CRITIQUE : Aku no Hana


Aku no Hana

Critique de la Série

Briser les murs d'innocence.

Aku no Hana est une série animée de 13 épisodes diffusée au printemps 2013 au Japon. Il s'agit d'une adaptation du manga Aku no Hana ou Les Fleurs du Mal en France de Shuzo Oshimi. Vous êtes peut-être familiers avec son dernier travail sorti en France, Dans l'intimité de Mari. La série, elle, a été réalisé par Hiroshi Nagahama (Detroit Metal City). Même si son nom ne vous dit peut-être pas grand chose, il a travaillé étroitement avec Akitaro Daichi sur Fruits Basket et L'Autre Monde. Le studio Zexcs a dirigé la série à qui on doit récemment la série Fune wo Amu sortie l'automne dernier.
Aku no Hana a été malheureusement interrompu après une saison. À la fin de l'épisode final on comprend que le projet était d'aller plus loin, mais la série n'a pas trouvé son public. Notamment à cause de son style particulier décrit plus bas, mais aussi car les fans du manga ont choisi de boycotter la série la jugeant trop éloignée du matériel de base.

Les fleurs du Mal germent dans l'esprit de Takao par la lumière obscure de Sawa.

Pourquoi ce titre Aku no Hana ? Aku no Hana est la traduction du recueil de poèmes de Baudelaire, Les Fleurs du Mal. Nous suivons Takao Kasuga, un lycéen passionné de littérature, Baudelaire et particulièrement Les Fleurs du Mal. Comme tout héros de série japonaise qui traite de vie scolaire, il est amoureux d'une de ses camarades. Cette camarade se prénomme Nanako Saeki et il la considère comme sa muse tout en l'admirant de loin. Un jour, alors qu'il avait oublié sa copie des Fleurs du Mal dans sa classe, il se précipite pour la récupérer. Dans la classe, il trouve non seulement son livre mais aussi les affaires de sport de Nanako. Sur un coup de folie, il les vole et cours jusque chez lui. Le lendemain, toute la classe est au courant du vol et se met à paniquer car un pervers a volé les affaires d'une élève. Si le problème de Takao se limitait à la culpabilité, ça ne serait qu'un moindre mal. Mais manque de chance pour lui, une fille de sa classe l'a vu, Sawa Nakamura. Plutôt que de le dénoncer elle choisit de faire pression sur lui pour prendre le contrôle de sa vie et révéler au grand jour ainsi qu'à lui-même la perversité qu'elle a vu en lui.

Aku no Hana est un drame psychologique. L'histoire ne compte que trois réels personnages et tourne principalement autour de la psyché du héros. Takao subit un voyage forcé dans son propre esprit et est tiraillé entre sa quête de pureté et d'innocence qui est symbolisée par son amour pour Nanako et sa noirceur, sa perversité révélée petit à petit par Sawa. Par le héros, la série a un niveau de réalisme plaisant, des faiblesses, de la médiocrité et de la souffrance. On est loin de se dire "C'est normal que ça se passe de cette manière, c'est un anime". Malheureusement, quand on voit les images finales, ce petit teasing de ce qu'aurait été une saison 2, on garde un léger goût d'amertume en se disant que ce qu'on vient de voir n'est qu'une introduction. La fleur du mal a germé, mais elle ne s'est pas encore épanouie. La première saison qui est finalement l'intégrale de la série a réussi un tour de force compliqué. Elle instaure une atmosphère malsaine et perverse tout en étant attirante et séduisante. Là où le manga use d'un décalage entre les designs simplistes, voir enfantin au début du manga et le propos sombre de l'histoire. Hiroshi Nagahama a choisi pour la série de renforcer le réalisme graphique.

Une série qui se veut être une véritable oeuvre artistique.

Une technique peu commune dans les animes japonais a été utilisée pour animer les personnages. La rotoscopie consiste à prendre des scènes tournées avec des acteurs puis redessiner par-dessus image par image. Pour vous donner un exemple, si vous êtes un peu familier avec Disney vous savez peut-être que Alice au Pays des Merveilles et Peter Pan ont en commun la même actrice, Kathryn Beaumont qui a donné sa voix à Alice et Wendy. Mais elle a aussi servi de modèle en jouant les rôles devant la caméra afin que les animateurs puissent se servir de ces scènes pour les animer dans les films. C'est ce qu'on appelle la rotoscopie. Pour revenir à Aku no Hana, la même méthode a été utilisée. Le rendu final a été inégal, entre certaines scènes qui redoublent d'intensité et d'autres où les visages sont absents car la caméra n'est pas à 2 mètres des acteurs. Mais chose qu'on ne peut pas lui enlever, le rendu sert totalement et compte pour beaucoup dans l'ambiance de la série. Les personnages ne sont pas fluides, on croirait que l'image ne va qu'à 15 images par secondes. Ce qui donne une impression désagréable de lourdeur. Cette lourdeur graphique accentuée par des fonds dessinés avec une incroyable rigueur, remplis de détails et une colorimétrie exceptionnelle qui aboutit à une qualité graphique générale de haut niveau.

Il y a un réel équilibre entre les musiques oppressantes et les silences angoissants. Mais parlons de l'éléphant dans la pièce, l'ending. Particulièrement, la dualité entre l'opening et l'ending qui rappelle la lutte psychologique du héros entre innocence et perversion. L'opening est joyeux et classique, sans être vraiment attirant. Mais l'ending est à un tout autre niveau. Vous commencerez par vous dire qu'il est tout bonnement nul, dysharmonieux et vous aurez juste envie de le couper le plus vite possible. Cependant, au fil des épisodes, c'est comme s'il germait dans votre corps. C'est ce qu'il se passe, au début vous aurez le sentiment que votre être le rejette et à la fin il deviendra presque agréable à l'oreille. Un peu comme la perversion qui germe dans l'esprit de Takao.

Un sentiment de lourdeur malsaine entre les graphismes et les musiques mais étrangement captivante.

C'est indéniable, Aku no Hana n'aura pas fait l'unanimité. La faute à une liberté prise par le réalisateur afin de créer sa propre oeuvre et de donner à la série son propre style. Mais aussi à une animation beaucoup trop inégale, aussi bien entre différentes scènes qu'entre les décors et les personnages. Malgré tout, Aku no Hana est cette petite étrangeté que vous ne pouvez pas vous empêcher de fixer du regard, comme une attirance indescriptible. La série a divisé mais on ne peut pas lui enlever cet engouement chez les spectateurs qui ont aimé.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails de la Série Aku no Hana
Origine Japon Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Série Genre Drame - Animation - Romance - Manga - Tranche de Vie
Version TV Durée 23 '
Sortie 05/04/2013 Reprise -
Réalisateur Hiroshi Nagahama Compositeur Hideyuki Fukasawa
Casting Yoko Hikasa - Shinichiro Ueda - Mariya Ise
Synopsis Takao Kasuga est un garçon qui aime lire des livres et plus particulièrement Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Un jour, il oublie son livre, Les Fleurs du Mal, dans sa salle de classe et revient seul le chercher. Arrivé dans la salle de classe, il trouve non seulement son livre, mais aussi l'uniforme de sport de Nanako Saeki, la fille dont il est tombé amoureux l'année précédente. Sur un coup de tête, il décide de lui voler mais ce qu'il ne sait pas encore, c'est que Sawa Nakamura, une fille de sa classe au comportement étrange, l'a vu et compte bien se servir de lui.

Par Jérémy DEROZIER