Critique Emmanuelle

Emmanuelle
Emmanuelle n’est qu’un simple film érotique bas de gamme. Une instauration de l’érotisme au sein du cinéma traditionnel français qui ne possède véritablement aucun atout pour qu’on daigne avoir envie d’y revenir un jour.

Verdict Note : Monumentale Erreur ! Monumentale Erreur !

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Au milieu des années 70, l’industrie cinématographique pour adultes va connaître un essor incommensurable. Héritage d’une époque post soixante-huitarde, des films, considérés comme des monuments aujourd’hui, vont alors voir le jour. Jacques Zimmer, coauteur de l’encyclopédie intitulée Le Cinéma X, insiste sur le fait que l’âge d’or du cinéma pornographique fut assez éphémère (entre 1973 et 1976). Trois années riches, emmenées en tête de gondole par Gorge Profonde en 1972, avec une explosion en 1974 juste avant le déclin en 1975 lors de l’apparition de la loi sur le classement X qui taxe fortement les films pour adultes. C’est ainsi que déboule Emmanuelle en 1974. Grand symbole de l’érotisme à la française, tout le monde connaît cette image iconique de Sylvia Kristel, jambes croisées et seins nus sur un fauteuil en osier. À l’occasion de sa réédition en blu-ray, nous avons enfin décidé de sauter le pas de la simple image et d’aller voir ce que ce film, culte pour beaucoup, a de si intrigant, même encore 40 ans après sa sortie.

Emmanuelle est une jeune femme qui vit de manière très libérée avec son mari, Jean. Lorsqu’elle le rejoint à Bangkok, Emmanuelle rencontre deux hommes dans l’avion avec lesquels elle s’octroie quelques plaisirs fugaces. Durant son séjour, elle fera la rencontre de deux femmes avec lesquelles elle aura une aventure. De son côté, Jean pousse Emmanuelle à tomber dans les bras d’un sexagénaire pervers.

Emmanuelle est un film érotique banal.

Le logo Trinacra Films apparaît à l’image, la musique de Pierre Bachelet retentie, non ce n’est pas Les Bronzés Font du Ski ! L’aventure Emmanuelle s’offre enfin à nous. Durant toute la durée du film, nous n’aurons de cesse de chercher à comprendre la fascination des spectateurs français envers cette œuvre majeure de l’érotisme. Force est de constater qu’Emmanuelle n’est rien d’autre qu’un film érotique misogyne dépeignant une bourgeoisie agaçante qui s’emmerde. L’emmerdement sera d’ailleurs le maître mot qui régira le film. Bachelet s’emmerde lorsqu’il chante Emmanuelle. Les acteurs s’emmerdent lorsqu’ils font l’amour. Le spectateur s’emmerde profondément. Nous insistons bien sur la vulgarité de nos propos pour bien appuyer ce profond regret : Emmanuelle ne sera jamais ce fantasme, ce cul(te) érotique qui aurait pu nous mettre en émoi de tous les pores de notre peau ni cette fascination pour la beauté des rapports charnels. Emmanuelle est un film érotique banal. Pire que tout, le film de Just Jaeckin fait l’apologie du libertinage bobo où la vision conformiste et tranquille de la notion de couple est mise à mal dans une série de dialogues pervers sans fondements. Que c’est maladroit ! Le discours devient redoutablement sectaire. Ce rêve que nos aînés nous vantaient lorsqu’on les entendait nous parler de ce film se transformera très vite en cauchemar. Il sera très difficile de ne pas céder à l’envie d’arrêter le film en cours de visionnage. Sylvia Kristel le dira elle-même des années plus tard à propos du culte voué à son personnage : « Emmanuelle n’est rien. Elle n’a aucune consistance ! » Si même l’actrice vedette du projet ne croît pas au fantasme qu’elle véhicule, on ne peut plus rien faire.

C’est écrit, filmé et monté avec les pieds.

Il faut peut-être replacer le film dans son contexte. Il est vrai qu’à l’époque la censure avait été terriblement redoutable avec le film de Jaeckin. La Commission de Surveillance avait totalement interdit le film en raison de deux points bien particuliers. Le premier accusant le film d’orgie et particulièrement deux scènes. La sodomie d’Emmanuelle (où Sylvia Kristel semble encore plus s’emmerder que pour le reste de ses coïts) et la célèbre séquence de la cigarette où une femme tire plusieurs bouffées avec un orifice non prévu à cet effet (on vous laisse deviner lequel), probablement le seul plan vraiment « intéressant » du film. La seconde raison des griefs de la Commission montrait du doigt des accouplements jugés « anormaux » (lesbianisme, coïts interraciaux). Se targuant d’une réputation sulfureuse, il n’en fallut pas moins à l’époque pour que le film devienne un succès inévitable. Le film a engendré neuf millions d’entrées et est resté onze années à l’affiche au cinéma Le Triomphe sur les Champs-Élysées. Emmanuelle était devenu un phénomène de société, le porte-étendard d’une libération sexuelle sans tabous. Son statut d’intouchable anéantissant probablement tous les regards critiques visant à analyser le plus objectivement possible l’objet. La furie de l’époque ne nous contaminant pas du fin fond de notre canapé, le charme n’opère absolument pas. C’est écrit, filmé et monté avec les pieds. On suit, malgré nous, les aventures d’une nymphomane invétérée vivant ses fantasmes à fond entre deux parties de tennis et des balades à cheval dans un décor bucolique typé Club Med. Le critique Jacques Zimmer s’accorde même pour dire que 10 ans après sa sortie, Emmanuelle était déjà daté notamment à cause de l’image de la femme que le film véhicule.

Emmanuelle n’est qu’un simple film érotique bas de gamme. Une instauration de l’érotisme au sein du cinéma traditionnel français qui ne possède véritablement aucun atout pour qu’on daigne avoir envie d’y revenir un jour. Quitte à voir des seins nus, des discours machistes, du soleil à foison et du surjeu en pagaille, on préfèrera repartir chez notre bon vieux chauviniste de Max Pécas qui, lui, a le mérite de nous faire marrer !

Informations

Détails du Film Emmanuelle
Origine France Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Erotique
Version Cinéma Durée 90 '
Sortie 26/06/1974 Reprise -
Réalisateur Just Jaeckin Compositeur Pierre Bachelet - Francis Lai
Casting Alain Cuny - Marika Green - Sylvia Kristel - Daniel Sarky - Christine Boisson
Synopsis Emmanuelle est une jeune femme qui vit de manière très libérée avec son mari Jean. Lors du voyage qui la conduit à Bangkok pour rejoindre son époux, Emmanuelle rencontre deux hommes dans l'avion et s'octroie quelques plaisirs fugaces. Durant son séjour, elle fait la connaissance de deux jeunes filles, Marie-Ange et Bee, avec qui elle a une aventure. Jean, quant à lui, décide de pousser Emmanuelle dans les bras d'un sexagénaire pervers.

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques