Critique Mister Babadook (The Babadook)

Mister Babadook
Mister Babadook s’inscrit au panthéon du cercle très fermé des films d’horreur à ambiance. Son histoire aurait pu virer au conventionnel, mais Jennifer Kent en fait un sommet du glauque à mi-chemin entre le gothique et le macabre.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Quand on prend le temps de jeter un coup d’œil sur cette année cinématographique qui s’achève, il faut bien avouer que nous avons été peu gâtés en films d’horreur. S’il y a bien eu des petits projets français qui ont suscité une vive curiosité de notre part comme Aux Yeux des Vivants ou Goal of the Dead, des mixes de genre comme Horns ou Délivre-Nous du Mal, des films uniquement sortis en VOD comme ABC’s of Death 2 ou alors les perles vues en festivals qui ne sont toujours pas sortis dans nos bacs à l’instar de Wolf Creek 2 (plutôt ironique quand on pense qu’un troisième volet devrait sortir courant 2015), on n’a pas vraiment eu de vrais bons films d’épouvante en salles cette année. Un film qui nous aurait fait dresser les poils tellement fort qu’il nous aurait marqués pendant longtemps, comme a pu l’être The Conjuring l’année dernière (qui est l’abruti qui a osé hurler Annabelle ?!). L’arrivée du premier film de Jennifer Kent dans nos bacs nous a subrepticement rappelé sa courte exploitation discrète à l’affiche cet été. Depuis la mort brutale de son mari dans un accident de voiture la nuit de son accouchement, Amelia lutte pour faire son deuil, tyrannisée entre son chagrin et son fils, Samuel, âgé de 6 ans et complètement incontrôlable, un fils qu’elle a du mal à aimer. Lorsqu’elle lit un mystérieux livre intitulé « Mister Babadook » à son enfant, Samuel est convaincu que le Babadook va venir le chercher. Subissant des cauchemars de plus en plus virulents, l’état psychologique d’Amelia s’en retrouve tout aussi affecté. D’abord rationnelle, elle se rend vite compte qu’une présence malveillante est probablement en train de peser dans sa maison.

On se retrouve sans conteste devant le digne descendant de Rosemary’s Baby et Shining.

Difficile de résumer Mister Babadook sans en dévoiler des éléments clés. Financé en partie grâce au crowdfunding, ce premier film de l’Australienne Jennifer Kent, alloué d’un budget ridicule, mise ses forces dans une ambiance ouvertement puissante. On se retrouve sans conteste devant le digne descendant de Rosemary’s Baby et Shining. Oui, Mister Babadook est un film d’horreur ambiant. Oubliez toute effusion de sang et/ou des cavalcades de jump-scares, Jennifer Kent traite d’une folie de masse à une échelle fantastique dans un univers anxiogène. La réussite de son film, elle le doit à son duo d’acteurs. Essie Davis donne réellement l’impression d’être à bout de force. Elle campe à merveille cette maman endeuillée en plein baby blues, un baby blues de presque 7 ans ! La jolie blonde marche parfaitement sur les plates-bandes de Mia Farrow : on ne sait que penser de ses sentiments. Il faut dire qu’en face d’elle, le jeune Noah Wiseman ne fait rien pour l’aider. S’il agace péniblement en début de métrage, on se prend d’affection pour ce gamin qui va devoir entrer de plain-pied dans un raisonnement adulte afin de sauver la vie de sa mère ainsi que la sienne. Tout le monde n’est pas rose, et c’est là que Jennifer Kent assure au niveau de sa mise en scène. Il faudra bien attendre plus de la moitié du film afin de comprendre vers qui Babadook se tourne. Si l’on sait qu’il a prévu de venir zigouiller la mère et son fils, on ne saura pas de suite lequel des deux l’a laissé entrer.

Mister Babadook s’inscrit au panthéon du cercle très fermé des films d’horreur à ambiance.

Après tout, les questions rationnelles importent peu, notre attention est sans cesse focalisée sur l’état alarmant de cette famille déchirée. Jennifer Kent nous immisce dans une intimité vraisemblable, dans un cocon familial extrêmement fort et réel. On a tous déjà connu ce genre de climat, ces tensions oppressantes qui rendent l’atmosphère pesante. Poussé à son paroxysme, cet état d’ambiance est clairement ce qui fait vivre la pellicule de Kent. Mister Babadook n’instaure pas spécialement un climat de peur perpétuel, les séquences fantastiques sont même minimes, mais il faut bien avouer que l’angoisse est constante. On déplore très peu d’apparitions physiques du boogeyman en question, mais on se rend vite compte qu’il n’est pas réellement le centre du sujet (plutôt ironique pour un film qui porte son nom). Kent joue avec la plus grande phobie parentale qui puisse exister : l’infanticide ! De la même manière que Nicholson en venait à poursuivre son enfant chez Kubrick, Essie Davis n’oublie pas d’en offrir une profondeur féminine beaucoup moins abrupte que chez son homologue masculin. Ce qui est intéressant c'est de constater cette perpétuelle dualité qui se met en place dans sa psyché, ce fil rouge constant sur lequel elle marche est si fin qu’on ne sait jamais où commence réellement la folie. Il faut dire que son personnage ne s’inflige pas spécialement le meilleur des programmes afin de ne pas dormir la nuit, les films qu’elle regarde sont franchement glauques. D’ailleurs le cinéma de Méliès retrouve un sens inné au sein de Mister Babadook. Le dernier acte du film sera mené d’une main de maître, dans une ambiance plus noire que noire, une rafale envoyée sans concession, avec une certaine finesse, qui permet de sortir du métrage avec une très belle sensation d’avoir eu un film maîtrisé de but en blanc. On regrettera néanmoins un épilogue un peu tiré par les cheveux. Une légère ombre au tableau qui vient entacher les jolies qualités du premier long métrage de Jennifer Kent.

Mister Babadook s’inscrit au panthéon du cercle très fermé des films d’horreur à ambiance. Son histoire aurait pu virer au conventionnel, mais Jennifer Kent en fait un sommet du glauque à mi-chemin entre le gothique et le macabre. Soulevant des questions intéressantes, et même s’il n’est pas la claque d’épouvante qu’on attendait, Mister Babadook nous offre une vision du cinéma de genre qu’on n’avait (presque) plus ressenti depuis le film de Kubrick. Alors ? Simple infanticide ou réelle possession fantasque ? Pour le savoir, il vous faudra laisser entrer le Babadook !

Informations

Détails du Film Mister Babadook (The Babadook)
Origine Australie Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Horreur - Epouvante
Version Cinéma Durée 94 '
Sortie 30/07/2014 Reprise -
Réalisateur Jennifer Kent Compositeur Jed Kurzel
Casting Essie Davis - Noah Wiseman - Daniel Henshall - Tiffany Lyndall-Knight - Ben Winspear
Synopsis Depuis la mort brutale de son mari, Amelia lutte pour ramener à la raison son fils de 6 ans, Samuel, devenu complètement incontrôlable et qu'elle n'arrive pas à aimer. Quand un livre de contes intitulé 'Mister Babadook' se retrouve mystérieusement dans leur maison, Samuel est convaincu que le 'Babadook' est la créature qui hante ses cauchemars. Ses visions prennent alors une tournure démesurée, il devient de plus en plus imprévisible et violent. Amelia commence peu à peu à sentir une présence malveillante autour d’elle et réalise que les avertissements de Samuel ne sont peut-être pas que des hallucinations...

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