Critique Le Génie du Mal (Compulsion)

Le Génie du Mal
Réalisé en 1959 par Richard Fleisher, Le Génie du Mal est le deuxième long-métrage inspiré par ce fait divers.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Mathieu Le Berre

Critique du Film

Il y a des histoires macabres qui marquent à jamais de leur empreinte un pays, une nation tout entière. Fait divers intergénérationnel, elle sera cette marque indélébile sur le corps historique d’un peuple la relatant comme une légende urbaine. Mais l’art, tant la littérature que le cinéma, est là pour rappeler que ce fait est bien une sinistre réalité, à savoir le meurtre d’un jeune garçon par deux jeunes héritiers surdoués.

En 1924, Nathan Leopold et Richard Loeb décident de commettre le crime parfait et tuent un jeune garçon de leur voisinage. L’affaire choqua l’Amérique, car la seule motivation des deux assassins était de prouver leur supériorité. L’affaire est restée également célèbre en raison de la personnalité de leur avocat, Clarence Darrow. L’avocat livra une plaidoirie de près de 7 heures, et évita que ses clients ne soient exécutés. Leopold et Loeb furent condamnés à la prison à perpétuité.

Richard Fleischer s'évertue à plonger dans la noirceur de la psyché humaine.

Réalisé en 1959 par Richard Fleisher, Le Génie du Mal est le deuxième long-métrage inspiré par ce fait divers. Tel un avant-garde confirmé et de par une œuvre à la technique flamboyante, Alfred Hitchcock s’était déjà inspiré de cette histoire pour nourrir l’un de ses plus grands films noirs, La Corde. 11ans plus tard et par le biais de Richard Zanuck, fils de Darryl F., grand ponte de la Fox, Le Génie du Mal (Compulsions en VO) reprend l’histoire pour une vision plus psychologique et intimiste comme seul Richard Fleischer a su le faire. Loin d’avoir réalisé L’Étrangleur de Boston, le réalisateur multigenre se penche tel un psychiatre sur le cas de Leopold et Loeb. Bien que traité de façon fictive, Fleischer porte ses personnages comme les protagonistes principaux du film. Ainsi, prenant comme base le livre de Meyer Levin et la pièce de théâtre qui fut tirée du livre, le réalisateur va essayer de comprendre la psyché de ses gamins devenus fous par la facilité que la vie leur procure. Le Génie du Mal s’ouvrira alors sur cette appréciation de la tentative de meurtre d’un ivrogne avec leur voiture suite à un petit larcin dans une fraternité. Steiner et Straus, pseudonyme pour le film, démontrent leurs vices, celui de se croire impunis et impertinents. Déroulant leur processus comme un acte ludique dans leurs cerveaux si vaste, les deux personnages vont navigués dans cette affaire comme des oiseaux glanant quelques graines, des indices à assouvir leurs excitations macabres. Pilier du duo, âme forte et tourmentée par une psyché déviante, Straus, interprété par le charismatique et brillant Bradford Dillman, sera ce chantre beau parleur et beau gosse, ce manipulateur emmenant dans sa folie Steiner, petit être faible et renfermé, amoureux certain de ce diable sur terre. Pantin sans fils, Steiner, de par son homosexualité non affirmée, mais affinée par Fleischer, se verra malmener et tromper par un amour machiavélique, le diable ayant sorti ces plus beaux habits pour cet érudit d’ornithologie. Déstructurant avec soin ces gamins intelligents, mais malades, Richard Fleischer suit l’affaire point par point avec une certaine délicatesse laissant amener le clou dans sa dernière partie, le procès.

Le Génie du Mal se (re)découvre par cette ressortie comme une œuvre fascinante.

Après une bonne partie du film à capturer les deux étudiants dans les fils de l’enquête, le metteur en scène nous installe dans les rouages d’un tribunal. Classique dans sa forme, le film prend une mesure autre par l’apparition lourde d’un monument, Orson Welles. Gras, adipeux, mais captivant, l’acteur dessaisit le film à sa personne l’emportant dans des monologues procéduriers de haute volée. Reprenant les termes et paroles exacts de Clarence Darrow pour l’occasion, l’acteur enveloppe de son talent le final d’un film trop vite oublié, et remit dans des conditions adéquates par Rimini Éditions dans des DVD/Blu Ray disponible depuis la rentrée.

Le Génie du Mal se (re)découvre par cette ressortie comme une œuvre fascinante. Le film constitue une plongée oppressante dans les tréfonds de la noirceur humaine. Présenté au Festival de Cannes en 1959 où il fut accueilli plutôt froidement, il permettra tout de même à Orson Welles, Bradford Dillman et Dean Stockwell de repartir avec le prix d’interprétation masculine. Modèle du film noir, Le Génie du Mal fait donc partie de ces œuvres sous-estimées en leur temps, mais dont on redécouvre aujourd’hui l’importance.

Informations

Détails du Film Le Génie du Mal (Compulsion)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller - Policier
Version Cinéma Durée 103 '
Sortie 13/05/1959 Reprise 02/09/2014
Réalisateur Richard Fleischer Compositeur Lionel Newman
Casting Bradford Dillman - Orson Welles - Diane Varsi - Dean Stockwell - E.G. Marshall
Synopsis 1924. Estimant que leur statut social et leur intelligence les placent au dessus des lois, deux étudiants se livrent à plusieurs actes criminels et finissent par enlever et assassiner un jeune garçon. Certains d'avoir commis le crime parfait, ils sont trahis par un détail. Un avocat célèbre, adversaire de la peine de mort, décide d'assurer leur défense.

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