Critique Nymphomaniac

Nymphomaniac
Si nous avions affirmé haut et fort en fin de chronique du second volet : « Annoncé et craint comme un ersatz de film porno non assumé, il s’en tire avec tous les honneurs d’un vrai film traditionnel, espérons qu’il en soit autant de sa version...

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Retour vers le passé. Il y a quelques mois de cela, pour sa sortie vidéo, nous étions revenus sur les deux parties du dernier projet sulfureux de Lars Von Trier : Nymphomaniac, Vol. 1 et Nymphomaniac, Vol. 2. Présenté alors dans sa version cinéma, censuré et coupé en deux parties distinctes, le projet nous avait scotché par sa mise en scène vertigineuse, son casting de choix et, surtout, l’aspect sexuel loin d’être malsain et servant parfaitement ses propos. Bien évidemment, nous soulignions l’intérêt cinématographique de l’utilité d’une version intégrale. Comment était-ce possible que Von Trier affirme qu’il ait amputé son film d’une heure et demie de scènes pornographiques ? La version director’s cut, disponible en VOD depuis quelques jours, est venue éclairer notre lanterne. 5h30 plus tard, que reste-t-il ?

Si nous avions voulu nous toucher la nouille, on aurait clairement cherché un porno digne de ce nom !

Grand Dieu que ce fut pénible ! Nymphomaniac, dans sa version longue, tombe exactement là où nous avions peur qu’il nous emmène lorsque nous nous sommes lancés dans l’aventure il y a quelques mois. Lars Von Trier renoue avec son passé de réalisateur de films pour adultes et tente de noyer le poisson dans un concept estampillé « film d’auteur ». Force est de constater que l’amalgame entre les deux créations artistiques est incompatible. Faire du sexe beau, pari risqué, qui était parfaitement accompli dans la version cinéma. Ici, la séance devient un supplice dès lors qu’un acteur se retrouve nu à l’écran. On se sent obligé de regarder autour de nous, de chercher une excuse si l’on vient à être surpris par un proche pour affirmer qu’on ne regarde pas un film pornographique. Quel intérêt trouve-t-on dans ces performances perpétrées à l’écran ? Mesurer le culot de ces acteurs à briser les limites du bien-pensant ? Même pas ! Tout ce qu’il se passe en dessous de la ceinture est assuré par des doublures, des stars du X. Si nous avions voulu nous toucher la nouille, on aurait clairement cherché un porno digne de ce nom ! Et qu’on ne vienne pas nous crier corps et âme que c’est de l’art. Quand on voit une multitude de pénétrations en gros plans, des éjaculations buccales, faciales et autres sévices sexuels, c’est du porno ! Il faut appeler un chat, un chat !

Nymphomaniac devient l’ombre de sa propre beauté.

Outre l’aspect ouvertement choquant du film, on se rend compte que tout ce qui nous avait charmés dans la version précédente perd tout son sens. Si la première partie du film tient encore la route, on se sent surtout bafoué lors de la seconde. Les moments les plus sombres de la vie de Joe sont cachés derrière les innombrables et interminables séances sadomasochistes. Comme pour appuyer le fait que son personnage est totalement torturé et perdu psychologiquement, Lars Von Trier insiste sur la descente aux enfers du personnage de Gainsbourg en rallongeant ses séquences de tortures physiques (du moins le plaisir de la chair avec des séquelles). Par ce biais, il annihile tout ce qui était logique et constructif dans son scénario. Quand bien même nous rencontrons de nouveaux personnages (oui car tout n’est pas que porno dans cette heure et demie), aucun ne retiendra notre attention. Aucun ne fera avancer l’intrigue ou n’élèvera les propos vers une nouvelle dimension onirique qui était bien présente au cinéma. Uniquement prétexte à des scènes de sexe lubriques et débridées, Nymphomaniac devient l’ombre de sa propre beauté. C’est ainsi qu’on ne peut que comprendre le boulot de certains producteurs qui imposent un droit de regard sur le montage final. Déjà pas bien rentable en salle dans sa version censurée, on peine à se demander ce qu’il en serait advenu du film s’il avait été montré tel quel sur nos écrans. Il n'aurait pas, ou peu, été distribué, c'est certain !

Si nous avions affirmé haut et fort en fin de chronique du second volet : « Annoncé et craint comme un ersatz de film porno non assumé, il s’en tire avec tous les honneurs d’un vrai film traditionnel, espérons qu’il en soit autant de sa version non censurée. », force est de constater, au vu de cette pénible séance que nous avons subie, qu’il n’en fut absolument pas le cas. Nous persistons à croire que Nymphomaniac est réellement un projet qu’il faut voir, un projet qui a de l’audace avec de l’humour et un regard onirique fort sur le plaisir au féminin. Un projet qu’on ne peut que vous recommander dans sa version censurée en deux parties !

Informations

Détails du Film Nymphomaniac
Origine France - Angleterre - Allemagne - Danemark - Belgique Signalétique Interdit aux moins de 18 ans
Catégorie Film Genre Drame - Erotique
Version Director's cut Durée 325 '
Sortie 02/10/2014 Reprise -
Réalisateur Lars Von Trier Compositeur Aucun
Casting Christian Slater - Connie Nielsen - Shia LaBeouf - Charlotte Gainsbourg - Stellan Skarsgard - Willem Dafoe - Uma Thurman - Jamie Bell - Jean-Marc Barr - Udo Kier - Stacy Martin
Synopsis La folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

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