CRITIQUE Le quotidien des lycéens (Danshi Koukousei no Nichijou)

Le quotidien des lycéens

Critique de la Série

Vous êtes nostalgiques de vos années Collège-Lycée ? Non, bien sûr que non, personne ne l’est. Pourtant si vous l’étiez, Danshi Koukousei no Nichijou (que l’on raccourcira par la suite en Nichijou) serait l’anime qu’il vous faut. Du moins se le vend-il comme cela. Série de 12 épisodes produite par le studio Sunrise et diffusé lors de la rentrée 2012, il est le parfait compagnon de votre dimanche pluvieux ou de votre journée de repos où vous ne savez strictement pas quoi faire. Seul, à deux ou à plusieurs, il se consomme comme des chips à l’apéro. Le titre en dit long, il s’agit de suivre le quotidien de quelques lycéens et lycéennes, et plus précisément Tadakuni, Yoshitake et Hidenori, trois d’entre eux qui seront le point central de cette histoire. Mais là où cela devient intéressant, pour nous autres occidentaux, c’est que les habitudes japonaises ne sont pas les mêmes, et les délires non plus. Ainsi seront tournés en dérision toutes les habitudes, mœurs et règles de vie et citoyennes nippones.

12 épisodes basés tout simplement sur la banalité du quotidien, sa force étant donc de le rendre amusant et inattendu avec un matériau de base prétendument très simple et sans saveur.

Nichijou commence en véritable fanfare faisant rapidement comprendre le ton décalé qu’aura l’histoire par la suite. Alliant les aléas de tous les jours aux jeux très idiots que l’on avait entre amis, nul doute que vous vous retrouverez dans au moins un épisode ou deux. Si l’on devait comparer, on pourrait dire que Nichijou est la version scolaire de GTO mélangé à la version anime de podcasts adolescents. La différence semble énorme entre podcasts et GTO, mais c’est le fait d’être du point de vue des ados qui marque cette comparaison. Tantôt des épisodes matures marqués de grandes responsabilités, tantôt du troll et du fun sans concession, Nichijou semble être un fourre-tout de ce qui passe par la tête de son créateur. L’inconvénient, c’est que passé les 5 premiers épisodes, l’ambiance retombe progressivement. Tout comme la fanfare qui passe, elle fait du bruit quand elle arrive, mais s’estompe lorsqu’elle s’éloigne. L’anime n’en devient pas spécialement moins bon. Seulement, lorsque les farces les plus connues et les plus drôles sont déjà passées, il faut en chercher d’autres qui seront fatalement moins universelles et donc moins parlantes pour tout le monde. Malgré tout, et c’est pour cela que la série ne compte que 12 épisodes, il est basé sur le quotidien des lycéens. Là où GTO était ingénieux grâce au caractère bien trempé d’Onizuka qui ne semblait rien avoir à faire en tant que prof, ces lycéens sont tout ce qu’il y a de plus normal, sans problème apparent et sans histoire. 12 épisodes basés tout simplement sur la banalité du quotidien, sa force étant donc de le rendre amusant et inattendu avec un matériau de base prétendument très simple et sans saveur.

En revanche l’anime se démarque sur deux autres points. Le premier se situe dans sa maturité. Que ce soit dans les scènes avec Yoshitake où il drague sur les bords de berge et où il se moque allègrement des jeunes qui essaient de séduire maladroitement, ou que ce soit dans les longues discussions entre Yoshitake et Hidenori sur la morosité de la vie donnant un discours très pessimiste sur l’avenir. Ces scènes sont en totale opposition avec l’esprit bon enfant et joyeux qu’une série comme celle-ci devrait procurer. Mais il fait également état d’une jeunesse déjà au fait de la difficulté d’entrer dans la vie d’adulte. La non présence des adultes dans cet anime est d’ailleurs assez éloquent d’un monde où la figure d’autorité est difficile à cerner et confirme les discours pessimistes des deux amis. Cette figure d’autorité est donc un élément central du deuxième point intéressant de cet anime. En effet, ce sont globalement les filles qui la détiennent, elles sont continuellement en position de force, rappelant par la même occasion qu’il y a, dans les œuvres japonaises, souvent ce fantasme de soumission d’un homme par des femmes (rappelez-vous encore une fois GTO). Cette figure de soumission n’est évidemment jamais directe ni aussi claire, puisque les protagonistes de Nichijou ne sont pas réellement soumis, mais ce sont les femmes qui détiennent la puissance. Si la règle de ne jamais frapper une femme est connue de tous et appliquée le plus souvent, l’inverse n’est clairement pas respecté ici tant les garçons prennent cher pour un oui ou pour un non. Dans le même temps, aucune fille n’est le personnage principal de cette histoire, les scénaristes s’en jouent d’ailleurs dans les bonus, nous y reviendront. Les filles sont des personnages tellement secondaires que la plupart ont leurs yeux et leur regard constamment dissimulé (ou non dessiné). Cela dans le but d’enlever le moindre élément permettant de les identifier. Elles n’ont par ailleurs pas non plus de nom, à quelques exceptions près, renforçant cette idée de non-identification.

Nichijou est intéressant si l’on s’attarde un peu dessus et qu’on essaie de le décortiquer. Sinon il n’est ni plus ni moins qu’une série adolescente humoristique visant à faire passer le temps.

En sommes, Nichijou est intéressant si l’on s’attarde un peu dessus et qu’on essaie de le décortiquer. Sinon il n’est ni plus ni moins qu’une série adolescente humoristique visant à faire passer le temps. La petite friandise qui fait plaisir et qui le rend plus intelligent qu’il n’y paraît sont les divers bonus donnant le sentiment que ce n’est jamais terminé. D’une part via les véritables épisodes bonus, au nombre de 6, qui permettent de relancer un peu l’animé et de le renouveler, notamment en brisant le quatrième mur. D’autre part avec les mini-sketchs post-génériques qui mettent en scène divers personnages secondaires, notamment les filles de temps en temps. Ces sketchs sont en général là pour se moquer des créateurs eux-mêmes et de leur animé ou parfois pour rétablir une sorte d’équité dans leur histoire en faisant justice à un personnage ou en faisant apparaître l’un d’eux que l’on n’avait pas vu depuis un certain temps. Une fois ces mini-sketchs passés, vient encore un ultime bonus, celui de l’annonce de l’épisode suivant. Dans DBZ ou des séries bien plus connues, il y a souvent une voix différente qui se spécialise dans l’annonce du prochain épisode, notamment pour annoncer la suite des événements ou préciser une date si imprévu. Ici, ce sont les 3 protagonistes qui parlent et qui n’hésitent pas à être sarcastiques ou à cracher sur leurs sponsors/producteurs sans l’ombre d’une hésitation. En cela, Nichijou se démarque car il propose d’un côté une histoire très banale, très standard, mais le fait par une multitude de moyens qui rendent l’œuvre surprenante et inattendue.

Note : Moyen. Verdict : Moyen.

Aymeric DUGENIE

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