CRITIQUE : American Horror Story - Saison 6 (American Horror Story - Roanoke)


American Horror Story - Saison 6

Critique de la Série

Série anthologique créée par Brad Falchuk et Ryan Murphy, American Horror Story s’est imposée, au fil des saisons, comme une digne héritière de feu Masters of HorrorLes Contes de la Crypte et consorts. Accusant un concept simple où une saison = une histoire différente, la série se place comme l’une des meilleures séries horrifiques jamais créées. Pourtant, depuis quelques saisons, le public commençait à se désintéresser du programme. Il reprochait aux créateurs de souvent tomber dans l’excès, de ne pas donner de meilleures consistances aux personnages et, surtout, de ne pas savoir conclure dignement les saisons. Pourtant, l’un des atouts majeurs de la série réside justement dans la force de son casting haut de gamme. Entre Evan Peters, Sarah Paulson, Emma Roberts et Jessica Lange ou, plus récemment, Kathy Bates, Lady Gaga et Angela Bassett, il y a de quoi se régaler. Le départ de Jessica Lange a laissé une marque indélébile, puisqu’elle incarnait la figure la plus emblématique du show, mais qu’importe, la saison précédente aura eu l’occasion de voir éclore une Lady Gaga phénoménale, extrêmement sexuelle et perverse en vampire SM très inspiré par le personnage de Catherine Deneuve dans Les Prédateurs de Tony Scott. Pour cette sixième saison, intitulée Roanoke, les créateurs avaient annoncé un chamboulement total du concept. A contrario des saisons précédentes, il n’y a pas eu de campagne promotionnelle. Cette mystérieuse saison aura gardé ses secrets jusqu’à sa diffusion.

Cette saison est présentée sous la forme d’un documentaire intitulé « My Roanoke Nightmare » et raconte les déboires d’un couple à la dérive fraichement installé dans une maison où des événements sanglants se sont déroulés depuis le XVIe siècle. La série se construit en trois parties distinctes. Du premier au cinquième épisode, nous apprenons les événements sous forme d’un docu-fiction où les témoignages des victimes s’entrecoupent avec des moments de fictions incarnés par des acteurs. Du sixième au neuvième épisode, les producteurs du show décident de rassembler les acteurs du docu-fiction avec les vrais personnages au sein de la maison et d’y filmer les événements qui y surviennent. Et, enfin, le dixième et dernier épisode fait office de conclusion consolidant les deux premiers actes. Pour la première fois, American Horror Story s’offre sa saison la plus courte. Bonne idée ou manque d’inspiration ? Les spéculations vont bon train depuis sa diffusion. Les créateurs ont-ils réussi à insuffler un nouvel élan à leur série ? En ce qui nous concerne, Roanoke flirte avec la perfection sur presque tous les points.

Roanoke, dans son ouverture, nous rappelle vivement pourquoi nous adorons American Horror Story.

L’exercice du docu-fiction a éveillé une curiosité émerveillée qu’il n’y avait plus depuis quelques saisons. En dépit de notre amour immodéré pour la série, nous ne pouvions remarquer les innombrables défauts qui entachaient de plus en plus la qualité des saisons. Roanoke, dans son ouverture, nous rappelle vivement pourquoi nous adorons American Horror Story. Ryan Murphy revient aux fondamentaux de sa création : des meurtres sanglants, un suspense omniprésent et moins de personnages pour une optimisation complète de leur histoire. L’efficacité de l’écriture reprend sa place puisque la construction de la saison implique de se montrer clair et concis en cinq épisodes, on n’a pas le temps de s’ennuyer. La première partie renoue des liens très étroits avec la première saison, Murder House. On y retrouve tous les codes étranges qui ont subjugué tant de spectateurs à l’époque. Sarah Paulson étonne par sa capacité à se mouvoir dans la peau d’une véritable scream queen comme on n’en fait plus. Sans cesse à bout de forces et de souffle, l’actrice donne de sa personne, et on se régale si bien que le spectre de Jessica Lange s’est définitivement envolé. Cette première partie veut renouer des liens solides avec les fans de la première heure, mais ce n’est pas l’intention première de Ryan Murphy.

Jamais American Horror Story ne se sera montré aussi sanglant.

La seconde partie révèle les intentions de Ryan Murphy. Pour cette saison, il veut critiquer l’univers de la télévision. Roanoke devient un pamphlet anti télé-réalité. En choisissant de nous emmener dans les coulisses d’un show, il s’octroie une critique acerbe des médias populaires. La seconde partie de cette saison vient tuer dans l’œuf ce qu’on veut faire passer pour de la création artistique ou, au mieux, du divertissement. Cette partie, intitulée « Return to Roanoke » critique ouvertement le totalitarisme des sociétés de production qui n’hésite pas à gagner de l’argent en comptant sur l’incrédulité du spectateur. Pour ce faire, Ryan Murphy n’hésite pas à se montrer excessif dans son écriture. Ces quatre épisodes enchaînent les meurtres barbares et sans concession. Jamais American Horror Story ne se sera montré aussi sanglant. Cette partie s’octroie également une séance de détention et de torture qui ne sera pas sans rappeler un certain Massacre à la Tronçonneuse. Jouissives et caustiques, les intentions du créateur se marient à merveille avec le divertissement haut de gamme que veut préserver la série. On en prend plein les mirettes et c’est d’autant plus étonnant que la série est diffusée en première partie de soirée à la télévision. On ne peut pas dire qu’American Horror Story est une série qui manque d’audace, preuve en est que cette saison en aura fait preuve, et pas qu’un peu.

Seulement, et c’est là que la déception se fera sentir, l’épisode final nous laissera sur un sérieux goût d’inachevé. Ryan Murphy n’aura pas fourni l’effort nécessaire pour nous sustenter jusqu’au bout. Il aurait mieux valu s’arrêter sur la fin du neuvième épisode, car la conclusion cède à tous les poncifs qui ont fait décrocher petit à petit les fans de la série. L’épisode traîne en longueur pour ne rien raconter de très intéressant si ce n’est revoir l’héroïne de la seconde saison l’espace de quelques minutes. La fin est téléphonée et superficielle, on quittera le show sur une note sévèrement amère. C’est vraiment dommage, car Roanoke a véritablement métamorphosé le concept de la série. Cette saison nous a embarqués dès ses premières minutes. Elle nous a pris à la gorge pour ne jamais nous lâcher sur neuf excellents épisodes. Malheureusement, l’inévitable point final se voulant énigmatique n’aura fait qu’alimenter une frustration déjà présente depuis quelques saisons. On y croit encore malgré tout, la série a encore des possibilités infinies pour créer des histoires passionnantes. Ne reste plus qu’à savoir conclure en bonne et due forme.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails de la Série American Horror Story - Saison 6 (American Horror Story - Roanoke)
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Série Genre Epouvante
Version TV Durée 42 '
Sortie 14/09/2016 Reprise -
Réalisateur Michael Uppendahl - Ryan Murphy - Alfonso Gomez-Rejon - Michael Lehmann - Bradley Buecker - David Semel Compositeur
Casting Angela Bassett - Sarah Paulson - Kathy Bates - Cuba Gooding Jr. - Lady Gaga - Denis O'Hare - Cheyenne Jackson - Evan Peters - Lily Rabe
Synopsis Présentée sous la forme d'un documentaire intitulé "My Roanoke Nightmare", l'histoire suit un couple, Shelby et Matt Miller, vivant à Los Angeles. Après l'agression de Matt ayant failli causer sa mort et l'annonce de la fausse couche de Shelby, le couple décide de déménager pour la Caroline du Nord, la région natale de Matt. Ils y achètent une ancienne ferme construite en 1790, sans savoir que des événements bien plus sombres les y attendent.

Par Anthony Verschueren