Critique Only Lovers Left Alive

Only Lovers Left Alive
Si dans le monde de Jim Jarmusch seuls les amoureux survivent, ce n’est que par un parcours chaotiquement ironique faisant foi d’une réelle trace sur Terre. Ironie d’une histoire biblique portée magnifiquement par un casting détonnant qui reste...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Jim Jarmusch est la quintessence même du réalisateur indépendant qu’on n’attend jamais au tournant. Quatre ans après un étonnant The Limits of Control, Tilda Swinton retrouve le fameux cinéaste américain pour une histoire aussi atypique que brillante. Only Lovers Left Alive est un regard désabusé, subversif et ostentatoire d’une réalité artistique, historique et religieuse combinés en un seul et même monde : celui d’Adam et Eve. Deux dandies vampires errant depuis plusieurs siècles à la recherche d’un passé perdu ne se sauvegardant que par l’amour qu’ils se portent l’un à l’autre. Bienvenue dans le monde fantastique et torturé de Jim Jarmusch.

À histoire exceptionnelle, casting exceptionnel. Only Lovers Left Alive réunit les talentueux John Hurt, Tilda Swinton et Tom Hiddleston au sein d’une atmosphère gothique influant directement sur leur personnalité. Si Tilda Swinton a toujours prouvé qu’elle savait se mouvoir sans problème dans la peau de n’importe quel personnage, la véritable révélation du film reste Tom Hiddleston. Très loin de son image de bad boy de chez Marvel, il troque son costume de Loki contre celui d’Adam : musicien gothico-baroque qui est empreint d’une mélancolie sans pareil, cherchant sans cesse une idée de rédemption qui lui permettrait d’absoudre ses maux. Cachant une double personnalité nette, se faisant appeler Dr. Faust ou Caligari lors de ses excursions à l’hôpital en quête de sang, il parvient à faire émerger un sérieux doute dans la tête du spectateur qui restera alerté jusqu’en fin de parcours. Idée judicieuse ou fausse piste ? Jarmusch ne nous aidera jamais à trouver la réponse. Il préfère s’attarder sur l’influence culturelle qui pourrait parfaire certains des mythes bibliques s’ils étaient réels de nos jours. Il y a une jouissance particulièrement noire qui stigmatise l’idéologie chrétienne par le fait d’y encenser les œuvres les plus obscures de la littérature, du cinéma et de la musique rendant ces derniers comme adulés en guise de véritable foi. Le péché et la tentation sont transposés dans le personnage d’Ava planté par une Mia Wasikowska méconnaissable. En plus d’être un élément perturbateur, elle est aussi l’atout comique du film. Only Lovers Left Alive offre réellement de grosses séquences d’humour appuyant sans cesse un décalage de ton avec ses deux héros piégés dans leur propre univers.

Only Lovers Left Alive est un regard désabusé, subversif et ostentatoire d’une réalité artistique, historique et religieuse combinés en un seul et même monde.

Le mythe vampirique est transporté comme un fil rouge nécessaire au bon déroulement des intentions de Jarmusch. Se servant des créatures de la nuit comme simple prétexte métaphysique à une histoire d’amour éternelle, il rappellera sans nul doute le travail fournit par Tony Scott en 1983 sur Les Prédateurs. Par l’intermédiaire du mythe du vampire, Jarmusch recherche l’absolution de chacun des faux pas qu’un être humain pourrait commettre dans sa vie. Le fait le plus frappant reste cet état second dans lequel les héros se retrouvent chaque fois qu’ils boivent du sang. Agissant comme une drogue puissante, la soif n’est pas seulement vectrice de survie, elle est porteuse d’une ouverture facile vers tous les excès : meurtres, prises de drogues, chantage… Le sang devient alors l’origine même d’une déchéance humaine dans un monde où les humains sont vus comme des zombies et où Shakespeare tire des jours (siècles) heureux à Tanger. Quand bien même Only Lovers Left Alive est une œuvre intense à analyser, il faut tout de même souligner son rythme de croisière particulièrement lent. À l’image de ce couple « snob » en inadéquation totale avec le 21e siècle, Jarmusch oublie (intentionnellement ?) d’apporter une réelle profondeur juste après son intrigante entrée en matière. Il faudra attendre près d’une heure et l’arrivée de Wasikowska pour commencer à comprendre les envies de son réalisateur. En ce sens, le film est quelque peu égoïste car il s’adresse surtout aux initiés de Jarmusch qui, malgré tout, risquent de ne pas retrouver eux-mêmes l’intégralité du génie dont il sait faire preuve. Un petit bémol qui empêche au film de se hisser parmi le meilleur de la filmographie de Jarmusch juste après Ghost Dog et Dead Man. Il se fourvoie dans une idée où le spectateur, à partir du moment où il apprécie quelque peu son œuvre, est acquis. Tant pis pour les hautes marches du podium qu’il ne gravira jamais, mais que cela ne vous rebute pas pour autant : Only Lovers Left Alive vaut largement la peine qu’on s’intéresse à lui.

Si dans le monde de Jim Jarmusch seuls les amoureux survivent, ce n’est que par un parcours chaotiquement ironique faisant foi d’une réelle trace sur Terre. Ironie d’une histoire biblique détournée et portée magnifiquement par un casting détonnant qui reste une raison plus que valable pour que vous daigniez accorder à Only Lovers Left Alive un accueil chaleureux plus que mérité.

Informations

Détails du Film Only Lovers Left Alive
Origine France - Angleterre - Allemagne Signalétique Sensibilité Spectateurs
Catégorie Film Genre Drame - Romance
Version Cinéma Durée 123 '
Sortie 19/02/2014 Reprise -
Réalisateur Jim Jarmusch Compositeur Jozef Van Wissem
Casting John Hurt - Tilda Swinton - Tom Hiddleston - Jeffrey Wright - Anton Yelchin - Mia Wasikowska - Slimane Dazi
Synopsis Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?

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