CRITIQUE : L'Autre Monde (Ima, soko ni iru boku)


L'Autre Monde

Critique de la Série

Moi qui suis là maintenant.


L'Autre Monde ou Ima, Soko ni Iru Boku en V.O est une série animée de 13 épisodes diffusée en automne 1999 au Japon. En France, des coffrets DVD sont disponibles à l'achat. Mais depuis fin 2011 la série est disponible gratuitement en streaming par Manga-News.TV, hébergé par la plateforme dailymotion. La série a été créée et réalisée par Akitaro Daichi (Fruits Basket) et dirigée par le studio AIC (Nyan Koi!, Amagami SS).

Shûzo, notre héros, est un jeune garçon tout ce qu'il y a de plus normal, il est amoureux d'une de ses camarades et avant de lui avouer ses sentiments il s'est fixé comme objectif de vaincre le plus puissant élève de son cours de kendo. En rentrant chez lui un soir, il décide de grimper en haut des fourneaux de l'usine sur son chemin. Arrivé en haut, il aperçoit une jeune fille regardant le soleil couchant. Quand il parvient finalement à obtenir son nom, Lala-Ru, des militaires pilotant des engins tout droit sortis de scénarios de science-fiction font leur apparition et tentent d'enlever Lala-Ru. Shûzo s'interpose. La seconde d'après, ils se retrouvent tous dans un autre monde, passés à travers une faille dont les ravisseurs sont à l'origine. Cet autre monde est apocalyptique et aride, et Shûzo aura 13 épisodes pour le découvrir, ainsi que la raison pour laquelle Lala-Ru et son pendentif font l'objet de tant de convoitise.

Quand Metal Hurlant rencontre Le Château dans le Ciel.

L'Autre Monde est une série qui a pu passer sous le radar de certains, la faute surtout à sa période de sortie. Pour vous remettre dans le contexte, l'automne 1999, ce sont les débuts de deux des animes les plus populaires de notre époque, One Piece et Hunter x Hunter. On est aussi en plein milieu des séries Great Teacher Onizuka et CardCaptor Sakura. Mais c'est aussi une série de seulement 13 épisodes. Et pourtant, même aujourd'hui on peut avoir du plaisir à la découvrir pour son propos intemporel. 

Une des forces de L'Autre Monde c'est qu'on débute l'histoire en suivant un jeune garçon normal dans un monde de shonen normal. On ressent même un petit côté Château dans le ciel, entre le jeune garçon, la jeune fille et le pendentif aux propriétés mystérieuses. Mais en seulement une quinzaine de minutes dans le premier épisode, on est propulsé avec le héros dans ce monde post-apocalyptique inspiré de Mad Max et Metal Hurlant. Un effet de contraste qui permet d'accrocher le spectateur. En restant dans une ambiance shonen, l'anime bascule rapidement dans la violence et le glauque. L'univers se transforme en un univers de souffrance dans lequel voir un personnage de shonen classique, de notre univers, renforce cette impression de malsain. Et en à peine un épisode on commence à avoir peur de la violence que peut encore nous réserver l'autre monde. Un monde où les enfants soldats sont monnaie commune, condamnés à écraser et tuer pour le compte d'un dirigeant despotique. Les troupes d'enfants soldats dans lesquelles se mêlent désillusion, pour finalement ne devenir que ce qu'on attend d'eux, des soldats aux ordres de l'armée bien obéissants, mais aussi l'espoir, l'espoir qu'un jour la guerre sera finie et qu'il sera temps de retrouver son foyer.
La narration de l'histoire est une réussite. On commence centré exclusivement sur la forteresse d'Hellywood dans laquelle arrive Shûzo et où il fera la connaissance de Nabuca et Boo, des enfants soldats et de Sarah, la jeune américaine emmenée de force dans ce monde parce que sa seule faute était de ressembler à Lala-Ru. Pour finalement dézoomer en la quittant pour le désert et la campagne. On a l'impression que c'est l'histoire qui suit nos héros et non l'inverse et ça c'est agréable. Il y a aussi un apport visuel à cette impression, dit sans vous spoiler. L'intensité continue de monter et malgré qu'on quitte la forteresse qui aurait normalement cette image imposante de fin du parcours, la série continue d'évoluer.

Le juste milieu entre une série pour enfants et des propos adultes.

Les graphismes sont corrects. On remarque tout de suite que les créateurs ont privilégiés le fond à la forme. Même si le chara-design est un peu simpliste, chaque personnage est unique. En revanche les décors sont dantesques et le point fort graphique de la série. On notera même un petit côté Nausicaä de la vallée du vent. Nous étions tout de même en 1999 et L'Autre Monde est une des dernières série à être animée avec l'utilisation des celluloïds. Elle offre tout de même un baroud d'honneur à l'utilisation de cette technique qui a pris fin au début des années 2000.

Les personnages ont un design simple. Mais cette simplicité permet de mettre en valeur leur nature et leur psychologie, toujours le fond devant la forme. On a droit à un panel assez large. Les enfants sont le centre de l'histoire, symbole d'innocence, ils ont un regard pur sur le monde, sans jugement. Shûzo représente l'optimisme: "tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir". Il n'a rien à voir avec ce monde et pourtant il ne recule devant rien pour protéger les autres et il n'hésite pas à s'opposer aux injustices. Pour ce qui est des injustices, il y a le personnage de Sarah qui a enduré les pires atrocités. Malgré le fait qu'elle n'apparaisse pas souvent à l'écran, c'est un personnage avec un grand développement. Nabuca et Tabur sont deux facettes d'une même pièce, tous deux enlevés à leur famille afin de servir l'armée. Mais là où Nabuca garde espoir de revoir un jour sa famille et de faire tout ce qu'il faut pour cette vision, Tabur est réaliste sur leurs situations bien que totalement endoctriné par le monde d'Hellywood et de son dirigeant, Hamdo. Il préfère faire partie de ce monde plutôt que de le fuir. En parlant de doctrine, l'une des grandes présences adultes de cette série est le personnage de Hamdo, le dirigeant de Hellywood. Comme nous le montrait Drifters récemment, le Japon et Hitler sont assez proche. C'est de cette manière qu'on se retrouve avec un personnage avec une moustache et à la place de la mèche, une coupe au bol. Mais le culte de la personnalité est toujours présent. Hamdo est obsédé, proche de la folie. Le parallèle est bien présent. À cela vient justement s'ajouter l'enrôlement des jeunes et l'endoctrinement qui rappelle les jeunesses hitlériennes. Tout comme la stratégie de conquête d'Hamdo rappelant le blitzkrieg qui consiste en une attaque lourde et rapide, armée des ses engins futuristes.

Une série qui met vos émotions à mal.

Puis, il y a finalement le personnage de Lala-Ru qui est en fait une personnification de la nature. Une nature autrefois bienveillante mais qui a perdu foi en l'humanité dans ce monde ravagé par la guerre et déchiré par les convoitises. Une nature inarrêtable et indomptable par la folie des hommes. Et la seule chose qui réussit à passer à travers, redonner espoir en l'Homme et qui permet de sauver l'humanité à la fin, c'est l'optimisme et la bonté d'un enfant, Shûzo ainsi que celle de tous ceux qu'elle a rencontré sur sa route.

La bande son est très bonne, la musique a une forte présence. Même si la série manque de diversité en terme de composition, le thème principal sera suffisamment emblématique pour installer l'ambiance dès les premières notes.

Finalement, L'Autre Monde est une série avec un scénario très attirant mais s'articule plus autour de ses personnages et de l'atmosphère qu'elle dégage. Cette série est sans excentricité pouvant vous faire sortir de la bulle. Mais au bout du compte, elle doit être vécu comme un voyage émotionnel qui s'incrustera en vous à chaque réplique pleine de sens de Shûzo ou Nabuca, ou encore à chaque pleurs ou colères des personnages. Le rythme est parfois un peu lent mais il est fait de telle sorte afin de s'imprégner de l'histoire. Si vous devez avoir un coffret sur votre étagère, enlever le coffret des deux séries d'OAV Jojo's Bizarre Adventure des années 1990-2000 pour mettre celui de L'Autre Monde.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Informations

Détails de la Série L'Autre Monde (Ima, soko ni iru boku)
Origine Japon Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Série Genre Action - Drame - Animation - Science - Fiction - Manga
Version TV Durée 25 '
Sortie 14/10/1999 Reprise -
Réalisateur Akitaro Daichi Compositeur Taku Iwasaki
Casting Akemi Okamura - Kaori Nazuka - Azusa Nakao
Synopsis Tôkyô, de nos jours. Shû est un adolescent tout ce qu'il y a de plus ordinaire, à la fois renfermé et nanti d'un optimisme à toute épreuve. Son caractère parfois solitaire le conduit régulièrement à escalader la cheminée d'une vieille usine désaffectée afin d'observer la ville. C'est à cet endroit précis que sa vie va basculer. Lors d'une de ces escapades, il fait la connaissance d'une jeune fille mystérieuse, au regard profond comme l'océan, semblant fixer avec insistance le soleil. D'étranges machines font soudain leur apparition, s'emparent de la jeune fille et s'enfuient en ouvrant une faille temporelle dans laquelle le malheureux Shû est également englouti. Le voyage ne fait que commencer pour lui...

Par Jérémy DEROZIER