Critique La Vie Future (Things to Come)

La Vie Future
La Vie Future se révèle, malgré tout, un essai ambitieux, une ébauche presque prémonitoire sur l’avenir du monde tel qu’on le voyait en 1936. Si la réalisation de William Cameron Menzies est irréprochable, on ne pourra tout de même pas s’empêcher...

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Souvent cité comme l’un des films pionniers d’une première vague d’un cinéma rétrofuturiste parmi lesquels des grands comme Méliès ou Lang se sont illustrés à merveille, La Vie Future, directement adapté de et par H.G. Wells, offre un condensé pessimiste piégé dans un paradoxe utopiste de ce que la vie deviendrait après les années 30. En 1936, une petite bourgade anglaise est frappée par une seconde guerre mondiale qui durera 30 ans. La maladie accompagnant la victoire, le pays est en proie à une peste nationale qui amènera notre héros à se retrouver en possession de l’unique solution pour sauver l’humanité. Entre reconstruction vraisemblable d’une société perdue et évolution technologique de la vie, nous suivrons son évolution jusqu’en 2036.

H.G. Wells fut probablement le plus grand écrivain de science-fiction en début de XXe siècle. Son œuvre est indiscutable et a offert de jolies heures de lecture, et de cinéma, aux érudits du genre parmi lesquelles nous retiendrons surtout La Guerre des Mondes et l’Homme Invisible en ce qui nous concerne. Sous la houlette de William Cameron Menzies (l’homme de l’ombre ayant entièrement construit l’univers d’Autant en Emporte le Vent), il lui confie son histoire dans un but informatif. Ayant toujours eu conscience d’apporter une réflexion vraisemblable dans ses fictions, on ne peut pas enlever sa vision prophétique d’un monde qui basculera dans une nouvelle ère sombre peu de temps après la publication de son ouvrage.

Beaucoup trop pessimiste, beaucoup trop extravagant, beaucoup trop gros pour qu’on puisse y croire.

Appuyant une dualité constante dans ses propos, La Vie Future s’ouvre un soir de réveillon de Noël. Pendant que des familles heureuses scandent au bonheur de la période, des messages de propagandes invitant le monde à prendre les armes empiètent sur la gaieté ambiante. Et c’est là que le plus gros défaut du film se pose : c’est beaucoup trop ! Beaucoup trop pessimiste, beaucoup trop extravagant, beaucoup trop gros pour qu’on puisse y croire, et ceci malgré notre héritage historique bel et bien présent. 10 ans après le fabuleux Metropolis de Fritz Lang, La Vie Future peine à se frayer un chemin dans l’immense paysage dominé par son confrère allemand. S’il ne raconte sensiblement pas la même histoire, l’univers qu’il tente de dépeindre y est fortement proche. Mais là où le tout fonctionne à merveille chez l’un, il reste alambiqué chez l’autre. La faute à une idée d’état de siège constant qui n’arrivera jamais à y faire subsister la notion de paix que veut instaurer Wells (il faudra attendre les 20 dernières minutes pour enfin l'apercevoir). Et il faut bien avouer qu’à force de nous rabattre des « war » à toutes les sauces, l’ivresse l’emporte sur l’envie de creuser plus profondément dans les propos. Il faut rajouter à cela, une régression certaine de l’humanité imposant une espèce de dictature post-guerre proche d’une époque moyenâgeuse où Le Boss trône fièrement au milieu de ses sujets dans un monde en ruine. L’amalgame qui se place alors entre le choc des temps rebute et ne fonctionne pas d’autant plus que ledit « envahisseur » est aussi british que la reine ! Tout semble vieux et dépassé alors que le monde affronte une pénurie technologique presque punk à la Mad Max, les sauveurs possèdent tout l'armement nécessaire à une reconstruction progressiste sans précédent...mais d'où sort tout ce matériel ??

La Vie Future peut se targuer d’être irréprochable dans sa forme.

En revanche, La Vie Future peut se targuer d’être irréprochable dans sa forme. William Cameron Menzies ne ment pas à propos de sa réputation : tous les plans sont calibrés, réfléchis et millimétrés au centimètre près. La notion de rythme qu’il instaure est d’autant plus efficace qu’il s’offre non seulement un casting hors pair ainsi qu’une bande originale décapante. Il faut également lui attribuer le mérite de nourrir une curiosité constante chez le spectateur. Quand bien même il souffre des nombreux défauts cités ci-dessus, il faut replacer le film dans son contexte. Bien évidemment que la vision de l’auteur est faussée aujourd’hui puisque les propos qu’il défend ne se sont pas tous appliqués au fil du temps, mais, une fois encore, comparons-le à Metropolis. Chez Lang, l’industrialisation et l’aliénation de l’homme est au cœur de son sujet, et ça marche encore de nos jours puisqu’il a su comprendre l’un des plus grands maux dont l’Homme souffrira probablement toujours. Chez Wells, on y parle carrément d’un monde entièrement souffrant. L’idée d’annihiler complètement tout ce que ce nous connaissons pour aller tout recommencer sur la Lune est clairement mauvaise. Non content de nourrir l’utopie de conquérir le fameux satellite, ce qui se confirmera dans notre Histoire par la suite, il s’embrouille clairement dans sa débauche de bons sentiments ne nous permettant pas un instant ni de prendre parti ni de croire à la véracité des propos.

La Vie Future se révèle, malgré tout, un essai ambitieux, une ébauche presque prémonitoire sur l’avenir du monde tel qu’on le voyait en 1936. Si la réalisation de William Cameron Menzies est irréprochable, on ne pourra tout de même pas s’empêcher de penser clairement que le message du film ne fait plus aucun effet aujourd’hui.

Informations

Détails du Film La Vie Future (Things to Come)
Origine Angleterre Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Science - Fiction - Fantastique
Version Direct To Video Durée 96 '
Sortie 19/08/2014 Reprise -
Réalisateur William Cameron Menzies Compositeur Arthur Bliss
Casting Raymond Massey - Ralph Richardson - Edward Chapman - Margaretta Scott - Sophie Stewart
Synopsis En 1936, malgré les mises en garde de pacifistes comme John Cabal, une Seconde Guerre mondiale est déclarée. La métropole d'Everytown, en Angleterre, n'est pas épargnée par les combats et Cabal a tout juste le temps de quitter la région. 1966. Les violents affrontements n'ont laissé que ruines à Everytown et la ville est dirigée par le Patron, un homme aux pouvoirs et à l'influence redoutable. C'est à ce moment que Cabal reparaît aux commandes d'un astronef. Détenteur d'une nouvelle technologie, il parvient à l'imposer à ses contemporains malgré les tentatives du Patron pour l'en empêcher. 2036. L'humanité a atteint un nouveau stade de développement. Mais déjà, la révolte gronde lors de l'envoi d'une fusée dans la Lune.

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