Critique La Marche

La Marche
La Marche de Nabil Ben Yadir est un film inégal. Il dispose d’un sujet fort permettant à la nouvelle génération d’inscrire une bribe historique de son pays dans sa mémoire. Une fois le message gravé, il ne reste qu’un film classique, envoyé...

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Seconde réalisation du belge Nabil Ben Yadir, La Marche s’inspire de l’événement de 1983 baptisé « la marche pour l’égalité et contre le racisme ». Cet événement national était à l’origine de jeunes beurs lyonnais qui ont décidé de rassembler la France entière autour d’une seule et même cause. Historiquement, ce fut la première manifestation de ce type que notre pays ait connu. Ralliant la France entière en partant de Marseille le 15 octobre 1983 jusqu’à Paris le 3 décembre suivant, ce petit rassemblement d’une quinzaine de personnes au départ touchera la nation entière aboutissant à une réunion de plus de 100 000 personnes au sein de la capitale. Une ode à la tolérance qui aboutira à la création de S.O.S Racisme en dépit du fait qu’aucun des marcheurs originaux ne sont à l’initiative de l’association réputée être un vecteur visant à marginaliser le mouvement beur originel. Qu’en est-il du film de Ben Yadir ?

La Marche possède une première heure forte et riche qui ne laisse pas insensible.

Le film entre directement dans le vif du sujet. Il dépeint une France raciste sur fond d’abus de pouvoir des fonctionnaires de police. Afin d’enrayer une révolte imminente, une victime des frasques policières, admirateur de Martin Luther King, décide de contre-attaquer pacifiquement afin d’unir le pays sous le joug de sa devise nationale. On cerne très vite les différents caractères qui viendront nourrir le groupe. On s’attache immédiatement à la personnalité de ces jeunes issus de familles diverses et d’origines socialo-ethniques différemment proches. La base de la marche rassemble autant des juifs que des musulmans tous unis pour propager un message bien simple : l’égalité n’a pas de race, de religion ou de sexe. Ces jeunes se verront confrontés à une France profonde encore marquée par une idéologie foncièrement antisémite. C’est avec force et ténacité qu’ils prouveront que si un homme peut changer, tout le monde le peut. La Marche possède une première heure forte et riche qui ne laisse pas insensible. Beaucoup ont accusé le film de faire l’apologie d’une idéologie islamique. C’est d’autant faussé que c’est hors propos. Certes le film dresse un portrait pas vraiment fleurissant du pays de l’époque mais il n’est que le reflet d’une mentalité pas encore effacée aujourd’hui. Il ne tape pas gratuitement sur le chauvinisme puisqu’il apporte également son point de vue sur certaines mentalités radicales de certains émigrés à l’égard du pays. On pourrait passer des heures à essayer de trouver qui a commencé à taper sur l’autre, mais ce serait un débat sans fin auquel même le film refuse de prendre part. Il choisit de se concentrer uniquement sur cette action humanitaire de très grande envergure.

Le soufflé retombe dans sa seconde heure.

Seulement, le soufflé retombe dans sa seconde heure. Les personnages semblent tous avoir quasiment dévoilés les tenants et aboutissants de leur personnalité et n’intrigue plus autant qu’en début de lecture. Il y a toujours le combat mené qui passionne mais il ne semble plus avoir assez de contenu pour tenir une seconde heure. C’est alors que Ben Yadir décide de faire rentrer Jamel Debbouze en jeu. Si son personnage fait rire, on se pose de sérieuses questions sur l’intérêt qu’il y a à introduire notre humoriste dans le rôle du bouffon de service. Son personnage est hors contexte et facilite notre détachement du film pour reporter nos yeux sur l’horloge qui peine à avancer. La réalisation n’est que trop académique pour aider à passer le temps et l’on commence à s’insurger. Il y avait tant à dire sur la finalité de cette marche qu’il aurait été judicieux, intelligent et intéressant de nous raconter pourquoi cette marche est à dissocier de la création de S.O.S. Racisme. Pourquoi aucun des marcheurs n’a été affilié au projet ? Pourquoi la presse s’emparera et soutiendra la seconde initiative alors qu’elle rejetait totalement la première ? Pourquoi le PS s’est approprié ce second mouvement via S.O.S. Racisme ? Pourquoi parle-t-on alors de marginalisation du mouvement beur ? Nous aurions souhaité assister à la réaction de ces banlieusards lyonnais face à ces récupérations. Cela aurait été d’autant plus intéressant que le film ne nous aurait pas laissé sur notre faim comme il le fait ici. Quelques pauvres cartons viennent apporter un épilogue bancal à un film qui avait une base très alléchante mais qui n’a pas su s’ériger au-delà du simple fait historique qui a son importance dans la sauvegarde de notre mémoire collective.

La Marche est un film inégal. Il dispose d’un sujet fort permettant à la nouvelle génération d’inscrire une bribe historique de son pays dans sa mémoire. Une fois le message gravé, il ne reste qu’un film classique, envoyé avec sincérité, mais témoin d’un auteur encore en pleine construction de sa vie professionnelle et ne réussissant pas à faire des choix rythmiques pourtant cruciaux. Trop de trop tue le trop et La Marche en souffre terriblement dans sa seconde partie. Un beau message qu’on n’oubliera pas pour un film, malheureusement, lui, oubliable.

Informations

Détails du Film La Marche
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 120 '
Sortie 27/11/2013 Reprise -
Réalisateur Nabil Ben Yadir Compositeur Stephen Warbeck
Casting Jamel Debbouze - Olivier Gourmet - Philippe Nahon - Charlotte Le Bon - Tewfik Jallab - Vincent Rottiers - M'Barek Belkouk - Lubna Azabal - Hafsia Herzi
Synopsis En 1983, dans une France en proie à l’intolérance et aux actes de violence raciale, trois jeunes adolescents et le curé des Minguettes lancent une grande Marche pacifique pour l’égalité et contre le racisme, de plus de 1000 km entre Marseille et Paris. Malgré les difficultés et les résistances rencontrées, leur mouvement va faire naître un véritable élan d’espoir à la manière de Gandhi et Martin Luther King.

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