CRITIQUE Master of None - Saison 1 (Master of None - Season 1)

Master of None - Saison 1

Critique de la Série

Les adeptes de Parks and recreation connaissent bien Aziz Ansari. Dans la peau de l'exubérant Tom Haverford, un jeune homme dragueur et hyper-connecté, l'acteur imposait dès lors son franc-parler, un humour dévastateur et surtout un faciès qui recelait déjà une bonne dose de sensibilité. Aujourd'hui aux commandes de sa propre série Master of None aux côtés d'Alan Yang, Aziz Ansari continue de nous enchanter aussi bien devant que derrière la caméra. En interprétant Dev, un trentenaire new-yorkais d'origine indienne, l'acteur-créateur nous offre une série des plus réalistes sur le quotidien de jeunes adultes qui refusent de grandir. Avec une dose minimale de cynisme et une infinie tendresse, Ansari et Yang nous embarquent le temps de dix épisodes dans les affres de toute une génération de célibataires endurcis, qui ne manquera pas de se reconnaître dans le personnage de Dev et ses tribulations aux accents plus que familiers.

Avec une dose minimale de cynisme et une infinie tendresse, Ansari et Yang plongent avec une rare authenticité dans les doutes sentimentaux d'une génération pétrifiée à l'idée d'avoir une vie stable et équilibrée.

Accompagné de ses amis Arnold et Denise, Dev est en effet l'archétype du jeune adulte paumé contemporain : incapable de choisir le meilleur restaurant de tacos pour son déjeuner, de décider quelle fille inviter pour un concert ou de trancher entre draguer sans compter et s'essayer aux joies de la paternité, Dev, qui s'affirme alors comme un véritable spécialiste de la tergiversation, a tout de l'incorrigible indécis qui sommeille en chacun de nous. Sous la forme de conversations cocasses autour de sujets aussi divers que les relations amoureuses, la famille ou la vie active, la série nous confronte avec humour aux angoisses qui tiraillent ces "adulescents" qui ne se sentent pas prêts à entrer dans le moule d'un monde "normal", peuplé d'éternels insatisfaits enfermés dans leur mariage ou leur rôle de parents. 

Dans son dernier tiers tout particulièrement, la série devient un tableau désabusé des relations amoureuses contemporaines, mettant en scène des personnages qui arrivent à un âge où il est déjà temps de se ranger alors que leurs rêves les plus fous n'ont pas encore vu le jour et que le grand amour n'a pas encore frappé à la porte. La série suit alors les déboires sentimentaux de Dev et de sa petite amie Rachel (interprétée par Noël Wells, une sorte de Zooey Deschanel beaucoup moins excentrique) et prend un tournant émotionnel inattendu : nous vivons à leurs côtés l'effervescence du premier rendez-vous dans l'épisode "Nashville", puis le délitement progressif de la relation, parcourue de désillusions, de cruautés et d'interrogations existentielles, qui viendront se cristalliser dans l'admirable épisode "Mornings". Sans jamais céder à un traitement pessimiste, Ansari et Yang plongent pourtant avec une rare authenticité dans les doutes sentimentaux d'une génération pétrifiée à l'idée d'avoir une vie stable et équilibrée.

En créant une parole salvatrice qui se transmettra par la volubilité désormais légendaire d'Aziz Ansari, la série donne naissance à un rire où l'humanité et l'empathie ont enfin droit de cité.

A raison d'une thématique par épisode, Master of None lorgne aussi du côté de problématiques plus profondes, à l'instar du racisme et du sexisme. Dans les épisodes 4 ("Indians on TV") et 7 ("Ladies and Gentlemen"), la série choisit d'aborder ces maux de la société avec bienveillance. Dans la mesure où, d'une part, les acteurs et actrices d'origine indienne campant des rôles dits "normaux" se comptent sur les doigts d'une main dans le paysage cinématographique et télévisuel actuel et, d'autre part, les femmes du XXIe siècle ne sont pas encore traitées comme égales aux spécimens de la gent masculine, ces deux épisodes s'avèrent éminemment nécessaires et viennent d'autant plus ancrer le programme dans un monde actuel où chaque combat individuel peut rapidement se transformer en discours politique. En créant une parole salvatrice qui se transmettra par la volubilité désormais légendaire d'Aziz Ansari, la série donne naissance à un rire où l'humanité et l'empathie ont enfin droit de cité.

Par le dialogue et l'émotion, Master of None devient alors la voix d'une quantité insoupçonnée de jeunes adultes perdus sur le chemin de la vie : en s'adressant à tous, la série a le mérite d'interroger les spectateurs, que ce soit sur leurs propres choix de vie ou sur des problèmes sociétaux qui n'en finissent pas de régir nos modes de pensée et de représentation. Contrairement à Man Seeking Woman et à ses situations métaphoriques déjantées ou à la (trop) adulée Girls, qui prétendent toutes deux dépeindre les relations humaines dans ce qu'elles ont de plus désenchantées, Master of None fait montre d'une délicatesse qui rend l'expérience télévisuelle beaucoup moins âpre que chez Simon Rich ou Lena Dunham. Il ne suffisait pourtant à Master of None que d'un peu d'ouverture d'esprit et de beaucoup d'humour pour devenir une série passionnément tendre et follement intelligente que nous avons hâte de retrouver dans sa deuxième saison, qui devrait vraisemblablement débuter en avril 2017 sur la plateforme Netflix.

Note : Exceptionnel ! Verdict : Exceptionnel !

Emilie BOCHARD

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