Critique Locke

Locke
Locke est un essai ambitieux prouvant que Steven Knight est en pleine construction d’un très bel avenir en tant que réalisateur. Tom Hardy ajoute un nouveau grand rôle à son palmarès et le visuel de l’ensemble rend le tout extrêmement convainquant....

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Après un étonnant, mais perfectible, Crazy Joe, le Britannique Steven Knight revient avec un second long métrage qui risque de vous surprendre. Locke raconte 1h30 de route aux côtés d’un père de famille banal, à la vie bien rangée, qui va voir tout son petit monde s’effondrer lorsqu’il décidera d’assumer les conséquences de la seule erreur de parcours de sa vie.

Entièrement porté par un extraordinaire Tom Hardy, Locke est un huis clos haletant.

Entièrement porté par un extraordinaire (est-il besoin de le préciser ?) Tom Hardy, Locke est un huis clos haletant. Jamais le spectateur ne verra un autre visage que celui de Hardy. Nous installant comme passager, Steven Knight fait de nous les témoins impuissants de la chute de cet homme. Sans dévoiler les raisons qui amènent le personnage à devoir prendre subitement la route, on ne cessera d’éprouver que de la sympathie pour Ivan Locke. Prostré derrière son volant, Tom Hardy adopte un ton monocorde aussi percutant que déroutant. Avec un sang-froid indiscutable, il impose un respect hors norme à la hauteur de son talent. Les voix au téléphone lui donnant la réplique ne sont pas en reste non plus. Avec un ton sans arrêt juste, on identifie facilement les traits de caractère de chacun sans jamais ressentir le besoin de voir leur visage. En ce sens, Locke propose une expérience presque sensorielle à la hauteur dramatique de celle proposée dans Buried de Rodrigo Cortés. On retrouve également une condition similaire à celle vécue aux côtés de Robert de Niro dans sa voiture dans le culte Taxi Driver de Martin Scorsese. En effet, le traitement de l’image jaunâtre perpétuel renforce la sensation d’étouffement que ressent le personnage. Prenant peu à peu le pas sur une folie qui le guette, notamment les moments où il parlera à son père décédé, Ivan Locke se déconnecte de notre réalité pour s’enfermer dans une bulle hermétique qui ne partage ses soucis qu’avec son auditoire.

Locke est un essai ambitieux prouvant que Steven Knight est en pleine construction d’un très bel avenir en tant que réalisateur.

Abordant des thèmes universels (la récolte des conséquences de nos actes, l’héritage génétique et familial…) Locke peut se targuer d’être un film ambitieux d’une très belle envergure. N’offrant que le strict minimum techniquement parlant, il fait preuve d’une pâte artistique hors norme à la limite du film d’auteur. On en revient à l’aspect visuel développé par Knight : ça transpire le Michael Mann à plein nez. Déjouant presque entièrement tous les pièges qu’implique la condition de l’espace extérieur dans un environnement instable, Steven Knight omettra parfois de nous faire oublier son aspect cinématographique. Si son scénario est impeccablement écrit (ses talents de scénariste ne sont plus à prouver), sa réalisation reste perfectible notamment pour ce qui est de son placement de produit principal. Avec un ressort dramatique se répétant ad vitam aeternam, il y a des moments où on ne voit que la capacité de cette fameuse marque de voiture à proposer un système d’appel téléphonique intégré à son tableau de bord. De plus, une voix nous rappellera souvent qu’un double appel est en cours et jamais Knight n’en profitera pour s’en servir de relance créative. Pourquoi intégrer un point d’ancrage qui peut s’avérer intelligent pour ne jamais l’exploiter ? C’est là tout le problème que pourra poser la conclusion de cette route peu banale pour certains : que reste-t-il de ce road trip une fois le générique apparut ? Certains y trouveront un goût d’inachevé pendant que d’autres verront une tranche de vie décisive dans la vie de monsieur tout le monde. La dernière réplique laisse perplexe. Elle se justifie comme le début d’un nouveau « moi » prenant naissance sous nos yeux pendant près d’une heure et demie. La mise en orbite des caméras de Knight déflorant sous toutes les coutures la banale complexité du personnage de Tom Hardy. Ce contact prend littéralement aux tripes. Et bien que nous sachions que tout commencement a une fin, on s’en voit légèrement frustré d’être presque obligé de quitter la voiture du bonhomme au moment le plus intéressant.

Locke est un essai ambitieux prouvant que Steven Knight est en pleine construction d’un très bel avenir en tant que réalisateur. Tom Hardy ajoute un nouveau grand rôle à son palmarès et le visuel de l’ensemble rend le tout extrêmement convainquant. Un très beau parcours initiatique vers une catharsis inévitable pour quiconque aurait des torts à se reprocher. Un film frôlant la masterpiece de près. Chapeau bas !

Informations

Détails du Film Locke
Origine Etats Unis - Angleterre Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller
Version Cinéma Durée 84 '
Sortie 23/07/2014 Reprise -
Réalisateur Steven Knight Compositeur Dickon Hinchliffe
Casting Tom Hardy - Ruth Wilson - Olivia Colman - Andrew Scott - Ben Daniels
Synopsis Ivan Locke a tout pour être heureux : une famille unie, un job de rêve… Mais la veille de ce qui devrait être le couronnement de sa carrière, un coup de téléphone fait tout basculer.

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