CRITIQUE : Erased (Boku dake ga Inai Machi)


Erased

Critique de la Série

Tiré du manga éponyme de Sanbe Kei, Erased nous invite à suivre Satoru Fujinuma, jeune homme solitaire et désabusé, qui se raccroche sans grandes convictions à son rêve de devenir mangaka, rejet après rejet, lorsqu’il ne livre pas des pizzas. Avec un postulat pareil, on sent venir avec appréhension ce qui semble être une fade tranche de vie monotone et déprimante. Mais c’est sans compter sur la capacité particulière de notre anti héros : le « revival », il peut, sans savoir pourquoi ni comment ou le contrôler, retourner quelques instants en arrière dans le passé. Seule règle qu’il semble avoir découverte : si le temps recule, c’est que quelque chose de grave va arriver et qu’il peut donc y remédier, une seule fois. Exit les répétitions infinies à la Un jour sans fin, le but n’est pas de sortir d’une boucle, mais de tirer le meilleur parti d’une seconde chance. Non content de s’en tenir à cette touche de fantastique et ses mystères, le premier épisode par la force des événements, marque d’emblée une rupture et renvoie Satoru à l’époque de l’école primaire, pour empêcher Kayo, une camarade de classe, de se faire tuer. Un acte d’exposition rapide et efficace, et ceci n’est que le début d’une œuvre dont la richesse thématique n’a d’égale que l’ingéniosité avec laquelle elle est mise en scène.

Enfermé dans son corps d’enfant à la manière d’un Détective Conan (le côté « petit génie » en moins), Satoru devra mener l’enquête avec ses maigres indices (l’affaire n’étant toujours pas résolue dans le futur) tout en composant avec ses limites. Les relations qu’il doit tisser avec ses connaissances de l’époque ainsi qu’avec la future victime deviennent des enjeux de première importance. Notre asocial notoire devra alors se libérer de ses entraves pour aller vers l’autre, la légèreté des maladresses sociales entre enfants côtoyant le spectre de l’urgence à agir. Si bien qu’une question aussi courante que « Comment l’aborder ? » tout en gardant son innocence habituelle, prend une toute autre ampleur ici. Il lui sera difficile d’approcher Kayo, rendue asociale elle aussi à cause des sévices qu’elle subit quotidiennement chez elle. La personnalité renfermée de cette dernière le renvoie à sa propre anxiété sociale tout en le secouant. C’est cette enfant obligée de grandir trop vite, qui va paradoxalement rendre son innocence à Satoru en le poussant, malgré elle, à aller vers l’autre. Ce qui ne sera pas une mince affaire, pour des enfants impuissants face à des adultes hostiles ou trop passifs. Ajouté à cela les commentaires de Satoru en voix-off (avec sa voix d’adulte), qui ne manqueront pas de créer une complicité tacite avec le spectateur par son recul sur la situation, mais aussi parfois sa naïveté.

Il y a dans Erased une poésie du simple, un optimisme intelligent qui se dispense sans niaiseries et teinte une toile bien obscure.

La légèreté insufflée sur toute l’œuvre nous fait oublier, le temps d’une séquence intimiste ou d’un moment de bravoure ordinaire, la situation qui pèse sur Satoru. Celle-ci fonctionne par petites touches savamment distillées au cœur des événements. Corollaire de l’enquête, le développement personnel de Satoru livre une leçon de courage si confondante de simplicité qu’elle en est désarmante. Par le biais de cette seconde chance, la réflexion sociale sur la solitude et la portée de nos actes s’offre à nous sans ambages. Les rêves abandonnés, le cynisme protecteur du héros, le vide qu’il ressent, ne cherchent pas une sacro-sainte explication sur leurs origines et s’effacent devant la pureté et l’innocence des relations entre les jeunes protagonistes. Il y a dans Erased une poésie du simple, un optimisme intelligent qui se dispense sans niaiseries et teinte une toile bien obscure. Ainsi le voyage intérieur de Satoru progresse à l’unisson avec la trame de fond sans lui nuire pour autant.

Délivrant avec habileté des messages simples et positifs sans être niais, pour autant, il convoque chez nous l’importance des mythes qui nous forgent aussi bien que celle des images dans notre vie.

Au contraire, la construction n’est pas laissée pour compte. Si les objectifs établis méthodiquement par Satoru sont simples, les obstacles sont nombreux et les malentendus vont bon train. Bien qu’on puisse trouver le fin mot de l’histoire assez vite, cela ne gâche en rien le visionnage. Les fausses pistes ont le mérite d’être sobres et de laisser chacun y aller de sa petite hypothèse.
Cela n’empêche pas certains tournants inattendus et autres ruptures de ton (comme un épilogue étalé sur 2 épisodes) mais toujours en conservant une cohérence générale. Il en ressort une œuvre qui traite avec originalité du voyage dans le temps en se gardant bien d’en expliquer le fonctionnement ou l’origine, ce qui alourdirait inutilement le déroulement de l’intrigue et qui nous enjoint à nous laisser porter par son courant, comme elle demande à ses personnages d’avoir plus confiance en eux et en les autres.

Tantôt thriller, tantôt tranche de vie, comédie en de brefs instants, Erased est un mariage réussi servi par une animation et un dessin de bonne facture. Délivrant avec habileté des messages simples et positifs sans être niais, pour autant, il convoque chez nous l’importance des mythes qui nous forgent aussi bien que celle des images dans notre vie (il suffit de voir l’opening évoluer selon les épisodes). Posant un cadre extraordinaire pour mieux se concentrer sur la poésie du quotidien, Erased fait partie de ces œuvres qui nous rappellent de ne jamais rien prendre pour acquis et nous encouragent à vivre au lieu de survivre. En somme, une recherche du temps perdu à la fois grave et légère, qui joue sur tous les tableaux pour composer une fresque mémorable et touchante.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Informations

Détails de la Série Erased (Boku dake ga Inai Machi)
Origine Japon Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Thriller - Suspens - Tragédie - Drame - Animation - Fantastique - Manga - Tranche de Vie
Version TV Durée 20 '
Sortie 07/01/2016 Reprise -
Réalisateur Tomohiko Ito Compositeur Yuki Kajiura
Casting Aoi Yuki - Shinnosuke Mitsushima
Synopsis Satoru Fujinuma, un livreur de pizzas de 28 ans, n'a qu'un rêve : devenir mangaka. Malheureusement, le jeune homme a une très mauvaise estime de lui-même, peu sociable, il ne s'investit pas dans ses œuvres par peur de s'exposer au regard des autres. C'est pourquoi il ne parvient pas à avancer dans sa vie. Et pourtant, Satoru est une personne extraordinaire, il possède le pouvoir de retourner dans le passé lorsqu'un incident grave est sur le point de se produire, bien que cela ne soit que de quelques minutes. Un jour, il sauve un enfant d'un accident grâce à son don, mais il en sort blessé. À l'hôpital, Satoru rêve et se souvient du passé, de Kayo Hinayuki, sa camarade de classe assassinée alors qu'elle n'était qu'une petite fille...

Par Ghislain BIDOUX