CRITIQUE : Baccano!


Baccano!

Critique de la Série

Adaptation des quatre premiers volumes (sur 22 sortis) des light novels éponymes de Ryohgo Narita, Baccano !, sorti en 2007, compte 16 épisodes : 13 pour la télévision et 3 OAVs en guise d’épilogue.

Baccano !, qui signifie vacarme en italien, nous narre… quoi au juste ? Difficile exercice que de résumer cette série tant elle foisonne de situations et de personnages tous embarqués dans un imbroglio qu’il sera difficile de démêler.
Série chorale digne de ce nom, on y croisera, entre autres, des mafieux, des immortels, des psychopathes, un duo comique, le tout sur différents axes temporels. Le spectateur est ballotté entre les situations : on passe d’un train en 1932 qui est le théâtre d’une guérilla entre une secte, la mafia et un groupe de voleurs à un bateau rempli d’alchimistes en 1711.
Difficile alors de croire que tout est lié, mais tout trouve sa place et s’enchevêtre parfaitement. Que l’on se rassure néanmoins, quelques éléments sont placés en préambule pour que le spectateur évite de fuir en courant et ne passe à côté de ce diamant brut.

L’opening rythmé donne déjà le ton : un instrumental nerveux et jazzy (la majeure partie de l’action se déroule durant l’Amérique de la prohibition), remplace la traditionnelle idol éculée qui débite des mièvreries ponctuées d’un anglais approximatif (dans le meilleur des cas).
On y enchaîne les présentations de personnages en freeze frame en passant d’un décor à l’autre par le biais d’astucieux raccords dans la veine de l’ouverture du Snatch de Guy Ritchie.
Le premier épisode fait aussi office de préparation au spectateur pour son plongeon dans ce chaos plus organisé qu’il n’y paraît. On y trouve le vice rédacteur en chef d’un journal, Gustave Saint-Germain (doublé par un Norio Wakamoto en forme, dépêché pour ce petit rôle qu’on ne reverra qu’à la fin) et son assistante Carole. Ces narrateurs malgré eux, tentent pendant tout l’épisode de chercher un point de départ et un héros à « cette suite d’affaires » qu’ils essaient de rapporter. C’est sur ce point de départ que Baccano ! commence à se démarquer de la production habituelle. Les recherches de Carole et Gustave nous invite à une réflexion sur le storytelling classique et le chamboulement de ses codes que nous nous apprêtons à voir. Dans leur quête, on contemple un aperçu de la série à travers des plans épars, voire même assez proches de la conclusion pour certains. Les questions s’accumulent et se bousculent, la principale restant : 16 épisodes suffiront-ils à éclaircir cette brume épaisse ?

Plus on avance plus les choses deviennent claires et on en retire ce plaisir d’avoir pu compléter le puzzle

Au départ on pourrait croire que non, lors des premiers épisodes, tout s’enchaîne sans répit. On s’accroche aux quelques fils rouges que l’on aperçoit comme des personnages récurrents. Et puis les situations s’éclaircissent, on revoit des scènes d’un autre point de vue à la façon d’un Snake Eyes. On nous égare pour mieux nous retrouver ensuite. Plus on avance plus les choses deviennent claires et on en retire ce plaisir d’avoir pu compléter le puzzle (ou de voir tous les dominos tomber après qu’ils aient été posés comme lors des OAVs).

La série prend forme dans un rythme tout en contraste. Alors que certains décors 3D accusent le poids du temps, ils permettent de se concentrer non seulement sur le chara design et le soin apporté notamment aux visages, mais aussi sur l’action (course-poursuite, combat etc…). Le gore (main broyée, visage arraché…), les fusillades et autres tortures côtoient l’humour naïf et la folie douce du tandem Isaac et Miria qu’on croirait sorti des moments les plus absurdes d’un One Piece, dont les blagues ne manquent pas de nous faire rire alors qu’un personnage vient juste de mourir. Le rythme saccadé de la série est ponctué par des épisodes plus linéaires (l’épisode central sur les origines des immortels et les OAVs). Les accalmies ne sont là que pour mettre en valeur l’instant où l’on repart de plus belle.
Ce mélange permet d’accepter plus facilement des personnages fonctions ou des clichés que l’on rencontre dans les animes (le psychopathe qui n’a que le mot « tuer » à la bouche ou bien la jeune prude qui se révélera forte lors d’une situation difficile), on dilue la fonction de personnage principale avec plus ou moins d’équité dans une ribambelle de personnages hauts en couleur.
On y ajoute quelques twists et cliffhangers sobres mais efficaces et on obtient ce joyeux vacarme qui s’harmonise au fil des épisodes. Au fur et à mesure de l'avancement du récit, on voit que chaque situation s’imbrique les unes par rapport aux autres pour former un tout hybride mais cohérent. Cette série nous encourage à nous débarrasser de nos repères et à nous laisser porter par le courant plutôt que de lui résister pour enfin pouvoir regarder le tableau dans son entièreté.

Baccano ! montre bien toute l’étendue du style et du talent Ryohgo Narita, que l’on retrouvera un peu plus tard dans Durarara !!

Bien qu’il n’y ait pas de héros ou de fin qui conclurait le tout à proprement parler, le choix de n’adapter qu’une partie du récit était une bonne idée. On est loin des adaptations de mangas à succès dont la parution est encore en cours qui nous assènent des fillers sans âme et des fins ouvertes d’une facilité qui frôle l’insulte.
Non, de Baccano ! on repart en ayant l’impression d’avoir affaire à une œuvre finit de par la participation qu’elle exige du spectateur.

Baccano ! montre bien toute l’étendue du style et du talent Ryohgo Narita, que l’on retrouvera un peu plus tard dans Durarara !!,autre adaptation de ses lights novels elle aussi suivant un récit fragmenté et mouvementé. Un cocktail détonant, fort, où les saveurs se bousculent, mais au dosage réussi, du style de ceux qui se laissent boire comme du petit lait malgré leurs 40 degrés… une fois le mal de tête passé, on se souvient encore longtemps du plaisir qu’on y a pris.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Informations

Détails de la Série Baccano!
Origine Japon Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Action - Aventure - Comédie - Suspens - Animation - Fantastique - Gore - Manga
Version TV Durée 20 '
Sortie 26/07/2007 Reprise -
Réalisateur Takahiro Omori Compositeur Makoto Yoshimori
Casting Masaya Onosaka - Sayaka Aoki
Synopsis New York, 1930. En ces temps de prohibition, les destin de plusieurs personnes vont se mêler lorsque Szillard, un vieil homme obnubilé par la quête de la liqueur démoniaque, se lance dans la distillation de cette potion d'immortalité

Par Ghislain BIDOUX