Critique Santa Sangre

Santa Sangre
En 1988, date de tournage de Santa Sangre, Alejandro Jodorowski sort de dix années de disette en terme de cinéma. S'étant réfugié avec grand succès dans la bande dessinée de par ses collaborations avec Mobius (L'incal), l'artiste mexicain se voit...

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Mathieu Le Berre

Critique du Film

En 1988, date de tournage de Santa Sangre, Alejandro Jodorowski sort de dix années de disette en terme de cinéma. S'étant réfugié avec grand succès dans la bande dessinée de par ses collaborations avec Mobius (L'incal), l'artiste mexicain se voit très loin de remettre les pieds sur un plateau de cinéma. Mais c'était sans compter sur sa rencontre avec Claudio Argento, frère de, qui suite aux déconvenues commerciales des derniers films de Dario, propose le financement d'un long-métrage à Jodo.

Sous certaines conditions bien sûr – Argento aimerait à nouveau goûté aux joies du giallo – le réalisateur repense alors à sa rencontre avec Gregorio «  Goyo  » Cardenas, dit «  L'étrangleur de Tacuba  », premier serial killer mexicain s'étant fait un nom dans les médias pour avoir tuer 17 femmes en 1942. Arrêté puis condamné à la prison à vie, il est déclaré guéri en 1976 par les médecins. Alejandro Jodorowski le rencontre à une terrasse de café et est frappé par l'incroyable désaliénation de cet homme. Le «  Goyo  » mènera une vie paisible et tranquille jusqu'à sa mort en 1999.

Le metteur en scène s'inspire alors de cette histoire pour construire son personnage principal. Jodo le nomme iconiquement Fenix, jeune homme mystérieux, vivant reclus dans la chambre d'un hôpital psychiatrique de Mexico.
Au gré de multiples flash-back, on apprend qu'il était le fils de M. Orgo, propriétaire d'un cirque de Mexico, et de Concha, charismatique meneuse de la secte du Sang Sacré. Lorsque Orgo a cédé aux charmes de la Femme Tatouée, les déchirements du couple ont conduit à la mutilation de Concha, devenue manchote.

Des années plus tard, Fenix s'évade de l'institut où il est interné, et rejoint sa mère : celle-ci a en effet pris possession des bras de Fenix et les utilise pour assouvir sa terrible vengeance.

Jodorowski démonte les codes par sa transposition psychédélique d'un homme fou dans un monde déviant.

L'univers d'Alejandro Jodorowsky ne fait jamais l'unanimité auprès du public lambda. Loin des canevas conventionnels du cinéma, les films de Jodo lui sont propres. Chaque image nourrissant ces métrages sort de ses tripes. Chaque détail et élément viennent fournir une sorte d'indice sur sa personne. La psyché de Jodorowski envahit totalement ses films faisant de ses œuvres un hymne propre à l'art.

Malgré le fait que Santa Sangre soit un film de commande à proprement parler, le réalisateur le détourne de son horizon initial pour le nourrir de manière sensorielle par sa vision des choses. Le cinéaste livre avec Santa Sangre sa vision personnelle du film de serial killer. Une réponse claire au lourd envahissement des écrans par de multiples slashers pour adolescents sans réelle saveur, pâle copie des Giallos italiens, eux-mêmes devenus une soupe commerciale.

Dix ans après avoir failli faire avaler sa langue aux Star Wars de George Lucas par son ambitieux Dune, Jodorowski démonte les codes par sa transposition psychédélique d'un homme fou dans un monde déviant. Alejandro Jodorowsky ne compose jamais dans son long-métrage le portrait réaliste d’une brute épaisse (Michael Myers - Jason). Il ne verse jamais non plus dans le thriller semi-fantastique en forme de «  whodunit  » à la Argento. Dans Santa Sangre, le tueur est la première victime d’un univers à la fois barbare et poétique, où le père est un ogre, la mère est une sorcière, et où l’amour métaphorique de l’enfance côtoie les déviances les plus acerbes.

Intelligemment le réalisateur se sert du genre slasher et du cinéma d'horreur en général pour faire évoluer son univers, et le renforcer vers cette recherche infime et mystérieuse de sa propre psychologie.

Cette folie contractée viendra de cette mise en abîme dans un reflet enjolivé par l'enfance. Le cirque, chez le Mexicain, n'est jamais un lieu de joie et de bonheur. Ici tout comme chez Alex De La Iglesias (dont le Balada triste doit beaucoup à Jodorowski), les strass et paillettes côtoient la fornication, la tromperie et le sang. Ce magnifique décor devient la devanture d'une réalité sordide dont l'enfant ne réchappera pas. Fénix ne renaitra finalement jamais dans les travers des flammes. En dépit d'un amour que le metteur en scène fera sourd et muet, Fenix tombera contre sa volonté dans les limbes de la folie, devenant les mains propres du mal.

Avec Santa Sangre, Alejandro Jodorowsky opère un retour renversant. Intelligemment le réalisateur se sert du genre slasher et du cinéma d'horreur en général pour faire évoluer son univers, et le renforcer vers cette recherche infime et mystérieuse de sa propre psychologie. Jodorowski a pris la fascinante habitude de mettre beaucoup de soi dans ses œuvres. Ce qui est nouveau dans Santa Sangre, c’est l'investissement d'un lyrisme dérangeant, parfois drôle (la virée dans les rues de Mexico avec la cohorte de jeunes trisomiques), d’une beauté à couper le souffle (voir le fascinant corps où Concha et Fenix ne font plus qu’un), violent jusqu’au grand guignol (voir un meurtre à l’arme blanche qui s’amuse à marcher sur les plates-bandes de Dario Argento).

Santa Sangre est finalement l'oeuvre la plus universelle de la filmographie d'Alejandro Jodorowski. Plus ouverte et facile d'accès au grand public, le long-métrage est une alléchante alternative à entrer dans un monde empli de bizarreries, de freaks et d'hallucinations. Un cinéma à ne pas mettre devant n'importe quels yeux malgré un apport certain à tout un pan du cinéma moderne.

Informations

Détails du Film Santa Sangre
Origine Italie - Mexique Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Horreur - Epouvante - Drame
Version Cinéma Durée 132 '
Sortie 30/11/1988 Reprise -
Réalisateur Alejandro Jodorowsky Compositeur Simon Boswell
Casting Brontis Jodorowsky - Blanca Guerra - Axel Jodorowsky
Synopsis A la suite d'un drame familial, Fenix, petit mime d'un cirque de Mexico, est enfermé dans un hôpital psychiatrique. Huit ans plus tard, il retrouve sa mère. Le cirque n'existant plus, ils errent dans la ville, représentant une pantomime qui se prolonge tragiquement dans leur vie quotidienne, pour le grand malheur de Fenix.

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