Critique Night Call (Nightcrawler)

Night Call
Un film troublant qui dénonce le voyeurisme morbide des médias et de ses spectateurs. En caméraman vautour à la recherche de scènes spectaculaires, Jake Gyllenhaal est bluffant.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Alexandre Coudray

Critique du Film

Dès la première scène, on est plongé dans l'ambiance du film : Lou Bloom se fait surprendre en train de voler de la ferraille pour la revendre par un gardien de nuit. Ni une, ni deux, Lou se jette sur le gardien pour l'assommer et récupère sa montre au passage. Voilà le genre de personne qu'est Lou Bloom, prêt à tout pour parvenir à ses fins. Psychologiquement dérangé, il ne pense pas comme les autres, sa manière de voir les choses est mécanique, guidée par tous les documents qu'il a pu lire sur internet. Toujours en train de chercher sa voie, il semble la trouver lorsqu'il se rend sur les lieux d'un accident où des journalistes filment la scène pour la revendre à la chaîne la plus offrante. Dès lors, Lou s'équipe d'une caméra et d'un poste pour capter les fréquences de police et écume Los Angeles la nuit pour tomber sur la scène de meurtre ou d'accident qui lui permettra de récolter un bon paquet d'argent.

Finalement, Lou ne fait qu'exploiter un filon déjà existant, il n'invente rien en filmant les scènes de crime et les victimes qui baignent dans leur sang. Le fait est que les médias ne cessent d'utiliser le voyeurisme morbide des gens pour faire grimper leur audimat. C'est là que réside le propos principal de Night Call. Vous pouvez être sûrs que c'est le journal télévisée qui a les images les plus choquantes qui va faire le plus d'audience. Lou semble être né pour faire ce métier de caméraman freelance, qui n'est pas sans faire penser aux vautours que l'on trouve toujours à proximité des cadavres en pleine savane. Mais Lou a le petit truc en plus pour réussir : il n'a aucune éthique à part la sienne qui est bien particulière. Pour que le plan soit plus réussi, il n'hésite pas à déplacer un cadavre sur les lieux d'un accident. Pour ne pas se laisser dépasser par la concurrence, il n'hésite pas à saboter le van d'un rival. Pour que ses images obtiennent l'exclusivité, il n'hésite pas à filmer les lieux d'un crime et ses cadavres avant l'arrivée de la police. Et pour avoir des images encore plus spectaculaires, il n'hésite pas à cacher des informations à la police pour pouvoir faire en sorte de filmer l'arrestation du suspect qu'il a lui-même retrouvé. La seule chose que Lou ne fait pas, c'est tuer quelqu'un pour s'assurer l'exclusivité des images et encore, on l'imagine très bien capable d'en arriver là.

Un film troublant qui dénonce le voyeurisme morbide des médias et de ses spectateurs qui doit beaucoup à la prestation hallucinée de Jake Gyllenhaal.

Peut-être que d'ailleurs le film ne va pas assez loin. Car Night Call est troublant, certes, et son propos est très clair mais tout au long du film, on sent qu'il lui manque quelque chose pour être une réussite totale. Il y a quelques maladresses dans le scénario et le personnage de Lou a une psychologie qui nous est totalement inconnue. C'est d'ailleurs de là que vient le principal défaut de Night Call. Sans identification au personnage principal, on se sent assez mal à l'aise de le voir enfreindre autant de fois l'éthique la plus basique. Si l'on en vient à apercevoir ses motivations, ce n'est pas pour autant qu'on le comprend entièrement et il nous est étranger malgré tout. Cela dit, la prestation hallucinée de Jake Gyllenhall dans le rôle de Lou suffit à nous faire oublier les défauts du personnage et de son écriture. Gyllenhaal semble s'être totalement investi dans le rôle et compose un personnage imprévisible et terrifiant, capable du pire pour parvenir à suivre le plan de carrière qu'il s'est fixé. Négociateur impitoyable qui pense à l'aspect spectaculaire et vendeur des choses avant l'aspect humain, Lou est finalement un pur produit né des images qu'il filme, devenu insensible aux drames qu'il a devant ses yeux à force d'en voir arriver tous les jours.

Au final, Night Call ne montre pas Lou comme étant le seul coupable. Il n'est qu'un instrument comme tant d'autres. Il faut voir la scène où les journalistes sont guidés par la régie pour insister sur l'horreur des images qu'ils ont sous les yeux pour comprendre que nous sommes tous coupables de voyeurisme morbide et que nous avons tous soif de sensations fortes. C'est là que le propos du film est le plus fort, quand il vient frapper à notre porte pour nous pointer du doigt et que l'on se sait autant coupable que les autres. Sinon, pourquoi serait-on autant passionné par le cinéma ? Il est certain que Michael Powell l'avait déjà dit dans Le Voyeur mais Dan Gilroy nous fait une piqûre de rappel peu subtile mais diablement efficace.

Informations

Détails du Film Night Call (Nightcrawler)
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Thriller
Version Cinéma Durée 117 '
Sortie 26/11/2014 Reprise -
Réalisateur Dan Gilroy Compositeur James Newton Howard
Casting Jake Gyllenhaal - Bill Paxton - Rene Russo - Riz Ahmed - Ann Cusack
Synopsis Un journaliste indépendant enquête dans le milieu du crime à Los Angeles.

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