CRITIQUE Sherlock - Saison 1 (Sherlock - Season 1)

Sherlock - Saison 1

Critique de la Série

Diffusée depuis 2010 sur la BBC, Sherlock est devenue en l’espace de quelques épisodes la nouvelle série culte que tout le monde s’arrache, particulièrement chez nos voisins d’outre-Manche. Avec ses trois épisodes par saison d’une heure trente chacun, la série a surtout su se faire désirer tout au long de sa diffusion, créant une attente interminable entre chaque saison chez ses fans les plus assidus. Car au lieu de miser sur une prolifération d’épisodes comme le feraient les Américains, les Britanniques Steven Moffat et Mark Gatiss ont préféré privilégier la qualité à la quantité, pour mieux nous offrir de véritables petits morceaux de cinéma, tous aussi délectables les uns que les autres.

Ce qui frappe en premier lieu dans Sherlock, c’est tout le travail effectué sur le visuel : montage, rythme et lumières se mêlent dans le plan pour former des images dynamiques, vertigineuses et extrêmement léchées, dignes d’un film. Très vite, le fond rejoint la forme pour donner naissance à un programme énergique et rafraîchissant, où le classique côtoie le contemporain. Avec une impétuosité délicieuse et beaucoup d’humour, Gatiss et Moffat ont choisi une grande figure de la littérature britannique, déjà revenue sur le devant de la scène grâce aux films de Guy Ritchie, pour la remettre au goût du jour d’une façon efficace et tout à fait passionnante.

Si les épisodes sont plutôt inégaux, Sherlock réussit parfaitement à peindre la psychologie de ses personnages tout en créant un spectacle visuellement marquant et résolument moderne.

Fidèles aux écrits de Conan Doyle, les deux créateurs en ont repris les intrigues de base et les caractéristiques du personnage de Sherlock Holmes, et n’ont surtout pas hésité à les moderniser en profondeur, faisant du détective un homme de notre temps, le XXIe siècle. S’il est toujours aussi perspicace et asocial que chez Doyle, Sherlock devient ici un maître des nouvelles technologies - SMS, internet et GPS lui sont particulièrement utiles lors de ses enquêtes - drogué aux patchs de nicotine plutôt qu’à l’opium, se montre plus bourreau de travail que jamais et se trouve toujours accompagné de son fidèle acolyte John Watson, un vétéran de la guerre d’Irak.

La première saison plante ainsi le décor : nous y découvrons la façon de travailler de Sherlock (les indices qu’il récolte prennent littéralement forme sous nos yeux grâce à des inscriptions présentes à l’image), son inébranlable sens de la déduction par l’observation des plus infimes détails, son goût pour le danger et son amitié naissante avec Watson, avec qui il partage de façon impromptue un appartement situé bien évidemment au 221B Baker Street, dans le Londres d’aujourd’hui. Les intrigues se montrent moins intéressantes que les personnages eux-mêmes et s’avèrent d’ambitieux prétextes à présenter l’enfant terrible et le génie qu’est Sherlock, sa relation cocasse et touchante avec Watson ainsi qu’à dessiner le chemin qui le mènera à confronter son plus redoutable ennemi, Moriarty. Si les épisodes sont plutôt inégaux – l’intrigue du Banquier aveugle peine à convaincre pleinement, alors qu'Une étude en rose frôle le chef-d'oeuvre -, Sherlock réussit parfaitement à peindre la psychologie de ses personnages tout en créant un spectacle visuellement marquant et résolument moderne.

Les deux créateurs ont repris les caractéristiques du personnage de Sherlock Holmes, et n’ont surtout pas hésité à les moderniser en profondeur, faisant du détective un homme de notre temps.

En plus de son esthétique et de son histoire réussies, Sherlock laisse la part belle à ses acteurs, tous parfaits dans leurs rôles respectifs. Martin Freeman s’avère extrêmement touchant dans la peau de Watson, qui retrouve, dans la compagnie de Sherlock, une raison de vivre. Dans le rôle de Mycroft, Mark Gatiss lui-même prouve sa capacité à assumer plusieurs casquettes. Quant à Benedict Cumberbatch, il excelle dans le rôle de Sherlock, qui l’a heureusement révélé aux yeux du grand public, mais l’a également enfermé dans le stéréotype de l’homme cérébral volubile et sociopathe, qu’il perpétue dans Imitation Game et Doctor Strange notamment. Sans oublier la touche féminine, Una Stubbs (Mrs Hudson) et Louise Brealey (Molly Hooper), qui apportent une bonne dose de tendre drôlerie.

Déjà aux commandes de la série Doctor Who, Steven Moffat et Mark Gatiss ont su hisser Sherlock au rang de phénomène mondial. Grâce à la performance de ses acteurs, à l’exigence de sa réalisation, au dynamisme de ses intrigues et à la complexité de ses personnages, le programme n’a rien à envier aux meilleures séries américaines contemporaines. En sept ans d’existence et quatre saisons diffusées, Sherlock a alors rejoint le panthéon des séries britanniques où brillent déjà Le Prisonnier, Doctor Who et Downton Abbey et prouve que les séries d’outre-Manche ont encore de beaux jours devant elles.

Note : Exceptionnel ! Verdict : Exceptionnel !

Emilie BOCHARD

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