Critique Les Sorcières de Zugarramurdi (Las Brujas de Zugarramurdi)

Les Sorcières de Zugarramurdi
Les Sorcières de Zugarramurdi est la cousine germaine du très excentrique Le Jour de la Bête (second film de De La Iglesia sorti en 1996) mais avec, cette fois-ci, une sensation d’aboutissement total. Avec un discours radicalement provocateur, excentrique...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Maître incontestable et incontesté d’un cinéma marginal et à contre-courant espagnol, Alex De La Iglesia fait partie de ces réalisateurs où chaque nouveau film est une expérience ubuesque si l’on fait exception des petites cerises sur le gâteau qu’il s’accorde de temps à autre (Crimes à Oxford). Les Sorcières de Zugarramurdi annonçait un retour vers une folie totalement assumée laissée quelque peu de côté depuis Le Crime Farpait en 2004. S’il y a bien eu l’excellent Balada Triste entre temps, il y en sortait une double lecture fortement intéressante où le simple comique absurde ne semblait plus satisfaire pleinement notre réalisateur. Il est question ici de trois braqueurs en cavale qui vont tomber sous le joug de sorcières vivant dans un petit village des montagnes juste avant la frontière française.

C’est un délicieux mélange d’absurde et d’horreur qui se regroupe au sein d’une intrigue garante d’un monde de plus en plus en péril.

Les Sorcières de Zugarramurdi enfonce définitivement le clou déjà bien planté par Balada Triste. Alex De La Iglesia retrouve toute sa verve grand-guignolesque pour la mener tambour battant au sein d’une œuvre loin d’être aussi bête qu’elle n’en a l’air. C’est un délicieux mélange d’absurde et d’horreur qui se regroupe au sein d’une intrigue garante d’un monde de plus en plus en péril. De La Iglesia ne prend pas le temps d’installer ses personnages, on est jeté sans concession dans le grand bain dès son introduction qui ferait pâlir Luc Besson de jalousie : braquage hargneux et poursuite de voitures impliquant un taxi sont à l’honneur. Un quart d’heure qui transpire la quintessence du réalisateur à savoir nous présenter des personnages drôles et attachants. Du comique de situation, de l’absurde à gogo mais surtout une vision pessimiste d’une paternité moderne en déclin qui préfère pervertir la jeunesse plutôt que de faire l’effort de contribuer à son éducation. On comprend de suite que le réalisateur, au-delà de prôner un divertissement volontairement grossier, instaurera une double lecture très intéressante. Les thèmes qui y seront abordés seront d’ailleurs symboliquement forts et reflètent parfaitement le carcan d’un système mondial en proie à sa propre destruction : les rapports de couple, la place de l’enfant censé construire l’avenir du monde, un système judiciaire biaisé par sa propre perfidie et le regard d’autrui dès lors qu’une personne vit en marge du système. Alex De La Iglesia réunit deux genres tout à fait propices à ce type de satire : l’horreur et la comédie. Si on a connu le réalisateur beaucoup plus inspiré pour ses effets gores, on ne boudera absolument pas le plaisir comique qu’il procure. Les Sorcières de Zugarramurdi fait sincèrement rire aux éclats sans jamais s’octroyer aucun temps mort.

Les Sorcières de Zugarramurdi fait sincèrement rire aux éclats sans jamais s’octroyer aucun temps mort.

Le casting est rempli de gueules inoubliables. Le charme des acteurs et actrices joue fortement sur le capital sympathie que le film met naturellement en place (mention spéciale à la toujours aussi belle Carolina Bang). Les personnages ont tous un univers propre à eux parfaitement développé où les névroses de chacun seront mises à nue dans le but d’expier le mal qui les ronge. S’il jouit d’une construction parfaite commençant comme un road movie pour virer au home invasion (à sa manière), ce n’est que pour mieux appuyer ce besoin de dualité sans cesse amené par son réalisateur : on a le droit de rire mais n’oublions pas qu’il faut réfléchir au message une fois le bébé digéré. On regrettera peut être le manque de budget qui ne permet pas à De La Iglesia de profiter d’un confort visuel optimal au niveau de ses effets spéciaux et notamment sur les effusions de sang mal gérées (qu’on pourrait voir comme un acteur prolifique au mauvais goût du monsieur, à la rigueur !) et surtout pour ce qui est de la créature finale. Sans trop révéler qui elle est, ni ce à quoi elle ressemble, on ne croit pas une seconde à son existence. Son apparence est beaucoup trop artificielle pour qu’on puisse se laisser charmer malgré des plans de caméra extrêmement aériens qui viennent rendre l’action fluide et très agréable à regarder. La fin peut paraître expédiée également. Elle joue surtout sur le fait que le spectateur doit réellement se creuser les méninges et décrypter tous les codes « iglesiens » pour en apprécier sa pleine saveur. La fin n’est pas facile mais quelque peu ouverte et ne permet pas de se faire un avis concret tant plusieurs pistes sont possibles.

A bien y regarder, Les Sorcières de Zugarramurdi est la cousine germaine du très excentrique Le Jour de la Bête (second film de De La Iglesia sorti en 1996) mais avec, cette fois-ci, une sensation d’aboutissement total. Avec un discours radicalement provocateur, excentrique et absurde, Alex De La Iglesia prouve définitivement qu’il est un réalisateur marginal avec une énorme paire de « cojones » qui peut se targuer d’être fier de ne pas plaire à tout le monde.

Informations

Détails du Film Les Sorcières de Zugarramurdi (Las Brujas de Zugarramurdi)
Origine France - Espagne Signalétique Sensibilité Spectateurs
Catégorie Film Genre Comédie - Horreur - Epouvante
Version Cinéma Durée 114 '
Sortie 08/01/2014 Reprise -
Réalisateur Alex De La Iglesia Compositeur Joan Valent
Casting Mario Casas - Hugo Silva - Carolina Bang - Pepon Nieto - Santiago Segura - Gabriel Delgado
Synopsis En plein jour, un groupe d’hommes braque un magasin d’or de la Puerta del Sol à Madrid. José, père divorcé en plein conflit avec son ex-femme, Tony, son complice, sex-symbol malgré lui, Manuel, chauffeur de taxi embarqué contre son gré dans l’aventure, et Sergio, le fils de José, partent en cavale. Objectif : atteindre la France en échappant à la police… Mais arrivé près de la frontière française, dans le village millénaire de Zugarramurdi, le groupe va faire la rencontre d’une famille de sorcières, bien décidées à user de leurs pouvoirs maléfiques pour se venger des hommes.

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Commentaires sur " Les Sorcières de Zugarramurdi "
  • Tanya Turner

    Tanya Turner le 20/05/2014 à 12:01

    Pas trop fan du réalisateur, la critique Retro HD me donne bien envie de voir le film !

  • tiopirat

    tiopirat le 22/05/2014 à 13:46

    Même chose pour moi : j'ai un peu peur du côté farfelu du réalisateur mais la critique donne envie de jeter un oeil au film ;)

  • Tonyo

    Tonyo le 22/05/2014 à 16:58

    @Tanya et @Tiopirat : il va sans dire que si le style du réalisateur ne vous touche pas, ça risque de ne pas trop le faire vu que c'est quand même bien barré !!

    Tonyo

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