Critique 22 Jump Street

22 Jump Street
Moins profondément débillo-régressif, plus auto-dérisoire tendance meta, 22 Jump Street fait le pari de la suite qui se sait pour un film malin juste comme il faut mais toujours aussi bas-du-front. Un vrai plaisir, un peu moins coupable que son prédécesseur,...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Rémy Pignatiello

Critique du Film

21 Jump Street reprenait le même pari fait par Ben Stiller sur Starsky et Hutch : rebooter au cinéma une série à succès en ne gardant que le cadre général (ici, des jeunes infiltrés chez les étudiants) assorti d'un ton profondément parodique. 21 Jump Street avait réussi là où Starsky et Hutch avait échoué : un rythme hystérico-régressif qui ne laisse pas le temps de souffler, un duo à l'alchimie implacable, pour une intrigue menée tambour battant au service d'un humour résolument portnawak, ce jusqu'à un générique de fin totalement non-sensique (sérieusement, ils sortent d'où ces 2 scooters des neiges qui se foncent dedans pour une ultime explosion ?).

22 Jump Street reprend donc exactement là où 21 nous avait laissé : après avoir (un peu par hasard) réussi leur enquête au lycée, voilà notre tandem Jenko et Schmidt de retour pour la même mission mais à l'université. Reprenant exactement la même intrigue et quasiment la même structure que 21, 22 Jump Street fait le pari de l'auto-dérision meta dès les 1eres minutes : les locaux sont relocalisés du 21 au 22 Jump Street ("où il y avait une plus grosse église qu'au 21, c'est bien pratique tout de même") où le Jésus coréen et remplacé par un Jésus vietnamien ("Bande de racistes"), les officiels de la police continuent de se moquer d'un "reboot dont personne ne croit, et qui se voit maintenant octroyer un budget 2 fois plus gros comme si ça allait rapporter 2 fois plus", et évidemment, nos 2 trentenaires ressemblent toujours aussi peu à des étudiants de 19 ans. Même structure, même photo estivale, même bande son bombastique, 22 Jump Street avance donc clairement en terrain connu.

Reprenant exactement la même intrigue et quasiment la même structure que 21, 22 Jump Street fait le pari de l'auto-dérision meta dès les 1eres minutes.

C'est précisément là que 22 opère un changement léger mais qui couvrira une grande partie du film : conscient de l'absence totale de créativité de son intrigue, le film prend le pari de plonger dans l'absence de sérieux et à s'en moquer jusque dans son générique final, aveu même d'une intrigue interchangeable au potentiel infini si les producteurs continuent à donner le feu vert (et que même un changement d'acteur principal ne saurait perturber). La répétition est exactement le coeur du film, et le film s'en moque (dans tous les sens du terme) et nous invite à en faire de même. Faisant moins rire à gorge déployée que 21, 22 Jump Street grimpe d'un cran dans la finesse de l'humour déployé, plus transparent, plus honnête sur son statut de "Bigger & Louder", appuyant régulièrement qu'il faut tout faire comme dans le 1er film ("C'est la même mission ! Faites exactement la même chose !") alors que, précisément, 22 Jump Street s'évertue à systématiquement légèrement pervertir ce qu'il recycle : situations inversées, enquête qui n'avance pas, et de façon très explicite la poursuite durant une bonne 1ere partie du film d'un Red Herring.

C'est aussi là, malheureusement, le point faible du film. Fort d'un 1er opus ayant posé des bases qui n'ont plus besoin d'être explicitées dans cette suite, 22 en oublie parfois de pleinement exister : les seconds couteaux sont bien moins épais que dans le 1er film, et l'environnement général de l'université bien moins utilisé. Cela se ressent directement sur l'intrigue policière qui avance assez violemment par saccades. Pire encore : lorsque le film nous refait le coup du tandem qui se sépare comme un couple qui fait un break, on se retrouve plutôt dans la mauvaise redite que le comique de répétition.

Heureusement, c'est à ce moment précis que le film met un grand coup d'accélérateur et repart à l'assaut d'un humour complètement décalé en sortant une nouvelle carte : un temps d'écran bien plus conséquent pour Ice Cube, parfait contre-point au tandem rodé Tatum / Hill. Renvoyant les 2 "jeunes" à une figure autoritaire, il vole une bonne partie des scènes où il est mis en avant (notamment un dîner absolument hilarant). Encore plus hilarante est la prestation de Jillian Bell en rabat-joie misérabiliste, impassible de cruauté débitant ses horreurs à un Jonah Hill halluciné.

Enfin, force est de constater que l'atmosphère humoristique ambiante reste à la déconnade sévère tendance en dessous de la ceinture : on joue avec le gode d'une morte, on vante maladroitement ses prestations sexuelles, on assiste à la baston à mains nues la plus étrange de l'année, on s'agrippe les parties et, évidemment, on continue sur le sous-texte gay bien surligné.

- Je croyais qu'on avait Cate Blanchett ?! - Quoi ? Mais non, on avait Carte blanche !

Tout cela permet à 22 Jump Street de conserver l'excellence du 1er film... mais en différent : une excellence non plus uniquement portnawak, mais maintenant doublée d'une conscience bien aiguisée de son contenu. Reste à savoir si le concept peut perdurer uniquement sur ces bases, ou s'il faudra bel et bien un chouïa de renouvellement dans les hypothétiques 23, 24, 25... Jump Street.

Informations

Détails du Film 22 Jump Street
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 110 '
Sortie 27/08/2014 Reprise -
Réalisateur Phil Lord / Chris Miller Compositeur Mark Mothersbaugh
Casting Jonah Hill - Peter Stormare - Channing Tatum - Ice Cube - Wyatt Russell - Amber Stevens - Jillian Bell
Synopsis Les deux policiers Schmidt et Jenko, après être retournés au lycée pour mettre à découvert un nouveau réseau de trafiquants, retournent cette fois-ci à la fac pour démanteler un trafic de drogues.

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