Critique Femme ou Maîtresse (Daisy Kenyon)

Femme ou Maîtresse
Femme ou Maîtresse n’est clairement pas un film qui marquera la filmographie d’Otto Preminger. Certaines idées sont intéressantes, mais le tout aurait mérité d'être plus approfondis pour marquer les esprits.

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Nouveau titre paru cette semaine en DVD dans la collection Hollywood Legends du catalogue de la 20th Century Fox, Femme ou Maîtresse est réalisé par l’Autrichien Otto Preminger, à qui l’on doit de grands films comme La Rivière Sans Retour avec Robert Mitchum et Marilyn Monroe, L’homme au Bras d’Or avec Frank Sinatra ou encore Exodus avec Paul Newman. Daisy Kenyon est une créatrice de mode réputée à New York. Elle est amoureuse d’un homme marié, Dan, un avocat talentueux et extrêmement reconnu, qui ne se résout pas à quitter sa femme pour sa maîtresse. Las de subir une quantité de promesses qui ne mènent à rien, elle succombe au charme de Peter, un architecte ayant perdu sa femme dans un accident de voiture. Lorsque Peter demande Daisy en mariage, un mystérieux triangle amoureux se met alors en place.

Preminger dresse le portrait de la femme forte, la femme indépendante.

Arrivé en fin de course de l’âge d’or du cinéma Hollywoodien, Femme ou Maîtresse tente de s’approprier les codes classiques de la comédie romantique en essayant d’élever ses propos vers un drame noir intense. Le côté moral d’une telle relation est amorcé de manière frontale et réaliste. Avec des sous-propos induisant un regard certain envers la maltraitance des enfants et la douleur vécu dans les biens fondés d’un mariage, Femme ou Maîtresse décline une entrée en matière pour le moins intéressante. Le trio de tête est envoutant. On se plonge sans concession dans le grand bain en s’identifiant parfaitement aux personnages. Très vite, on comprend que Preminger dresse le portrait de la femme forte, la femme indépendante. Plutôt culotté quand on replace le film dans son contexte de sortie, en 1947 la femme n’était vue que comme la boniche au foyer programmée pour assurer les biens de la maison familiale. Le charme indéniable de Joan Crawford habite la pellicule, elle est l’incarnation même de cette femme émancipée que veut protéger Otto Preminger. A contrario, les deux hommes se battant pour les beaux yeux de Crawford représentent la lâcheté dans ses deux facettes les plus distinctes. L’un n’hésitant pas à jouer de sa popularité et de son emprise sur sa maîtresse pour y laisser exploser une rage perpétuelle pendant que l’autre, timide et réservé, restera perpétuellement dans une lâcheté silencieuse sans jamais lever un sourcil. Peu importe qu’ils soient explosifs ou introvertis, les hommes ne sont pas vus d’un très bon œil par Preminger.

On ressent clairement une recherche d’identité cinématographique de la part du réalisateur.

Seulement, le problème majeur inhérent à Femme ou Maîtresse, est qu’il n’a plus rien à proposer de foncièrement intéressant une fois sa première demi-heure passée. On ressent clairement une recherche d’identité cinématographique de la part du réalisateur. Si l’on comprend que les ambitions de Preminger sont bien plus grandes que de vouloir nous dresser un simple film romantique, il a réellement du mal à le juxtaposer avec l’univers noir. À l’aube où le couple Bogart / Bacall se prépare à détonner dans ce chef d’œuvre du film noir qu’est Key Largo, Femme ou Maîtresse fait pâle figure de précurseur. Si quelques scènes relèvent dignement la tête, elles sont moindres dans le douloureux embargo que se fait le film. On retrouvera un regain d’intérêt dans son troisième acte (le procès) notamment pour les propos défendus par le père de famille qui se résout à abandonner ses enfants aux mains d’une mère tyrannique et violente dans le but d’enfin vivre le réel amour. Si Dana Andrews est impeccable dans ce rôle, on ne peut s’empêcher de nous indigner devant la tristesse du jeu de Henry Fonda. Cet immense acteur, déjà fort d’une renommée respectable à l’époque, sept ans après avoir brillé dans Les Raisins de la Colère, offre un jeu entièrement, amèrement et soporifiquement neutre. Dénué de tous sentiments, il incarne cette larve qu’on a envie de remuer le plus violemment du monde afin qu’il se positionne en tant que mari aimant désireux de garder sa femme coûte que coûte. On comprendra alors ses faits et gestes uniquement lors de sa toute dernière réplique qui vient conclure le film, mais c’est beaucoup trop pauvre et beaucoup trop tiré par les cheveux pour lui accorder une once de crédit. Quel gâchis de sous-exploiter ainsi un tel monstre du cinéma !

Femme ou Maîtresse n’est clairement pas un film qui marquera la filmographie d’Otto Preminger. Survenu à une époque charnière où le cinéma américain était en plein déclin de son âge d’or et juste avant la vague hitchcockienne et le nouvel Hollywood, il n’est qu’une œuvre bâtarde en recherche d’identité. Certaines séquences valent tout de même le coup d’œil, la manière de mettre en scène de Preminger est intéressante avec ses longs mouvements de caméra vraiment fluides et certains des discours tenus sont osés pour l’époque. Femme ou Maîtresse se voit ainsi comme un diamant brut, une oeuvre beta que l’industrie hollywoodienne se chargera de magnifier dans les années 50 lors sa vague de polars habillement surfée par les Orson Welles et autres Humphrey Bogart.

Informations

Détails du Film Femme ou Maîtresse (Daisy Kenyon)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie Dramatique - Romance
Version Cinéma Durée 95 '
Sortie 08/09/1948 Reprise -
Réalisateur Otto Preminger Compositeur David Raksin
Casting Henry Fonda - Dana Andrews - Joan Crawford - Ruth Warrick
Synopsis Créatrice de mode, Daisy Kenyon est amoureuse d'un homme marié, l'avocat réputé Dan O'Mara, qui ne se résout pas à quitter sa femme pour elle. Daisy se laisse alors séduire par Peter, un architecte qui a perdu sa femme dans un accident de voiture.

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