CRITIQUE Sense8 - Saison 1 (Sense8 - Season 1)

Sense8 - Saison 1

Critique de la Série

Lana et Lilly Wachowski semblent bien décidées à vouloir révolutionner l’art cinématographique et télévisuel. Après la saga Matrix, Jupiter le destin de l’Univers et surtout Cloud Atlas, sublime morceau de cinéma où resplendissaient déjà une maîtrise impressionnante du montage et une sensibilité à fleur de peau, les deux réalisatrices s’emparent du petit écran pour y faire naître l’une des séries les plus audacieuses et les plus réjouissantes du moment. A l’heure où la vengeance et la violence règnent dans les contrées de Game of Thrones, où les robots fascinent dans Westworld et où la technologie a pris le pas sur l’homme dans Black Mirror, Sense8 préfère miser sur l’humain dans ce qu’il a de plus beau, au sein du genre le plus apte à mettre en valeur ses failles comme ses éclats : la science-fiction.

Il suffit aux Wachowski de beaucoup de tendresse pour leurs personnages, de quelques chansons aux paroles évocatrices et d’une réalisation éminemment moderne pour illustrer l’amour et la diversité dans leur forme la plus pure.

D’entrée de jeu, Sense8 s’affirme en effet comme un objet unique. Grâce à un montage parallèle dynamique, des destins individuels forts ainsi qu’une première séquence intrigante, la série pose dès le premier épisode les bases d’un récit prometteur : huit personnes, vivant aux quatre coins du monde, découvrent qu’elles sont connectées par la pensée et les sens, et qu’elles peuvent mettre en commun leur force physique, mentale et morale pour braver les dangers qui s’immiscent dans leurs existences respectives. De la chaleur de Nairobi aux couleurs froides londoniennes, des buildings de Séoul aux rues fleuries de Bombay, en passant par Chicago, San Francisco, Mexico et Berlin, Sense8 dresse le portrait, parfois tapageur mais jamais moralisateur, d’une humanité fraternelle et solidaire.

En plus de nous faire voyager par la seule puissance de l’image, Sense8 sait aussi prendre le temps de développer ses intrigues tout en conservant savamment son mystère sur la saison entière, et nous séduit surtout par sa capacité à nous impliquer pleinement dans le devenir de ses personnages. Que ce soit le drame personnel de Riley, le mariage forcé de Kala, le déshonneur familial endossé par Sun ou les sacrifices de Capheus pour soigner sa mère souffrant du sida, chaque histoire trouve sa place dans ce grand tableau où s’entremêlent les angoisses et les espoirs de chacun. Au sein même de ces récits de vie, les Wachowski n’hésitent pas à diffuser leur bienveillance et leurs convictions : là où les romances assumées sont aussi nombreuses que les élans fédérateurs, la naïveté n’a jamais droit de cité, contrairement à l’émotion solaire qui traverse l’écran.

Sense8 préfère miser sur l’humain dans ce qu’il a de plus beau, au sein du genre le plus apte à mettre en valeur ses failles comme ses éclats : la science-fiction.

Car la plus grande force de Sense8 réside dans son aptitude à nous livrer son cœur, sans tricherie ni subterfuge. Investie d’une sincérité rare, la série dépasse largement toutes les problématiques de tolérance qu’elle met en exergue : l’amour, qu’il soit homosexuel, hétérosexuel, interracial ou même transsexuel, nous apparaît, sous le regard salutaire des Wachowski, comme parfaitement naturel. Les deux sœurs n’œuvrent d’aucun discours politique ni de revendication emphatique pour appuyer leur propos : il leur suffit de beaucoup de tendresse pour leurs personnages, de quelques chansons aux paroles évocatrices telles que What’s up des Four Non Blondes ou World Spins Madly On de The Weepies et d’une réalisation éminemment moderne pour illustrer l’amour et la diversité dans leur forme la plus pure.

En passant du drame social à un suspense digne d’un film policier, en mêlant l’action à l’émotion, Sense8 s’affirme comme une œuvre passionnante par son hybridité et éminemment novatrice par la sensibilité qu’elle insuffle dans le paysage télévisuel actuel. En brassant des questions de genre, d’identité et de liberté, par un propos essentiel et des images touchées par la grâce, Lana et Lilly Wachowski nous livrent une magnifique ode à la tolérance et à la cohésion des esprits pour contrer tous les maux de ce monde. Nimbé d'une aura quasi-mystique et transcendantale, Sense8, véritable objet contemporain dans sa forme comme dans son sujet, est définitivement le cœur qui manquait à la science-fiction et à la télévision.

Note : Exceptionnel ! Verdict : Exceptionnel !

Emilie BOCHARD

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