CRITIQUE : Vinyl saison 1 (Vinyl season 1)


Vinyl saison 1

Critique de la Série

Série mort-née, Vinyl a-t-elle sonné le début du déclin pour HBO ? Il est peut-être encore trop tôt pour le dire...Annoncée comme la nouvelle merveille des séries HBO à grand renfort de pubs et de campagne marketing, Vinyl a en effet connu un flop niveau audiences et une réception critique pour le moins mitigée. HBO a ainsi vécu un premier revers très important, portant atteinte à sa capacité à se renouveler, le triomphe planétaire de Game of Thrones représentant l’arbre cachant la forêt (avec peut-être la reconnaissance critique de The Leftovers). Cependant Vinyl méritait-elle tant d’opprobre ?

Qu’est-ce au fait que Vinyl ? Une recréation des années 70 (précisément l’année 1972) à travers les grandeurs et décadences d’un label de musique rock American Century et en particulier les vicissitudes de son patron Richie Finestra. Au départ il s’agit du projet conjoint de Mick Jagger des Rolling Stones et de Martin Scorsese qui se sont associés pour rendre un hommage vibrant et électrique à la musique qu’ils aiment. A cela, s’est rajouté le talent incontestable de showrunner de Terrence Winter (Les Sopranos, Boardwalk Empire). Par conséquent, Jagger + Scorsese + Winter = sexe, drogues et rock n’ roll. On devrait signer tout de suite. Pourtant le bât blesse un peu. Pourquoi donc ?

Vinyl ne marquera sans doute pas les sériephiles en raison du caractère trop invertébré de l’intrigue et du défaut de caractérisation de certains personnages, mais laisse plutôt un bon souvenir, si on aime la musique de cette époque, les belles actrices et la reproduction mimétique du style scorsesien.

Parce que le pilote d'1 heure 48 signé Scorsese constitue plus une excroissance presque gênante qu’autre chose, où Scorsese, en léger manque d’inspiration, reproduit tous les tics de son savoir-faire (Les Affranchis, Casino, Le Loup de Wall Street) appliqués à l’univers des maisons de disques, en ne cherchant pas à innover. Lorsqu’il cherche à le faire, cela donne une séquence assez ridicule de maison tombant en ruines et de résurrection à la manière des zombies (A tombeau ouvert). On pourrait presque regarder la série sans son pilote, tant la problématique commence réellement sur les chapeaux de roue uniquement à partir du deuxième épisode écrit uniquement par Terrence Winter (et bénéficiant d’un commentaire audio, contrairement au pilote).

Car la véritable âme ou cheville ouvrière du projet se nomme Terrence Winter. C’est bien lui qui explique les tenants et les aboutissants des personnages dans les bonus éclairants du DVD. Comme pour Boardwalk Empire, Scorsese a servi en fait de prête-nom. Lorsque Terrence Winter a quitté Vinyl, elle ne s’est d’ailleurs pas remise. Grâce à lui, la série prend son rythme de croisière à partir du deuxième épisode Yesterday once more, d'après la belle chanson des Carpenters. Car si Vinyl n’est assurément pas une grande série, elle n’en est pas non plus une mauvaise. Elle souffre certes de certains défauts de rythme (ce qui est assez ironique, pour une série se consacrant à la musique), et d’un manque de caractérisation de certains personnages. Le casting du personnage principal laisse particulièrement à désirer, Bobby Cannavale, (nettement meilleur en second rôle dans Blue Jasmine et Boardwalk Empire) en dépit de tous ses efforts méritoires, se signalant plus par sa puissance que par son sens des nuances et la profondeur de son intériorité.

Malgré ce léger manque de charisme de Richie Finestra, cela est presque compensé par la diversité des personnages féminins, presque tous intéressants. La série vaut la peine d'être vue, rien que pour elles. On regrettera ainsi qu’Olivia Wilde, magnifique en femme au foyer ayant délaissé un destin de star, soit mise hors-champ de deux épisodes et demi (les 7, 10 et toute la première moitié du 8) alors qu’elle représente un contre-champ formidable à la trajectoire de Richie Finistra. Elle trouve ici une revanche appréciable par rapport au rejet qu’elle a subi lors du casting du Loup de Wall Street (les producteurs l’ayant trouvée trop âgée, à seulement 31 ans, et lui ayant préféré sa cadette de dix ans, Margo Robbie). Olivia Wilde est ainsi l’exemple parfait d’une actrice devenue has been au cinéma qui trouve une seconde jeunesse à la télévision. Dans le rôle de Jamie Vine, l’assistante devenue plus ou moins manager d’un groupe, The Nasty Bits, Juno Temple, remarquée dans Kaboom ou Killer Joe, fait des étincelles, virevoltante et pétulante, inscrivant ses pas dans les traces d’une Peggy de Mad Men, même si le personnage aurait gagné à être davantage exploré. On peut regretter également que les rôles d’Andrea la directrice artistique, ex-amante de Richie, et de Heather la réceptionniste, ne soient pas plus développés. Il est difficile de s’empêcher de penser que la série, si elle avait été racontée du point de vue des femmes aurait été mille fois plus passionnante. Cela aurait évité de tomber dans les clichés sempiternels de la mafia, de la culpabilité et de la trahison d’amitié.

Vinyl se laisse oublier mais fait passer plutôt un bon moment, exactement comme une ligne de coke.

La série, dans ses meilleurs moments, fait ainsi penser un peu à une suite plus électrique de Mad Men. On recommandera surtout les épisodes 5 et 6 qui sont de très loin les meilleurs, l’épisode 6 ayant même la caractéristique d’être dédié à la mémoire de David Bowie qui venait tout juste de nous quitter. Mad Men ayant étudié de fond en comble les années 60, Vinyl prend ainsi le relais pour les années 70. Cette période n’est pas forcément la meilleure musicalement, étant surtout une période de transition entre la pop psychédélique des années 60 et l’explosion punk du milieu des années 70. Il est donc possible de se demander si la série n’aurait pas été meilleure d’un point de vue musical si elle s’était penchée sur l’une ou l’autre des deux périodes. Il est difficile de ne pas imaginer que, sur plusieurs saisons, la série aurait sans doute abordé le triomphe du punk et du disco. Telle quelle, elle permet néanmoins le défilé d’une multitude de stars du rock, toutes interprétées par des acteurs : Karen Carpenter, Alice Cooper, Lou Reed et le Velvet Underground (avec Andy Warhol), David Bowie (bluffant), les New York Dolls, les Ramones, John Lennon et même Elvis Presley et son Colonel Parker.

En résumé, Vinyl ne marquera sans doute pas les sériephiles en raison du caractère trop invertébré de l’intrigue et du défaut de caractérisation de certains personnages, mais laisse plutôt un bon souvenir, si on aime la musique de cette époque, les belles actrices et la reproduction mimétique du style scorsesien. Vinyl se laisse oublier mais fait passer plutôt un bon moment, exactement comme une ligne de coke.

Vinyl, saison 1, actuellement disponible en DVD et en Blu-Ray.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails de la Série Vinyl saison 1 (Vinyl season 1)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Drame - Musical
Version TV Durée 52 '
Sortie 14/02/2016 Reprise -
Réalisateur Mark Romanek - Martin Scorsese - S.J. Clarkson - Peter Sollett - Allen Coulter Compositeur
Casting Olivia Wilde - Ray Romano - Juno Temple - Bobby Cannavale
Synopsis L'histoire de quarante ans de musique à travers les yeux de Richie Finestra, un producteur de disques qui tente dans les années 70 de faire renaître de ses cendres son label en trouvant de nouveaux sons et de nouveaux talents alors qu'il traverse sa crise de la quarantaine. Drogue, sexe, punk et disco deviennent son quotidien...

Par David Speranski