CRITIQUE : Mad Men


Mad Men

Critique de la Série

Les « Season finale » sont les plus difficiles à réussir. Une série peut nous enchanter pendant de nombreuses saisons et échouer dans la dernière ligne droite, ce qui représente sans doute le pire, puisqu’on ne conserve souvent en tête que la dernière impression. Parmi les dernières saisons calamiteuses, on notera celles de Dexter ou de How I met your mother. Souvent les dernières saisons seront très satisfaisantes (Breaking Bad, Six Feet Under) terminant la série sur un remarquable apogée. D’autres fois, elles s’achèvent sur une controverse dans le style de Lost ou de Twin Peaks. Néanmoins la pire chose qui puisse arriver à une série, c’est de se clore dans la plus parfaite indifférence (The X-Files, avant qu’une dixième saison ne débarque miraculeusement en 2016…)

Mad Men se situe dans la bonne moitié satisfaisante des « season finale ». Il faut souligner que cette série se classe dans les meilleures séries de tous les temps, collectionnant les Emmy Awards et les Golden Globes. Avec Breaking Bad, c’est le plus beau fleuron d’AMC et l’une des séries qui ont le plus changé l’histoire de la télé américaine. Pourtant que raconte Mad Men ? La description d’une période éloignée mais ô combien mythique (les fameuses années soixante) à travers l’histoire au jour le jour d’une agence de publicité. Pour la forme, autant A la Maison-Blanche d’Aaron Sorkin avait popularisé le "walk and talk", autant Mad Men démontre la puissance du "sit and talk". Mad Men montre en effet des femmes et des hommes qui parlent souvent assis, ce qui peut paraître ennuyeux pour certains, mais représente le lot quotidien de beaucoup de ceux qui travaillent dans un bureau. Car Mad Men, bien que se passant dans les années soixante, avec le décalage qui existe pour les mœurs (cigarette encore permise dans les lieux publics, infidélités clandestines, féminisme encore en sourdine) montre une situation que 80% des gens vivent, la vie de bureau, ce qui fait que tout le monde s’y reconnaît. Il suffit en effet de deux ou trois épisodes d’accoutumance au style particulier de la série pour s’identifier totalement aux personnages qui bénéficient d’une rare profondeur pour des héros de série télévisée. Mad Men, plus qu'une série, c'est l'équivalent des romans américains de Scott Fitzgerald sur la félûre des êtres, un grand roman américain dense et passionnant sur une décennie fantasmatique.

On avait ainsi laissé à la fin de la première partie de la saison 7 (la dernière saison annoncée) l’agence de publicité Sterling Cooper and Partners (SC & P) en complet remue-ménage : l’un des fondateurs, Bert Cooper meurt et l’agence devient une filiale d’un groupe plus important, McCann Erickson. Le personnage principal, Don Draper, l’un des créatifs les plus inventifs de New York, se trouve également dans une complète impasse dans sa vie privée : il va divorcer pour la deuxième fois. C’est bien la fin d’une époque, comme l’indique le titre de la deuxième partie de cette saison 7 (The End of an era).

On a souvent rapproché Mad Men des mélodrames flamboyants en technicolor de Douglas Sirk et de Vincente Minnelli. Le rapprochement est formel (cf. le soin maniaque accordé à la direction artistique et à la superbe photographie) mais n’est que superficiel. Par rapport aux thèmes profonds de la série, Matthew Wiener, le créateur de la série, s’est bien davantage inspiré des films de Michelangelo Antonioni (La Nuit en particulier) pour décrire une société en crise et des couples en déliquescence. Il a également cité Les Bonnes femmes de Claude Chabrol comme référence majeure pour évoquer l’univers du travail et les bavardages inconséquents des gens. On aura rarement aussi bien montré la lâcheté des hommes face au courage des femmes que dans Mad Men, Don Draper vivant dans cette saison 7 une amourette assez poignante avec Diana, une serveuse de cafétaria, désespérée et psychologiquement instable.

Nonobstant l’aspect de description des rapports hommes/femmes, Mad Men est surtout un témoignage de crise de civilisation. Cette partie 2 de 7ème saison terminale pour Don Draper et ses collègues s’ouvre par un hommage à Mike Nichols, décédé pendant la production de la série, et concerne l’absorption de Sterling Cooper & Partners par Mc Cann et Eriksonn. C’est la fin d’une conception un peu artisanale du métier ; ce changement annonce le règne des multinationales capitalistes. En sept saisons, dix années auront passé : nous aurons traversé les années soixante. A l’aube des années soixante-dix, on assiste à deux phénomènes paradoxalement contradictoires, l’essor des grands groupes capitalistes et le constat critique de crise de la société de consommation par le développement de la contre-culture hippie. Face à ce triomphe des multinationales où les rapports entre collègues et clients deviennent anonymes, Don Draper ne se sent plus vraiment à sa place, si tant qu’il s’y soit jamais senti. Dans le magnifique épisode 12 , « Désillusions à l’horizon », Don regardera le ciel en pleine réunion et décidera de la quitter sans prévenir. C’est également dans cet épisode 12 que Matthew Wiener atteint des sommets de surréalisme inattendus et insoupçonnés quand il montrera Peggy, la rédactrice en chef, faire du patin à roulettes sur fond musical d’orgue joué par Roger Sterling, dans des bureaux laissés inoccupés et vides par un déménagement soudain.

L’épisode final, « Confessions intimes », sera l’occasion de dénouer tous les fils narratifs, les personnages principaux héritant de fortunes diverses : Pete Campbell, l'un des associés principaux de SC & P, acceptera un autre poste ailleurs, par souhait de promotion ; Roger Sterling restera chez McCann sans se faire d’illusions ; Joan Harris, face au machisme et au harcèlement, décidera de quitter McCann et de se lancer dans la production de cinéma ; Betty, l’ex-épouse de Don, découvrira qu’elle est gravement malade et n’en a plus pour très longtemps ; quant à Peggy, l’ex-secrétaire, devenue à force de talent, de travail et de persévérance, rédactrice en chef, elle trouvera enfin le grand amour auprès de Stan Rizzo, le directeur artistique de l’agence.

Quant à Don Draper, il échouera à force d’errances dans une communauté hippie où, fondant en larmes dans les bras d’un inconnu, il fendra l’armure et se réconciliera enfin avec lui-même, du moins en apparence. Car Mad Men est surtout une série sur l’imposture : comment rester authentique dans un monde où tout nous force à jouer un rôle ? La problématique est rendue encore plus insoutenable chez Don Draper car il a volé l’identité d’un autre, décédé pendant la guerre de Corée. En cela, Don Draper nous touche forcément car qui ne s’est jamais senti décalé à un moment ou un autre de sa vie, à une place qui n’aurait pas dû être la sienne, assumant un rôle usurpé ? De col blanc à adepte de la méditation transcendantale, Don Draper aura fait un beau bout de chemin en dix ans. La fin de la série lui donne l’occasion de renaître en homme nouveau et réconcilié, à moins que les dernières images (une utilisation de la communauté hippie pour vendre du Coca-Cola) ne signifient qu’il reprendra rapidement le collier, en utilisant son passage dans la communauté comme prétexte à la conception d’une campagne de publicité. Les images de la fin sont assez ambiguёs pour permettre le doute. Grande série sur l’imposture et le doute permanent, Mad Men ne pouvait sans doute se conclure autrement, qu’en permettant l’ouverture des interprétations et du champ des possibles.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails de la Série Mad Men
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Drame
Version TV Durée 47 '
Sortie 19/07/2007 Reprise -
Réalisateur Matthew Weiner Compositeur David Carbonara
Casting Jon Hamm - John Slattery - January Jones - Vincent Kartheiser - Christina Hendricks - Elisabeth Moss - Aaron Staton - Rich Sommer
Synopsis Dans le New York du début des années 1960, l'agence publicitaire Sterling Cooper Advertising est une enseigne qui monte. Don Draper en est un des dirigeants, un homme au passé mystérieux dont l'instinct et le charisme séduisent à la fois les femmes qui l'entourent et les entreprises qu'il courtise.

Par David Speranski

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