Critique La Nuit du Chasseur (The Night of the Hunter)

La Nuit du Chasseur
Seule réalisation de Charles Laughton, longtemps sous-estimé, La nuit du chasseur reste pourtant aujourd'hui un conte de fées perverti d'une poésie incomparable.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Rémy Pignatiello

Critique du Film

Avec ses éclairages baroques et ses critiques sous-jacentes d'une Amérique puritaine prête à croire le premier bonimenteur passant par là, La nuit du chasseur n'a aucunement perdu de sa superbe, bien au contraire.

Baigné d'une atmosphère gothique et noire, cadré d'une main de maître et éclairé par un Stanley Cortez au sommet de son art, l'unique film de Charles Laughton possède, derrière ses aspects de conte pour enfants, une poésie et une magie (comment oublier ce plan aquatique quasi mystique de Shelley Winters ?) empreinte d'un pessimisme et d'une tristesse sans fin.

On y suit Robert Mitchum dans le rôle d'Harry Powell, un tueur des coeurs solitaires, se faisant passer pour un prédicateur afin de mieux piéger les veuves et autres femmes seules et fortunées. Emprisonné pour vol de voiture, il rencontre Ben Harper qui, après avoir braqué une banque et rafler $10 000, a caché le pactole à un endroit que seul ses 2 enfants, John et Pearl, connaissent.

Une fois sorti de prison, Harry va se faire une joie de trouver la veuve de Ben et la séduire, afin de se rapprocher des enfants et trouver où l'argent est caché.

S'en suivra une course poursuite au clair de lune entre les enfants en fuite et Harry à leurs trousses, qui les retrouvera dans leur nouveau foyer tenu par une vieille fille (Rachel Cooper, jouée par Lilian Gish) qui saura leur apporter le gîte, le couvert, mais surtout tout l'amour qu'elle n'a pu donner aux enfants biologiques qu'elle n'a jamais eu.

Ce qui est formidable dans La nuit du chasseur, c'est évidemment Mitchum. Tout en nuances, il réussit à donner une dimension universelle à son psychopathe sans morale, et pourtant plein d'un puritanisme effarant. Il faut le voir, devant cette go-go danceuse, serrer son point gauche, tandis que le couteau qu'il a toujours dans son manteau perce la poche (comment rater cette évidente métaphore d'une sexualité profondément refoulée ?). Mais plus encore, c'est sa voix si chaleureuse, mais en même temps si effrayante, qui marque profondément, et l'on se souviendra longtemps de lui chantant l'hymne traditionnel "Leaning on the Everlasting Arms", tout cela magnifié par ces plans absolument magnifiques, mélange parfait du cadre et de la photo.

Mais plus intéressant encore, c'est la critique de fond de l'Amérique puritaine des années 20 à 60 cachée dans le film à travers la grande majorité des seconds rôles. Fermée sur elle-même, sûre d'elle et en même temps extrêmement superstitieuse au point de se faire embobiner par le 1er beau parleur venu, l'Amérique décrite par le film n'est pas très belle à voir. Exposant les enfants aux pires atrocités, et leur faisant porter des poids bien trop lourds pour eux, mais donnés de force par le monde adulte (notamment à travers un final très fort, où John revit l'arrestation de son père, et où on comprend alors que ce n'est pas tant le fait d'avoir vécu les horreurs avec Powell que le fait d'être dans une société qui, que ce soit pour protéger ou punir, n'hésite pas à faire subir et vivre toutes les horreurs du monde aux plus jeunes), et surtout prête au lynchage sans se poser de questions, c'est bien la bonne vieille Amérique accro à l'argent, au sexe et à la religion que dépeint le film.

Dans tout cela, Gish et son personnage offre une respiration, une bulle où respire l'espoir et l'amour, mais en même temps une profonde lucidité sur la faiblesse des adultes (jalousie, envie et avarice sont les grands moteurs des adultes du film) et sur la fragilité des enfants et des jeunes au sein de la société.

"They abide, and they endure."

Informations

Détails du Film La Nuit du Chasseur (The Night of the Hunter)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller - Epouvante - Drame
Version Cinéma Durée 93 '
Sortie 11/05/1956 Reprise -
Réalisateur Charles Laughton Compositeur Walter Schumann
Casting Robert Mitchum - Shelley Winters - Peter Graves - Lillian Gish
Synopsis Un prêcheur inquiétant poursuit dans l'Amérique rurale deux enfants dont le père vient d'être condamné pour vol et meurtre. Avant son incarcération, le père leur avait confié dix milles dollars, dont ils doivent révéler l'existence à personne. Pourchassés sans pitié par ce pasteur psychopathe et abandonnés à eux-mêmes, les enfants se lancent sur les routes.

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