CRITIQUE : Mr Robot Saison 1 (Mr Robot Season 1)


Mr Robot Saison 1

Critique de la Série

Hier soir, la première saison de Mr Robot s’est achevée sur France 2. En attendant la saison deux, dont le lancement est imminent (24 octobre), c'est l’heure du bilan. Côté audience, il n’est pas brillant. La série de Sam Esmail, diffusée en deuxième partie de soirée, a connu un démarrage timide, pour ne pas dire difficile. Seuls 770 000 curieux ont pointé le bout de leur nez pour le pilote, et ils n’étaient plus que 411 000 devant le deuxième épisode. France 2 avait parié fort sur sa nouvelle acquisition, couverte d’éloges outre-Atlantique et muti-récompensée (Golden Globes, Emmy Awards) mais la réception décevante ne lui a laissé d’autre choix que de réagir fermement. Doublée par plusieurs chaines de la TNT pendant la rediffusion de ces mêmes épisodes, elle a pris la décision de ne plus programmer que les inédits. Malgré cette perte de confiance notable, Mr Robot a su trouver son public sur le long terme puisqu’après un creux d’audience alarmant, les derniers épisodes ont connu des scores encourageants. 662 000 spectateurs étaient en effet réunis pour regarder « Zer0-day », le final venu conclure dix épisodes d’un grand huit narratif aussi déroutant qu’addictif. Retour sur une série à nulle autre pareille, qui n’a certes pas conquis un large public mais a su gagner le cœur de ceux qui lui ont prêté suffisamment d’attention.

« Hello Friend ». Une voix rauque, semblant surgir d’outre-tombe, nous happe avant que l’image n’apparaisse. C’est celle d’Elliot Alderson (le stupéfiant Rami Malek) hacker de génie mais personnage complexe, qui vient de nous créer, nous son spectateur, et par ce geste d’abattre le quatrième mur. D’entrée de jeu, Sam Esmail annonce la couleur : sa série brisera les codes, un à un, et elle n’hésitera pas à solliciter son spectateur, voire à le prendre à parti, lui qui sera le seul ami, allié et confident de ce héros-narrateur dont on doutera progressivement de la fiabilité. Et c’est bien là que réside tout l’intérêt de Mr Robot. La série prend le risque d’avancer masquée un temps, de faire d’abord mine d’exposer scolairement ses enjeux tandis qu’elle dessine ses contours avec une précision pour le moins asphyxiante. Très vite, on croit avoir percé le secret de ce Mr Robot, série high-tech à twist téléphoné qui chante un refrain punk auquel on peine à croire. Le discours politique est poseur, les motivations des personnages simplistes et confuses à la fois, et on identifie rapidement que la révolution dont on nous parle tient de l’utopie adolescente. Pourtant, si la série de Sam Esmail est véritablement punk, c’est moins dans son propos que dans sa construction, ou plutôt sa déconstruction progressive. A l’issue d’un pilote impérialement maitrisé, presque trop abouti pour susciter la curiosité, Mr Robot va peu à peu sortir de ses rails.

La série perd en lisibilité ce qu’elle gagne en singularité. Le récit stagne, recule par à-coups et multiplie aussi bien les retournements de situation maladroits que les digressions passionnantes.

Progressivement, les contours de la série se floutent et la figure d’Eliott gagne en ambiguïté. Initialement, le jeune homme est présenté comme un autiste incapable de communiquer sans l’intermédiaire d’un clavier et qui ne sait pénétrer l’intimité de ses semblables autrement qu’en les hackant. Pareil à un super-héros, il est cyber-justicier la nuit et use d’une couverture pour le moins ironique le jour puisqu’il travaille comme ingénieur en sécurité informatique. Recruté par le fameux Mr Robot du titre (Christian Slater), Elliot rejoint la « FSociety », un regroupement de hackers anarchistes qui compte rétablir l’équilibre du monde en anéantissant les puissances capitalistes, c’est-à-dire les grandes banques et entreprises. En tête de liste, on trouve le conglomérat E-Corp (rebaptisé « Evil Corp », en toute subtilité) et dont le service de sécurité est évidemment pris en charge par la compagnie d’Elliot.

Les pièces du puzzle semblent se mettre doucement en place, et pourtant l’image qui se forme nous apparaît de moins en moins cohérente. C’est à partir de là que la série perd en lisibilité ce qu’elle gagne en singularité. Le récit stagne, recule par à-coups et multiplie aussi bien les retournements de situation maladroits que les digressions passionnantes. Dans le même temps, Eliott se révèle de plus en plus instable. Drogué, paranoïaque et sujet aux hallucinations, sa parole est de moins en moins fiable, mais paradoxalement, son regard sur le monde est plus pertinent que jamais. Le monde, justement, est contaminé par sa folie et sombre progressivement dans le chaos le plus total. L’épisode final, au titre transparent « Zer0-day » regarde nos dernières certitudes s’effondrer tandis la FSociety passe à l’attaque avec son « grand hack ». Le pouvoir s’apprête à changer de mains, nous dit-on, mais est-ce vraiment rassurant ? Si les structures néo-libérales sont omnipotentes et impersonnelles, la FSociety est un groupe anonyme et illégal, formé d’une somme de minorités qui ne partagent rien de plus qu’un profil élitiste et potentiellement misanthrope. Si elles ont su semer le désordre, sont-elles maintenant capables de proposer une alternative réaliste et plus équitable ?

Tandis qu’Elliot erre parmi les visages masqués dans un Time Square bondé, puis soudainement désert, on est saisi d’un doute. Alors qu’on s’est échiné à chercher le réel dans un jeu de piste mental, on se demande tout à coup : se peut-il qu’on hallucine la réalité avec plus d’acuité qu’on ne la vit ?

Mr Robot est une série qui déconcerte et interroge. Jamais hospitalière, jamais vraiment aimable. Sam Esmail construit un univers froid, tout en névroses et jargon informatique, mais il le filme de travers. Ses plans sont désaxés et le regard hanté de Rami Malek dévore l’écran et nous avec. Le miroir ne demande qu’à se fissurer et la série n’attend que d’être décryptée. Préférer l’action à la passivité, c’est autant le message défendu par la FSociety qu’une injonction directe au spectateur. Si on est prêt à faire l’effort, le vertige est garanti.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Informations

Détails de la Série Mr Robot Saison 1 (Mr Robot Season 1)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Thriller - Drame
Version TV Durée 60 '
Sortie 01/06/2015 Reprise -
Réalisateur Niels Arden Oplev Compositeur Mac Quayle
Casting Christian Slater - Rami Malek - Portia Doubleday - Gloria Reuben
Synopsis Elliot Alderson est un jeune informaticien vivant à New York, qui travaille en tant qu'ingénieur en sécurité informatique pour Allsafe Security. Celui-ci luttant constamment contre un trouble d’anxiété sociale et de dépression, son processus de pensée semble fortement influencé par la paranoïa et l'illusion. Il pirate les comptes des gens, ce qui le conduit souvent à agir comme un cyber-justicier. Elliot rencontre « Mr. Robot », un mystérieux anarchiste qui souhaite le recruter dans son groupe de hackers connu sous le nom de « Fsociety ». Leur objectif consiste à rétablir l'équilibre de la société par la destruction des infrastructures des plus grosses banques et entreprises du monde, notamment le conglomérat E Corp. (surnommé « Evil Corp. » par Elliot) qui, par ailleurs, représente 80 % du chiffre d’affaires d’Allsafe Security.

Par Elisabeth YTURBE