Critique La Horde

La Horde
La Horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher est une déclaration d'amour décomplexée à tous les films qui les ont inspiré. Ce n'est pas novateur mais ça tape directement dans le lard et ça fait du bien.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Outre la vague de popularisation de mode du zombie que nous vivons actuellement, il nous semblait essentiel de revenir sur une production bien de chez nous. Depuis quelques années, de jeunes réalisateurs français explorent les influences qui les ont bercés durant leur enfance et osent le pari des films de genre dans nos salles. Un nouveau souffle de cette vague a réussi à détrôner les réputés intouchables qui avaient la main mise sur le genre à l’instar de Jean Rollin. Le fabuleux Haute Tension d’Alexandre Aja eut vite fait de remettre les pendules à l’heure en 2003 alors que le public se remettait à peine de la déferlante Gaspar Noé et son Irréversible toujours aussi poignant même plus de 10 ans après. Plusieurs jeunes réalisateurs se sont donc essayés au genre cette dernière décennie avec des résultats plus ou moins concluant. Si Laugier nous a scotché avec Martyrs, nous n’avons pas pu en dire autant du Frontière(s) de Gens. Il y eut aussi A L’intérieur, Ils, Mutants…et d’autres qui nous échappent au moment où nous écrivons cette chronique. Sans juger les valeurs artistiques de chacun, force est de constater que la nouvelle génération de cinéastes français a grandit avec les classiques du genre et compte bien avoir toutes les armes nécessaires en main afin de perdurer un genre qui se noie de plus en plus dans les méandres de sa propre peur.

La Horde est le premier film de morts-vivants français que nous ayons eu depuis des lustres. Nous ne reviendrons pas sur les capacités de Jean Rollin à s’être essayé à l’exercice en dépit de notre tendresse particulière pour le monsieur. Le zombie mangeur de chair tel que Romero nous l’a apporté en 1968 n’a vraiment plus de secret pour nous si bien que l’être en putréfaction est rentré dans l’inconscient collectif : croyez-vous vraiment que toutes les personnes qui aiment The Walking Dead aujourd’hui étaient de fervents admirateurs des même créatures dans les années 70 ? Nous en doutons fortement. Avec les années, les réalisateurs ont essayé de perfectionner ces créatures, les rendant plus voraces, plus rapides, plus intelligentes. La Horde est un condensé de ce qui fait le zombie à l’heure actuelle.

La Horde est un condensé de ce qui fait le zombie à l’heure actuelle.

Le film propose un panel de vraies gueules comme on n’en voit presque plus de nos jours, il rappel une époque où des Gabin et autres Ventura portaient à eux seul un projet sur leurs épaules. Le métrage allie aisément le film de genre à la sauce 28 Jours Plus Tard qui aurait décidé de foutre le boxon dans La Tour Infernale.

Le métrage allie aisément le film de genre à la sauce 28 Jours Plus Tard qui aurait décidé de foutre le boxon dans La Tour Infernale.

La Horde distille une photographie vraiment remarquable au sein d’une action quasiment permanente qui n’oublie en aucun de cas de vous fournir la juste dose d’humour et d’effet gore.

Le film souffre tout de même du budget risible dont il a fait les frais notamment pour ce qui est du maquillage qui se contente juste du minimum avec un effet de surenchère de sang. Nous aurions aimé voir des corps en putréfaction, sentir la bobine transpirer la vieille charogne.

Nous aurions aimé voir des corps en putréfaction, sentir la bobine transpirer la vieille charogne.

Ceci dit, il reste la bonne méthode du jump scare qui arrive à produire son petit effet lors de certaines scènes. Si la photographie est bien léchée comme dit ci-dessus, nous regrettons tout de même le petit effort en moins lors des scènes vraiment très sombres qui viennent légèrement pixeliser l’image. Ceci ne gâche en rien l’effort de la production mais ne peut pas l’élever au rang de perfection pour autant. La Horde est une déclaration d’amour aux artistes qui ont inspiré nos deux réalisateurs. On notera une affiche de film qui nous renverra directement à L’armée des Ténèbres de Sam Raimi. Le contexte global de huis-clos, et de cohabitation forcée avec des gens qui ne véhiculent pas les même valeur que vous, ramène forcément au Zombie de Romero. La Horde démarre façon polar pour nous amener un élément perturbateur que nous n’attendions pas forcément (à condition de ne rien connaître de son intrigue, et si tu lis ces lignes bah c’est foutu pour toi, sic !) et qui ne peut que nous rappeler le Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez.

Autre petit bémol à souligner : les dialogues très (trop) crus qui ne volent pas haut. Le film se passe dans une cité HLM d’où peut être le cliché du langage de charretier…mais était-il absolument nécessaire d’élever les propos des policiers au même rang que ceux de leurs détracteurs ? Peut-être est-ce une manière de souligner l’abolition de toute classe sociale dans un monde dévasté ? De même, certains personnages sont un peu laissés à l’abandon. Ainsi, on ne peut que s’identifier au flic assoiffé de justice, au malfrat immigré en quête de rédemption ou à la femme enceinte devenue une Rambo en jeans moulant qui fracasse du zombie à coups de réfrigérateur. Qu’en est-il des autres « pions » ? Mention spéciale à Yves Pignot, son personnage de René est devenu aussi culte que Ash à nos yeux. Il aurait mérité plus de présence et ce, même s’il crève l’écran à chacune de ses répliques.

Sans tenir compte des quelques incohérences et du budget minime dont il souffre, La Horde se veut être un film distrayant. Il n’est pas novateur pour un sous mais a le mérite d’apporter une nouvelle preuve que lorsqu’on aime, on peut et on sait faire de bons films de genre. Ceci est une déclaration aux producteurs et autres financeurs un peu frileux : ça marche ! Ca marche même plus que bien ! Arrêtez d’étouffer cette créativité dans l’œuf et osez vous lancer dans ce genre de pari un peu fou. Il y en a marre de se faire piquer nos talents par les ricains qui nous les formatent pour faire leur soupe là-bas ! Regardez Alexandre Aja, depuis quand il ne nous a pas sorti autre chose qu’un remake ? Aussi talentueux soit-il, nous nous portons garant de cette agonie générale. Nous avons les clés pour concurrencer les productions hollywoodiennes du même genre, pourquoi se contenter d’enter par la porte de derrière ?

Informations

Détails du Film La Horde
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Horreur
Version Cinéma Durée 90 '
Sortie 10/02/2010 Reprise -
Réalisateur Yannick Dahan - Benjamin Rocher Compositeur Christopher Lennertz
Casting Eriq Ebouaney - Jean-Pierre Martins - Claude Perron - Aurélien Recoing - Doudou Masta - Yves Pignot
Synopsis Au Nord de Paris. Décidé à venger la mort d'un des leurs, un groupe de policiers prend d'assaut une tour HLM, dans laquelle s'est barricadée une bande de gangsters, et se retrouve, sans le savoir, confronté à une horde de zombies. Flics et malfrats n'auront d'autre solution qu'unir leurs forces pour venir à bout de ces êtres terrifiants.

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