Critique La Mariée Sanglante (La Novia Ensangrentada)

La Mariée Sanglante
La Mariée Sanglante est une réflexion mystique sur la recherche d’un « moi » profond indispensable à l’épanouissement d’une vie sexuelle saine, peu importe son orientation. Pas si sanglante que le suggère son titre, la mariée offre quelques...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Première réalisation pour Vicente Aranda, La Mariée Sanglante raconte l’histoire de Susan, jeune épouse d’un homme dont on ne connaîtra jamais le nom, qui va découvrir un passé trouble hantant sa nouvelle demeure au gré des pulsions sexuelles sauvages imposées par son mari.

La Mariée Sanglante se démarque dans la masse des films de l’époque par un double discours extrêmement fort.

Tourné en plein âge d’or du cinéma fantastique espagnol, La Mariée Sanglante ne déroge pas aux codes du genre. Malgré une histoire, en surface, conventionnelle, le film de Vicente Aranda annonce la couleur dès son ouverture : ce sera sanglant et érotique...mais pas seulement ! La première bonne raison d’apprécier l’œuvre se dévoile ainsi dans ses premières minutes, nous profiterons de tous les charmes de la splendide Maribel Marti, que nous avions découverts dans l’excellent film de Narciso Ibanez, La Résidence. La Mariée Sanglante se démarque dans la masse des films de l’époque par un double discours extrêmement fort. Le premier étant un plaidoyer clairement féministe et anti-mariage soutenu par son réalisateur lui-même. Au travers les séances presque sadomasochistes auxquelles s’adonne notre jeune couple en début de métrage, on y voit clairement une désacralisation de l’homme au sein du foyer. Supplanté de tout acte moralisateur, le personnage du mari se révèle simple et fascinant. Choisissant de montrer l’homme dans sa nature primaire et destructrice, le réalisateur se régale à filmer un monstre. Car en réalité, malgré les péripéties scénaristiques, le véritable mal se pose entre les mains de cet homme et non du spectre vampirique qui hante l’héroïne. On parle bien de spectre vampirique, et ce n’est pas pour rien. Sans pour autant livrer un film de vampire dans les règles de l’art, La Mariée Sanglante traite d’un vampirisme psychique se transmettant par morsures…les crocs en moins. La relation entretenue par Susan et le spectre qui la hante, au-delà de son aspect terrifiant primaire perçu à l’écran, aborde un sous-texte favorable vers un lesbianisme certain cherchant à porter la grâce de la beauté féminine à son apogée. Si nous avons été conquis, une fois de plus, par l’immense beauté de Maribel Marti, il en sera tout autant de l’angélique spectre campé par Alexandra Bastedo à la chevelure blonde et aux yeux bleus vert d’un clair étincelant et troublant.

Pas si sanglante que le suggère son titre, la mariée offre quelques séquences-chocs fortement utiles à la bonne avancée de son histoire.

Le second niveau de lecture abordé par Vicente Aranda relève des valeurs métaphysiques et philosophiques dont il se sert pour y amener l’horreur de son récit. Il voue une fascination rétrospective à la magnificence d’une beauté physique mise en relation à la cruauté de la psyché humaine duquel il puise ses questions en citant ouvertement Platon à plusieurs reprises, et notamment avec la phrase suivante : « Les bons sont ceux qui se contentent de rêver ce que les méchants mettent en pratique. » Oscillant sans arrêt entre onirisme morbide et réalité accablante, il nous invite à plonger les yeux fermés dans une réflexion intense. Et si le rêve n’était que la perception réelle d’une image que nous cachons dans la vie de tous les jours ? Ainsi le trouble se sème autant chez notre héroïne que chez le spectateur, on ne sait jamais distinguer le vrai du faux et on ne peut que se congratuler d’avoir sous les yeux un film d’horreur qui fait allégrement réfléchir ! On regrettera peut-être une attente (trop) longue d’une quarantaine de minutes pour daigner avoir la première (et presque unique) scène gore du film. Scène emblématique illustrant un homicide extrêmement sanglant symbolisant une radicalisation des valeurs sexuelles de Susan. En effet, sous la houlette du spectre qui la hante, elle semble atteindre un orgasme certain lorsqu’elle martèle le corps inerte de son mari à coups de poignard. On en vient alors à se rappeler une scène de dialogues entre les deux tourtereaux en début de métrage : ils regrettent de ne pas avoir fait l’amour avant de se marier. Vicente Aranda défend ainsi l’idée qu’une bonne connaissance sexuelle et épanouie est nécessaire aux bonnes fondations d’un couple, d’où la douceur de l’amour entre femmes exprimée ici en toute impunité et méprisante à l’égard de la gent masculine. Un discours radical, planté par un homme qui plus est, qui ravira nos chères Virginie Despentes et consorts qui devraient en prendre de la graine : choquer gratuitement n’est pas nécessairement la seule attitude à adopter ! Dans une relation de cause à effet minutieuse, les opinions défendues ici sont d’autant plus acceptables que fortement justifiées et crédibles.

Finalement, La Mariée Sanglante est une réflexion mystique sur la recherche d’un « moi » profond indispensable à l’épanouissement d’une vie sexuelle saine, peu importe son orientation. Pas si sanglante que le suggère son titre, la mariée offre quelques séquences-chocs fortement utiles à la bonne avancée de son histoire. Pour un premier film, Vicente Aranda posait des questions extrêmement intéressantes pour une œuvre nettement plus proche d’un drame psychosociologique que d’un film d’horreur à proprement parler. Le résultat est redoutablement efficace et fonctionne encore à merveille de nos jours. Comme le philosophe qu’il aime défendre, il est la preuve qu’une intense observation peut traverser les âges sans problème.

Informations

Détails du Film La Mariée Sanglante (La Novia Ensangrentada)
Origine Espagne Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Horreur - Epouvante
Version Cinéma Durée 100 '
Sortie 12/02/1975 Reprise -
Réalisateur Vicente Aranda Compositeur Antonio Perez Olea
Casting Simon André - Maribel Marti - Alexandra Bastedo - Dean Selmier - Angel Lombarte - Montserrat Julio
Synopsis Susan vient de se marier. Elle décide de s'installer dans le manoir de son mari. A peine arrivée dans la demeure de son cher époux, Susan apprend par la domestique, l'existence d'une certaine Carmilla, l'ancêtre de la famille. Cette dernière, aurait jadis tué son mari pour de mystérieuses raisons d'ordre sexuel. Le soir, Susan fait souvent le même cauchemar. Elle croit y voir Carmilla en train de lui faire subir les pires tortures corporelles comme l'automutilation et autres actes de barbaries. Mais que se cache-t-il derrière cette sanglante histoire ?

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques