers quelque chose de moins grandiose, c’est à dire la maîtrise de ce nouveau pouvoir. Bien entendu, ça n’est pas une partie de plaisir, et notre apprenti héros se brisera les os au moindre coup de poing lancé avec la puissance d’All for One (la capacité héritée de son mentor en collants), mais la contrainte, dévalorisée, n’est ici plus qu’une simple affaire de temps. Midoriya a maintenant un as dans son jeu, il doit juste savoir quand et comment le jouer. Son potentiel latent ne fait donc plus aucun doute, sauf surprise bienvenue dans la suite du récit.

Le chara-design à la va-vite des personnages, rappelant les figurants jetables de One Punch Man

À trop vouloir contourner les clichés, le héros devient également insupportable au possible, ressassant entre deux sanglots son sempiternel motto sur le « devoir du héros » : à vouloir incarner le loser volontaire, ce n’est finalement qu’un ectoplasme de charisme. Il tentera bien évidemment de se rattraper avec des stratégies de comptoir sans pour autant nous convaincre —surtout si on perd la moitié d’un épisode à organiser une simple fuite.

Les personnages secondaires ne sauvent pas non plus la mise. Le chara-design à la va-vite des personnages, rappelant les figurants jetables de One Punch Man (et on ne parle même pas des costumes...), ou encore celui des membres de la ligue des vilains, qu'on croirait inspiré d'un filer de Bleach, oscille entre la blague de mauvais goût et l’absence d’idée, malgré un ensemble simple et coloré qui aurait pu faire ses preuves. Et que dire du caractère archétypal des camarades de Midoriya ? Entre le rival caractérisé comme un énervé de service façon Végéta du pauvre, le délégué de classe volontaire au possible ou encore le sempiternel ténébreux-taciturne qui se révèle bien plus fort que la moyenne, la palette d’émotion des personnages reste très sommaire et la direction artistique laisse clairement à désirer. On se retrouve avec des personnages-fonctions plus qu’avec de vrais personnalités dignes de ce nom, dont beaucoup sont expédiés en 2 scènes après la révélation de leur capacité. Si certains peuvent tirer leur épingle du jeu (le principal de l’Académie et son design absurde), c’est surtout dû au flux continu de nouvelles têtes qui nous oblige inconsciemment à trouver notre petit préféré par dépit, celui qui sortira du lot dès qu’un trait de caractère ou un physique changera légèrement de cette norme décidément bien basse.

À la manière d’un Naruto, on nous présente de (trop) nombreux de personnages secondaires pour finalement réduire l’attention sur ceux qui sont d’emblée plus remarqués. Peu de surprise de ce côté-là, avec cette tare qui devient malheureusement monnaie courante dans le shônen.

Fort heureusement, les deux derniers épisodes réussissent à nous faire oublier, le temps d’un affrontement, les défauts de la série.

Au milieu de cet attroupement sans saveur reste le brave All Might, qui porte la série sur ses épaules. S’il incarne des clichés à mi-chemin entre le bon samaritain à la Captain America et la figure du maître classique des shônen, ceux-ci sont si poussés qu’ils traduisent avant tout un ton certes comique —dont la série tente de s’imprégner— mais convaincant, plutôt qu’une réelle faute de goût. Il attire vite la sympathie avec ses grands discours sur l’héroïsme, aidés par la voix ferme de Kenta Miyake (déjà habitué à jouer les colosses puisqu’il double Zangief dans Street Fighter IVet V), son courage naturel, son sourire Émail Diamant et sa musculature de mastodonte shooté aux hormones de rhinocéros, si bien qu’on lui excuse son costume marvellien (même si on lui préfère son costume à la Kizaru de One Piece pour une plus-value charismatique).

All Might vole ainsi littéralement la vedette aux autres personnages —si tant est qu’ils cherchaient à la garder dans un premier temps. Et ce n’est pas l’épisode 12 (sur les 13 qui composent cette première saison) qui démentira cela. En effet, l’anime, avant d’atteindre ce point crucial, souffre d’une lenteur et d’un manque de rythme évidents. L’acte d’exposition prend quasiment la moitié de la série sans nous en apprendre beaucoup et en répétant le superflu, tout en insistant à l'excès sur la motivation de Midoriya. Le rythme tout en saccade malgré un premier épisode sympathique, dessert totalement le récit qui veut péniblement nous amener à un semblant de bataille finale. Fort heureusement, les deux derniers épisodes réussissent à nous faire oublier, le temps d’un affrontement, les défauts de la série. Mieux, c’est avec des effets attendus (deus ex machina annoncé) et bien mis en scène, qu’elle arrive à nous galvaniser le temps de quelques bourre-pifs bien sentis. Mention spéciale à la piste sonore qui accompagne le pinacle de l’affrontement (You Say Run) qui, pour une fois, est bien utilisée (là où on nous l’assène au hasard habituellement) et n’a rien à envie aux productions Marvel, bien au contraire. On notera aussi une ébauche de réflexion classique mais bienvenue sur la justification de la violence et le manichéisme, via le discours des ennemis, qui mériterait d’être creusée.

On n’en demandait finalement guère plus à une production de cet acabit, qui, avec son ending une teinte au dessus du reste de la saison, se la joue Madeleine de Proust pour tous ceux qui ont été biberonnés avec les aventures de Goku. Quand on voit ce qu’elle est capable de faire ressentir au spectateur, on enrage de ne pas avoir eu ce type de situations, de combats et de personnages plus souvent dans la série, qui, par sa fainéantise et son manque de pertinence, s’assimile plus à une fanfic des X-men croisée Naruto. Le constat est amer mais laisse espérer de bonnes choses pour l’arrivée de la saison 2 en avril 2017. Le rendez-vous est pris, même si le premier s’est plutôt mal passé.

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Informations

Détails de la Série My Hero Academia (Boku no Hero Academia)
Origine Japon Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Action - Comédie - Drame - Animation - Manga
Version TV Durée 25 '
Sortie 03/04/2016 Reprise -
Réalisateur Kenji Nagasaki Compositeur Yuuki Hayashi
Casting Nobuhiko Okamoto - Daiki Yamashita
Synopsis Super héros, super pouvoirs… On a tous déjà rêvé secrètement de posséder une qualité hors du commun, de briller ou d’être LA personne la plus puissante de l’univers. Dans ce nouveau monde, ce rêve est à la portée de quasiment toute la population car les humains peuvent désormais naître avec un pouvoir : le « alter ». Mais certains malchanceux naissent sans alter. C’est très fâcheux si on est chétif, pleurnicheur et dépourvu de charisme et surtout si malgré tout ça, on nourrit l’ambition de devenir le méga super héros de tous les temps. Voilà donc le profil de Izuku Midoriya, jeune adolescent de 14 ans. Heureusement, le tableau n’est pas complètement sombre. En effet, Izuku est avant tout courageux et persévérant. Le rêve peut devenir réalité ! Tout va basculer lorsque All Might, le héros de tous les héros, va choisir Izuku , contre toute attente, pour devenir son successeur. Premier challenge : intégrer la prestigieuse Hero Academia : Yuei !

Par Ghislain BIDOUX