Critique Videodrome

Videodrome
Cercle vicieux sans fin, Videodrome est un chef d’œuvre subversif qui n’en finit pas de nous dévoiler ses secrets à chaque visionnage. David Cronenberg était décidément au meilleur de sa forme dans les années 80, dommage que le milieu des années...

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Époque propice à David Cronenberg, les années 80 l’ont complètement vu exploser aux yeux du monde. Nous laissant des œuvres indémodables comme Scanners, La Mouche, Faux-Semblants ou encore Le Festin Nu, le Canadien s’est creusé une sacrée réputation dans le milieu fantastique (d’une manière générale). C’est ainsi qu’on retrouve à l’affiche, dans une version totalement restaurée, Videodrome. Sorti en 1984, on y suit le patron d’une chaîne érotique sur le câble tombant, par hasard, sur un mystérieux programme pirate intitulé Videodrome et qui met en scène des scènes de tortures et des sévices sexuels. Après l’avoir visionné, il va être en proie à diverses hallucinations et autres altérations physiques.

Videodrome est avant tout un film précurseur et très en avance sur son temps.

La première chose qui reste, même des années après l’avoir vu, c’est la fabuleuse prestation d’un très grand James Wood. L’acteur ouvre en grand la fenêtre de sa folie artistique. Cronenberg le pousse dans ses derniers retranchements, et il y fonce tête baissée. Une belle preuve de la symbiose qui subsistait entre les deux bonshommes. C’est franchement dommage de constater le peu de présence de cet acteur aujourd’hui. Qui pourrait être aussi dingue pour accepter de faire ne serait-ce que la moitié des actions qu’il interprète à l’écran ? Aujourd’hui, pas grand monde ! Sans arrêt juste dans ses émotions, il est le pantin idéal à la critique qu’instaure Cronenberg. Et puis le bougre s’adonne à des séances sado-maso avec Deborah Harry (la chanteuse du groupe Blondie), et rien que pour avoir eu cette chance, il mérite tout notre respect. Mais trêve de plaisanteries, Videodrome est avant tout un film précurseur et très en avance sur son temps. On peut y déceler un avertissement puissant face au pouvoir de la télévision et notamment pour les programmes comme Big Brother, bien avant leur apparition. Faisant office de, presque, visionnaire, Cronenberg témoigne d’une société apeurée du pouvoir des images. Il se fait la voix d’une époque craintive qui redoutait déjà le pouvoir des médias et il suffit de voir où on en est arrivé aujourd’hui pour constater que le discours était loin d’être faussé.

Videodrome est un chef d’œuvre subversif qui n’en finit pas de nous dévoiler ses secrets à chaque visionnage.

Question violence graphique, Cronenberg nous sert une de ses œuvres les plus choquantes de toute sa filmographie. Toujours en recherche des rapports mécaniques des corps humains, il rend esclave le corps de James Wood de son média d’une manière autant particulière qu’elle est devenue culte. Diverses séquences d’une violence graphique impressionnante parsèment Videodrome. Parmi les plus culte, on se souviendra surtout de l’abdomen de James Wood faisant foi d’un magnétoscope particulier. Imagerie glauque lourde de sens, Cronenberg, par sa recherche des corps meurtris, cherche à nous faire comprendre que l’esclave moderne est celui que l’on se crée devant la télévision. En choisissant d’assouvir et/ou de céder à nos fantasmes télévisuels, on ne devient qu’un simple produit de consommation, une banale escroquerie sans âme et sans vie. Mais cette dérivation de l’être pousse Cronenberg à explorer la psyché humaine encore plus loin. Il choisit de s'attarder sur les vices cachés dans les fantasmes extrêmes de l’homme. Jusqu’à quel point peut-on ressentir du plaisir ? Faut-il aller jusqu’à la mort pour connaître la jouissance ? Qu’est-ce que la jouissance ? Cronenberg pose de très bonnes questions. D'une manière générale, les rapports au plaisir (pas nécessairement sexuel) resteront des questions qu’il aimera soulever (Crash, eXistenZ) au fur et à mesure que la société évoluera. À l’époque où Videodrome est sorti, le monde connaissait un regain d’intérêt pour la vidéo amateur, notamment grâce à la prolifération grandissante des postes de télévision dans les foyers, et l’arrivée du magnétoscope. C’est à cette époque que le commerce des snuff movie a éclos. Avec Videodrome, Cronenberg laisse un message indélébile sur un marché en pleine expansion et qui n’aurait jamais dû voir le jour. Bien sûr, il s’octroie un aparté, jugeant plus facile de traiter de la pornographie que de la mort à proprement parlé, et puis ce qui l’intéresse ici c’est plutôt la remise en question de l’intégrité de la personne. La reconsidération de celle qui décide de voir de la violence et non de celle qui la génère. Il prend le problème à bras le corps, soutenant l’idée que le consommateur deviendra indubitablement le générateur.

Cercle vicieux sans fin, Videodrome est un chef d’œuvre subversif qui n’en finit pas de nous dévoiler ses secrets à chaque visionnage. David Cronenberg était décidément au meilleur de sa forme dans les années 80, dommage que le milieu des années 2000 ait amorcé son déclin. Le David d’antan aurait vraiment encore beaucoup de choses intéressantes à nous dire aujourd’hui.

Informations

Détails du Film Videodrome
Origine Canada Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Drame - Fantastique
Version Cinéma Durée 88 '
Sortie 16/05/1984 Reprise 29/10/2014
Réalisateur David Cronenberg Compositeur Howard Shore
Casting James Woods - Sonja Smits - Deborah Harry - Peter Dvorsky - Julie Khaner
Synopsis Le patron d'une petite chaîne érotique sur le câble capte par hasard un mystérieux programme-pirate dénommé Vidéodrome, qui met en scène tortures et sévices sexuels. Son visionnage provoque peu à peu des hallucinations et autres altérations physiques. La frontière entre réalité et univers télévisuel devient bien mince, et la folie guette.

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