Critique Shutter Island

Shutter Island
Shutter Island montre un Martin Scorsese qui ne sait pas sur quel pied danser. La globalité des idées exploitées sont agréables mais pas digne de la verve de ce grand réalisateur.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Un nouveau Scorsese en salles est souvent un événement attendu par beaucoup. Depuis que le monsieur a explosé aux yeux du monde avec son toujours pertinent Taxi Driver en 1976, il a toujours su renouveler les thèmes qu’ils aiment traiter. Son cinéma est réservé à un cercle d’initiés, du moins pour ses films plus intimistes, et l’extrême violence qu’il met souvent en avant nous séduit toujours autant. Shutter Island n’a pas vraiment fait parler de lui en terme de promotion. Il est sorti presque anonymement dans les salles au point que, fan de Scorsese que nous sommes, nous avons failli passer à côté. Avec le recule et après plusieurs visionnage, le film nous laisse toujours aussi confus. Essayons d’éclaircir le mystère.

Le point de départ de Shutter Island est vraiment intéressant. Le film nous plonge d’emblée dans son intrigue. Soulignons la première scène vraiment très drôle compte tenu du fait qu’on y voit Leonardo (acteur fétiche de Scorsese ces dernières années) en train de se plaindre de son mal de mer tout en se vidant les boyaux. Si ça c’est pas un clin d’œil humoristique alors nous ne nous y connaissons pas ! Scorsese fait forcément référence au film qui a révélé Di Caprio au grand public, Titanic (pour nous c’était avec Critters 3, et oui que voulez-vous ?).

La star semble vouloir casser définitivement son image de « lover ».

La star semble vouloir casser définitivement son image de "lover" (bien qu’il l’ait prouvé depuis Gangs of New-York) en vomissant littéralement cette image de sex-symbol qui ne semble plus lui convenir. Dès ses premières images, Shutter Island montre qu’il est un film qui fera réfléchir. Scorsese surprend encore une fois par sa manière de filmer, ses plans sont ancrés dans l’action comme s’il voulait embarquer le spectateur au cœur de l’enquête l’impliquant au mieux dans son univers presque malsain. Nous nous posons ainsi la question suivante : qu’est-ce que la folie ? Oubliez les stars à l’écran, vous êtes au centre de cette intrigue menée d’une main d’un maître qu’il n’est plus besoin de présenter. Ceci dit, nous reprochons une chose à Scorsese ici : à trop vouloir nous faire réfléchir, et à supposer que le spectateur ait un peu de jugeote, nous n’avons aucun mal à deviner la finalité de l’histoire une fois l’heure de film passée.

Il y a vraiment un moment clé dans le film où, si vous êtes attentif, toute la base du problème révèle une grande partie de sa solution. Vous savez, c’est le type de moment où tout s’éclair dans votre tête et où vous ne pouvez vous empêcher de vous exclamer haut et fort : « Ah mais oui ! En fait c’est lui qui… ». Scorsese n’est pas Hitchcock, de toute façon personne ne saura jamais manier l’art du suspense comme le patron des patrons, mais il arrive à nous surprendre néanmoins lors des scènes finales. La morale apportée est assez plaisante, pas vraiment originale mais assez bouleversante pour qu’on s’y intéresse. Le mélange réalité / rêve est franchement bien amené et construit au point de s’y perdre assez facilement. Seulement, Scorsese nous tend toujours (trop ?) la main et sème des indices tout au long du métrage nous permettant de faire la part des choses assez facilement. Encore une fois, un jeu à double tranchant qui laisse sceptique quant aux intentions du récit : A-t-il peur de perdre le spectateur s’il ne laisse pas d’indice en chemin ?

Leonardo Di Caprio campe un personnage qui sent un poil le réchauffé. Il donne l’impression de rejouer un rôle qu’il a déjà interprété. Attention, ce n’est pas une critique, son jeu est réfléchit et s’il nous ressert une sauce qu’on connaît déjà c’est pour mieux accentuer un aspect bien particulier de son personnage. En revanche, si Di Caprio est bien étoffé, on ne peut pas en dire autant du reste du casting et c’est en ça que Scorsese marque un mauvais point. Le réalisateur nous avait habitué à un travail minutieux sur l’apparence et la personnalité de ses interprètes. Il est vrai qu’il a toujours revendiqué qu’il préférait privilégier l’instant, là où la magie opère devant la caméra, plutôt que tout autre chose mais on ne sent pas l’alchimie qu’on a pu sentir pour un duo dans le genre De Niro / Pesci. Autre point négatif, la musique est très peu exploitée. Il n’y a déjà aucune création originale dans le métrage puisque Scorsese a juste demandé à Robbie Robertson et John Powell de remanier des morceaux connus. On sait et on connaît l’amour de Scorsese pour ce qui est de faire vivre une musique dans une scène et malheureusement Shutter Island est indigne d’un univers « scorsesien ».

Seules les séquences introduisant la musique de Mahler valent le détour.

Seules les séquences introduisant la musique de Mahler valent le détour. L’addition entre musique classique sur des scènes violentes propose un contraste magnifique digne de la verve de son réalisateur. Malheureusement, elle ne s’applique qu’à une ou deux scènes. Le reste de la trame musicale est quasiment absente et ne surprend vraiment pas quand elle décide de pointer le bout de son nez. Scorsese a toujours employé la musique comme un acteur important voire un personnage à part entière, un peu comme un témoin des événements perpétrés à l’écran. Peut être qu’il a suggéré cet oubli en tant que personnage absent du film ? Peut être que le fameux prisonnier 67 que personne ne trouve n’est autre que la musique ? A méditer.

En définitive, Shutter Island est un film qui laisse perplexe. Il y a de très bonnes idées mais rien ne semble véritablement abouti. De plus, l’erreur de débutant en fin de métrage qui voit Ben Kingsley tout raconter de A à Z au cas où on n’aurait pas encore compris a eu le don de nous énerver. Les fans du réalisateur apprécieront sans doute le film pour ce qu’il aurait dû être. Pour les non initiés, il en va de votre capacité à se plonger (ou non) dans le film, même s’il reste un des Scorsese le plus abordable pour tout spectateur lambda.

Informations

Détails du Film Shutter Island
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Thriller
Version Cinéma Durée 137 '
Sortie 24/02/2010 Reprise -
Réalisateur Martin Scorsese Compositeur John Powell - Robbie Robertson
Casting Ben Kingsley - Leonardo Dicaprio - Max von Sydow - Emily Mortimer - Mark Ruffalo - Michelle Williams
Synopsis En 1954, le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés enquêter sur l'île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. L'une des patientes, Rachel Solando, a inexplicablement disparu. Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente.

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