Critique Le Bossu de la Morgue (El Jorobado de la Morgue)

Le Bossu de la Morgue
Lorgnant entre tragédie dramatique et horreur morbide, Le Bossu de la Morgue s’avère être une perle du bis dont on aurait fortement regretté qu’il ne voie jamais le jour. Assurant un spectacle à la limite du Grand-Guignol, Javier Aguirre s’est...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Le Bossu de la Morgue est un film qui n’aurait jamais pu voir le jour. En effet, à l’époque, Javier Aguirre tourne son film El Gran Amor del Conde Dracula lorsque son actrice principale, Haydée Politoff, se retrouve grièvement blessée. Contraint de suspendre son tournage pour une durée indéterminée, et plutôt que d’attendre le rétablissement de son héroïne, Javier Aguirre part tourner, avec son équipe et l’acteur Paul Naschy, Le Bossu de la Morgue. Paul Naschy, alors grande figure du cinéma fantastique espagnol de l’époque, interprète le rôle de Gotho, un bossu simplet travaillant comme assistant des coroners de l’hôpital où il rend une visite journalière à la seule femme n’ayant jamais eu de mesquineries à son égard. Très sévèrement malade, elle succombera à son cancer déclenchant une énorme furie chez Gotho bien décidé à se venger de tous ceux lui ayant fait du mal. Dans sa quête vengeresse, il sera soutenu par un professeur lui proposant de l’aider à recréer son amour perdu par le biais de plusieurs cadavres assemblés les uns aux autres.

Le Bossu de la Morgue aurait été sous-titré La Vengeance de Quasimodo que ça ne nous aurait guère étonné.

Le Bossu de la Morgue aurait été sous-titré La Vengeance de Quasimodo que ça ne nous aurait guère étonné. En effet, on y suit l’errance d’un Quasimodo pleurant son Esmeralda. Film de substitution pour Javier Aguirre et son équipe, Le Bossu de la Morgue n’en est pas moins dénué de qualités, bien au contraire. Le film se voit comme une tragédie grecque. Outre les scènes sanglantes fortement efficaces, on assiste surtout à un ersatz d’une histoire de Frankenstein made in Spain. Enfin, heureusement que le bar madrilène nous permet de nous situer dans l’espace. En effet, on a largement l’impression de se retrouver dans un village typique allemand pendant la fête de la bière vu les quantités de houblon ingurgitées, et ce, même si l’histoire du film est sensée se dérouler en Autriche. Mais l’envie d’authenticité ira bien plus loin que dans ces balivernes temporelles. En effet, Javier Aguirre, use et abuse de séquences-chocs pour en mettre plein la vue. Ainsi, de véritables rats, affamés qui plus est, furent utilisés lors de la scène de l’attaque du cadavre. Les rats en feu sont bien réels ! En plus de cela, Aguirre ayant eu une véritable morgue à disposition lors du tournage, il aurait, avec l’accord du responsable, dissimulé un véritable cadavre lors d’une séquence où Paul Naschy découpe allégrement un corps sans vie, il va sans dire qu’on aborde différemment la fameuse séquence du découpage de tête en ayant conscience de ces données même si elles restent quasiment infondées. En parlant de Paul Naschy, le bonhomme est hallucinant de vérité. Il aurait rencontré un véritable bossu pour les besoins du tournage, un homme qui travaillait réellement dans une morgue et qui fut, par la suite, incarcéré pour avoir eu des relations sexuelles avec les morts. Visiblement passionné par son travail, il a transmis cet amour à Naschy qui transpire autant de sensibilité que de machiavélisme, ce n’est pas pour rien qu’il fut l’un des acteurs les plus notables de cette époque.

Le Bossu de la Morgue est un véritable film d’exploitation qui lorgne les meilleures productions du genre.

Visuellement, Le Bossu de la Morgue lorgne entre le gothique italien et l’épouvante à l’anglaise. Véritable héritage d’une institution fleurissante de l’époque, ce film de Javier Aguirre est un cocktail explosif de diverses références et aussi moteur d’influences futures que nous nous délectons d’apprécier seconde après seconde. Pas besoin de nourrir des légendes crues, car, vraies ou non, Le Bossu de la Morgue est un véritable film d’exploitation qui lorgne les meilleures productions du genre. On adore la beauté naïve de ce personnage du bossu condamné à subir une société qui ne veut pas de lui. On croit en l’amour que lui porteront deux femmes dans le film. On se délecte des quelques trouvailles très organiques poussées, par la suite, dans le travail de Cronenberg. Pour sûr, et malgré une influence non cachée du mythe de Frankenstein, on retrouve dans Le Bossu de la Morgue des notes très proches du Blue Holocaust de Joe d’Amato, pour ce qui est de la romance poussant l’amoureux aux pires folies pour garder l’être aimé, et rappellera son cousin germain de Re-Animator dans l’aspect scientifico-morbide qu’il développe. On vous parlait de tragédie en début de chronique, ce n’est pas pour rien. La bande originale, signée Carmelo A. Bernaola, évolue perpétuellement en fonction des états d’âme du héros. Avec des thèmes larmoyants cherchant la pitié chez ce pauvre bossu qui n’a jamais rien demandé que d’être accepté, l’effet est immédiat : on approuve chacun des actes, même les plus malsains, de Gotho tant il inspire la sympathie. Évoluant vers des compositions très marquées gothiques, la chute vers la folie psychique du personnage n’en sera que sévèrement ressentie derrière un thème au leitmotiv très marquant.

Lorgnant entre tragédie dramatique et horreur morbide, Le Bossu de la Morgue s’avère être une perle du bis dont on aurait fortement regretté qu’il ne voie jamais le jour. Assurant un spectacle à la limite du Grand-Guignol, Javier Aguirre s’est offert un film de substitution puissant avant de retourner tourner son El Gran Amore del Conde Dracula. Artus Films nous dévoile un indispensable pour tous les amoureux du bis qu’il faut se procurer de toute urgence !

Informations

Détails du Film Le Bossu de la Morgue (El Jorobado de la Morgue)
Origine Espagne Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Horreur - Epouvante
Version Direct To Video Durée 79 '
Sortie 02/09/2014 Reprise -
Réalisateur Javier Aguirre Compositeur Carmelo A. Bernaola
Casting Maria Perschy - Rossana Yanni - Alberto Balbes - Antonio Pica - Paul Naschy
Synopsis Gotho, pathétique bossu, travaille dans la morgue d'un hôpital et tombe amoureux fou d'une jeune malade.

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