Critique Délivrance (Deliverance)

Délivrance
Délivrance de John Boorman est un film unique, une expérience cauchemardesque et frontale de l’homme dans sa forme la plus brute. Un boulet de canon qui instaure tous les codes du genre survival et nous révèle de grands acteurs dans, probablement,...

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

En 1972, John Boorman allait remuer les salles obscures en adaptant le roman éponyme de James Dickey, Délivrance. Le film conte l’histoire de quatre amis partis faire une descente en canoë sur une rivière menacée d’être asséchée par un barrage. Voyant l’opportunité de rendre hommage aux rapides qui la constituent, ils vont se heurter à certains autochtones locaux qui vont les prendre en chasse. Ils n’auront d’autre choix que de lutter à mort pour sauver leur vie.

Ce qui frappe aujourd’hui, plus de 40 ans après sa sortie, c’est la force du casting quasiment entièrement débutant.

Ce qui frappe aujourd’hui, plus de 40 ans après sa sortie, c’est la force du casting quasiment entièrement débutant. En effet, trois des quatre monstres sacrés en devenir faisaient ici leurs premiers gallons d’essai sur grand écran : Jon Voight (Macadam Cowboy, Runaway Train), Ronny Cox (Robocop, Le Flic de Beverly Hills) et Ned Beatty (L’exorciste 2, Superman). Emmenés par, le déjà lifté de l’époque, Burt « Buddy » Reynolds, chacun des personnages apporte les bases d’un ensemble incontournable ce qui fait le genre aujourd’hui. Car oui, Délivrance est cité comme le premier survival de l’histoire du cinéma ou du moins comme celui qui a instauré les codes du survival horrifique qu’on applique encore de nos jours. Ainsi on y retrouve : le leader incontesté et détestable, le meilleur ami qui devra extirper ses démons intérieurs, le bon père de famille, musicien et bout en train et, enfin, le pote innocent au physique grassouillet. Il faut également rendre hommage au réalisateur, le trop souvent oublié, John Boorman (L’exorciste 2, Excalibur, Rangoon). Il livre un film frontal et sans jamais prendre aucune pincette. L’ouverture du film fait preuve d’une ingéniosité impressionnante. Par l’intermédiaire de plans d’ensemble, au départ insignifiants, il introduit en voix off la raison qui pousse les amis à se retrouver dans cette région isolée sans jamais nous dévoiler leur visage. En moins de deux minutes, il nous dresse un portrait bien distinct des personnages auxquels nous aurons affaire et la découverte de leur physique répondra comme une évidence une fois le générique terminé. Boorman ne s’arrête pas à la simple excellente maîtrise de sa mise en abîme, il s’offre, d’entrée de jeu, une première séquence d’anthologie, devenue culte de chez culte. Il montre, sans détour, l’impossible communication qu’il y aura entre les citadins et les autochtones au travers un duel mythique entre Ronny Cox et sa guitare et un jeune adolescent handicapé et son banjo. Faisant foi d’une séquence musicale hors pair, le malaise s’estompera le temps d’un duo endiablé où la communication s’avouera vaincue une fois les cordes refroidies. Ne resteront que des bribes de ce morceau mythique qui pointilleront certaines scènes clés du film totalement dénaturé de bande originale.

Boorman enferme sa nature hostile par l’intermédiaire de plans esthétiquement magnifiques.

Délivrance se montre comme un plaidoyer assumé pour l’amour de la nature. Boorman enferme sa nature hostile par l’intermédiaire de plans esthétiquement magnifiques. Sa réalisation évoluera au cours du métrage. Si la beauté des paysages émerveille les protagonistes en début de métrage, sa cruauté prendra le pas sur l’environnement au fil des minutes. Les cadrages se feront de plus en plus serrer, accentuant l’effet d’enfermement recherché par son réalisateur. Et même si l’histoire du film n’est plus un secret pour personne, il faut bien avouer que la séquence qui fait chavirer l’aventure dans l’horreur la plus complète s’adresse encore à des estomacs assez accrochés. Sans jamais être voyeuriste pour autant, Boorman utilise le hors-champ et les flous pour marquer le spectateur d’une perte d’innocence soudaine. La descente en canoë faisant définitivement foi d’une métaphore de l’adolescence vers l’âge adulte. Reynolds s’effaçant peu à peu pour laisser libre cours à Voight, personnage clé et charnière de l’œuvre, on ressent à travers lui toute la lutte de ce groupe de citadins pour ne pas se réduire à une condition animale animant leurs détracteurs. Le manque de musique et les expressions ahuries qui animent nos héros offrent à Délivrance une part de réalisme crue et exacerbée qui justifie pleinement l’aspect marquant qu’a eu, et a encore, ce chef d’œuvre. Boorman ne cherche jamais l’acte héroïque en décidant de montrer ses personnages comme des animaux ramenant l’instinct de survie primaire comme seul état véritable de l’être humain. La nature dans sa forme la plus brutale se confronte à l’industrialisation et la conformité de l’homme qui semble avoir oublié ses origines depuis bien longtemps ne voyant que consanguinité et violence là où les autochtones vivent retirés de toute civilisation pour ne vivre qu’harmoniquement avec leur environnement. Délivrance terminera sa descente infernale sans pour autant nous donner des clés faciles à la bonne compréhension de sa morale. A l’image de Jon Voight, on sort de la séance meurtri et marqué à vie de l’expérience unique que propose le film de John Boorman. Ce n’est d’ailleurs sûrement pas un hasard si le film est entré, en 2008, dans le National Film Registry afin d’être conservé à la Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis.

Délivrance est un film unique, une expérience cauchemardesque et frontale de l’homme dans sa forme la plus brute. Un boulet de canon qui instaure tous les codes du genre survival et nous révèle de grands acteurs dans, probablement, leur meilleur rôle. Une claque, un chef d’œuvre et un classique incontournable.

Informations

Détails du Film Délivrance (Deliverance)
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Aventure - Thriller - Drame
Version Cinéma Durée 110 '
Sortie 01/10/1972 Reprise 20/11/2002
Réalisateur John Boorman Compositeur Michael Addiss
Casting Ned Beatty - Jon Voight - Ronny Cox - Burt Reynolds - Ed Ramey - Bill McKinney - Charley Boorman - Billy Redden - James Dickey
Synopsis Quatre Américains de classe moyenne, Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger décident de consacrer leur week-end à la descente en canöe d'une impétueuse rivière située au nord de la Géorgie. Ils envisagent cette expédition comme un dernier hommage à une nature sauvage et condamnée par la construction d'un futur barrage. Mais les dangers qu'ils affronteront ne proviendront pas uniquement des flots tumultueux de la rivière.

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Commentaires sur " Délivrance "
  • Mlb

    Mlb le 30/07/2014 à 15:22

    bien joué ton image Tonyo ;)

    Puis quel film, traumatisant pour moi lors de sa découverte sur le câble ! j'en garde toujours un souvenir indélibile !

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