Critique L'affaire SK1

L'affaire SK1
À tourner son Affaire SK1 sous la forme du polar, Frederic Tellier tombe dans la maladresse d’aller-retour constant entre le procès et l’enquête. Le metteur en scène ne sait pas trop comment se positionner, quelles parties principales prendre...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Mathieu Le Berre

Critique du Film

Janvier 1991, Pascale Escarfaille est retrouvée morte, violée et égorgée à son domicile de l’Est parisien. Aucune trace, aucun indice, la brigade de police chargée de l’affaire n’a aucun réel élément. Septembre 1991, Franck Magne fait ses premiers pas au 36 Quai des Orfèvres. Étant nouveau jeune inspecteur à la brigade, il est chargé de reprendre cette affaire qui n’avance plus, reprendre tous les détails, avoir un œil neuf. Son travail l’amène à étudier des dossiers similaires qu’il est le seul à connecter ensemble. Il est très vite confronté à la réalité du travail d’enquêteur : le manque de moyen, les longs horaires, la bureaucratie... Pendant ce temps, un monstre rôde dans Paris, attaquant aux hasards de ses pulsions, la nuit, comme une ombre derrière les portes d’immeubles ou dans la pénombre et la saleté des parkings.

L’affaire SK1 est le premier film de cinéma réalisé par Frédéric Tellier. Réalisateur attitré des fictions de France Télévisions, il prend à bras le corps cette affaire encore très présente dans la mémoire collective, celle du tueur de l’Est parisien, Guy Georges, l’ombre inquiétante hantant encore les 12 secondes de fermeture des portes des immeubles haussmanniens. Guy Georges, c’est sept jeunes femmes tuées entre 1991 et 1998, violée et égorgée, plus onze autres viols. Guy Georges, c’est surtout le malaise froid qui s’est installé dans tout Paris pendant presque dix ans, les blondes teintes en brunes, les femmes ne sortant plus après 20 heures. En dépit d’une affaire sordide, l’affaire Guy Georges avait tout du thriller intense, cette étincelle a enflammé l’obscurité des salles de cinéma, ce thriller sombre a ravivé les cauchemars d’antan. Frédéric Tellier prendra tout le monde de court, choisissant le polar noir tel le Zodiac de David Fincher. Mais là où chez David Fincher, le Zodiac sera cette ombre giallesque, fantasme de flics et de journaliste, Guy Georges sera mis au grand jour dès la première séquence. L’affaire SK1 s’ouvre sur le premier jour du procès de ce tueur de femmes. Mis au postulat derrière ces avocats et ces vitres blindées, il ne sera plus cet être inquiétant, illusion fantasmagorique d’un film qui en demander tant. Tellier préfère casser l’œuf d’entrée, évaporant tout mystère et cette impatience de voir le monstre au grand jour. Le réalisateur éludera toutes excitations se reposant entièrement sur sa brigade, son groupe d’inspecteurs chargé de l’enquête.

En démystifiant d'entrée son principal atout, Frédéric Tellier annihile toute adrénaline à plonger dans une oeuvre sombre et macabre.

En montrant l’homme derrière la cage et non ce prédateur montant les marches du 36 à la fin du film dans une séquence a l’émotion palpable très forte, prenant a la gorge par les années décrites pendant l’ensemble du long-métrage, Tellier démystifie cet être diabolique, rendant SK1 dépourvue d’une partie moindre d’adrénaline excitante de l’histoire. Mais en contrepartie, il amène le spectateur à suivre ce groupe mis face à l’horreur inarrêtable. Les dossiers se dispersent, s’annulent par des groupes d’enquête différents, la gloire d’une telle arrestation, mais aussi cette volonté d’arrêter ce tueur par soi-même étant une barrière à un travail collectif plus pertinent. 7 ans d’affaire qui polluera la vie de ces hommes et femmes, incapables d’arrêter ce massacre par des manques de budget, d’une technologie encore balbutiante et d’une incompréhension générale. Pendant ce temps, dans l’Est parisien l’ombre rôde toujours.

À tourner son Affaire SK1 sous la forme du polar, Frederic Tellier tombe dans la maladresse d’aller-retour constant entre le procès et l’enquête. Le metteur en scène ne sait pas trop comment se positionner, quelles parties principales prendre pour nourrir son film de la meilleure des manières. Franck Magne l’inspecteur ou l’avocate Frédérique Pons, femme chargée de défendre un tueur de femmes. Entre divers retours vers le futur, le long-métrage prendra lui-même ces propres dispositions, ses propres partis-pris à coller au plus près de Franck Magne et son enquête. Mûrissant sa carrière et sa vie d’homme au fur et à mesure de l’élucidation approximative de cette enquête, elle restera sa seule affaire, forte, trop forte culminant 40 ans de carrière normale en seulement 10 ans. L’affaire SK1 sera ce traumatisme pour chacun, enquêteurs, avocats, famille des victimes et les Français tout court. Guy Georges ronge encore les murs du 36, Quai des Orfèvres, tel Jacques Mesrine. Amarra Niane prête ses traits à Guy Georges, scotchant par une interprétation habitée, révélation d’un acteur qui ne pourrait jamais s’en remettre. Révélation au grand jour d’un acteur charismatique, et d’une affaire qui va une nouvelle fois retournée le conscient collectif ramenant la France à ce malaise subit il y a maintenant 20 ans, un Paris malsain entre un tueur en série, la mort de Diana sous le pont d’Alma et les attentats de Saint-Michel.

Informations

Détails du Film L'affaire SK1
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Policier
Version Cinéma Durée 120 '
Sortie 07/01/2015 Reprise -
Réalisateur Frédéric Tellier Compositeur Christophe La Pinta - Frédéric Tellier
Casting Olivier Gourmet - Thierry Neuvic - Raphaël Personnaz - Michel Vuillermoz - Nathalie Baye - Adama Niane - Christa Theret
Synopsis Paris, 1991. Franck Magne, un jeune inspecteur fait ses premiers pas à la Police Judiciaire, 36 quai des Orfèvres, Brigade Criminelle. Sa première enquête porte sur l’assassinat d’une jeune fille. Son travail l’amène à étudier des dossiers similaires qu’il est le seul à connecter ensemble. Il est vite confronté à la réalité du travail d’enquêteur : le manque de moyens, les longs horaires, la bureaucratie… Pendant 8 ans, obsédé par cette enquête, il traquera ce tueur en série auquel personne ne croit. Au fil d’une décennie, les victimes se multiplient. Les pistes se brouillent. Les meurtres sauvages se rapprochent. Franck Magne traque le monstre qui se dessine pour le stopper. Le policier de la Brigade Criminelle devient l’architecte de l’enquête la plus complexe et la plus vaste qu’ait jamais connu la police judiciaire française. Il va croiser la route de Frédérique Pons, une avocate passionnée, décidée à comprendre le destin de l’homme qui se cache derrière cet assassin sans pitié. Une plongée au cœur de 10 ans d’enquête, au milieu de policiers opiniâtres, de juges déterminés, de policiers scientifiques consciencieux, d’avocats ardents qui, tous, resteront marqués par cette affaire devenue retentissante : « l’affaire Guy Georges, le tueur de l’est parisien ».

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