CRITIQUE : 91 days


91 days

Critique de la Série

Projet original de Hiro Kaburagi, 91 days prend place dans l’Amérique de la prohibition.
Angelo Ragusa, alors enfant, est témoin du meurtre de sa famille par la mafia. Des années plus tard, il reçoit une mystérieuse lettre lui donnant les noms des assassins, il part alors en quête de vengeance.

Départ un peu classique pour ce 91 days qui, sans bousculer les codes du récit de vengeance, réussit malgré quelques accrocs, à mener sa barque à bon port.

Parfois gores, peu de choses nous sont épargnées dans la cruauté froide du monde sans pitié de la mafia.

Le postulat de départ n’est pas transcendant il faut bien le reconnaître et lorsque l’on voit Angelo évoluer dans le monde mafieux, on pourrait rechigner à avancer. Angelo (ou Avilio comme il se fera appeler après), parle peu, ne monte pas le ton, reste en retrait, il est une véritable coquille vide. Cet état est bien entendu en partie expliqué par le trauma et la soif de vengeance du personnage, mais il porte quelque peu atteinte à la mise en scène. On aurait vite fait s’ennuyer avec un héros pareil, si la série ne prenait pas le parti de se détacher d’Angelo faisant presque de sa vengeance un McGuffin pour nous dépeindre une ville (nommée avec originalité Lawless) en proie au crime et élargir le champ à un petit groupe de personnages plus vivants. On est alors témoins des rivalités et alliances entre familles mafieuses qu’Angelo arrivera doucement à mettre à profit pour servir son but. Ce sont les relations entre personnages et les événements parfois inattendus qui font la vraie force de la série et surtout le rythme auquel ils évoluent, faire tomber des grands pontes de la mafia en 12 épisodes n’est pas chose aisée. Angelo sera simplement celui qui grattera des allumettes assis sur cette poudrière en puissance.

Après les premiers épisodes, on pourrait croire que 91 days est desservie par une narration assez linéaire : Angelo a une liste de personnes à exécuter, il commence la besogne assez sommairement. Mais assez vite, les conflits entre les familles et autres belligérant (comme le foutraque Fango) sont autant d’obstacles dans la quête d’Angelo. Il devient intéressant de voir comment il va tourner les événements à son avantage et profiter du chaos ambiant. Les intronisations et les morts vont bon train presque plus vite qu’à Westeros. Bien qu’il soit loin d’un Light Yagami, il reste un calculateur chevronné qui doit parfois improviser dans l’urgence, nous surprenant parfois par ses actions et réactions (même si certaines décisions restent questionnables en termes de logique). Le suspense installé par les différentes intrigues ne tombe pas à plat avec des pirouettes scénaristiques évasives, chaque acte a ses conséquences. Parfois gores, peu de choses nous sont épargnées dans la cruauté froide du monde sans pitié de la mafia.
Les relations entre personnages occupent aussi une place prépondérante dans la série. Tous ces électrons autour d’un Angelo mutique aident à le définir et à ne pas sombrer dans l’ennui que pourrait inspirer ce type de personnage faussement badass. Elles enrichissent l’intrigue de départ, surtout celle qui se tisse entre Angelo et Nero Vanetti, l’un des responsables de la mort de ses parents. Tout en ambiguïté, on en vient vite à se demander ce qui se trame entre les deux hommes. La dualité entre proie et prédateur va vite se troubler au fil des scènes intimistes et des roadtrips qu’on en vient à se demander si l’on n’assiste pas à la naissance d’une bromance. C’est l’un des points forts de cet anime, plus on avance plus le doute s’installe, Angelo va-t-il assouvir sa vengeance, va-t-il laisser Nero en vie ou Nero va-t-il tout découvrir ? La série cultive ce mystère jusqu’au bout avec ses différents twists et son rythme haletant en guise de distraction. L’anime nous pousse, comme il pousse Angelo, à éprouver de l’empathie pour un des bourreaux tant Nero est présent à l’écran. Il vole presque la vedette à Angelo qui fait bien pâle figure à côté de ce bon vivant un peu trop bavard.

Ce final est d’autant plus réussi qu’il livre son message sur la violence sans être racoleur ou simpliste.

Une bonne idée, qui avec la force des événements fait glisser subtilement le spectateur vers le doute quant à la légitimité de la vengeance d’Angelo et l’aiguille vers une inévitable réflexion sur le sujet.

La réflexion s’étend jusqu’à un final de bonne facture où tout s’enchaîne vers un climax digne de ce nom avant une longue accalmie, qui peut enfin laisser sa place à une interprétation personnelle. Ce final est d’autant plus réussi qu’il livre son message sur la violence sans être racoleur ou simpliste. Il donne toute sa densité au reste de la série, avec un ton plus réflexif qui ne tombe pas pour autant comme un cheveu sur la soupe, mais au contraire semble suivre la continuité du récit, du propos de son auteur.
On ajoute à cela un soin apporté aux dessins (malgré quelques rares plan qu’on croirait sortis de Dragon Ball Super) et une réalisation tout à fait correcte, le studio Shuka (déjà responsable de l’excellent Durarara !!) signe un anime de bonne qualité. Les quelques défauts rencontrés ne gâchent en rien le visionnage d’une œuvre originale sur la mafia tout à fait honnête.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails de la Série 91 days
Origine Japon Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Action - Thriller - Animation - Policier - Polar - Manga
Version TV Durée 30 '
Sortie 08/07/2016 Reprise -
Réalisateur Hiro Kaburagi Compositeur Shōgo Kaida
Casting Takashi Kondo - Takuya Eguchi
Synopsis Angelo Ragusa pour venger la mort de ses parents va infiltrer la mafia et se rapprocher des assassins pour les faire payer.

Par Ghislain BIDOUX