Critique 47 Ronin

47 Ronin
47 Ronin sera un film internationalement reconnu comme l’une des plus grandes débandades d’un grand studio hollywoodien. Initialement prévue pour le 21 novembre 2012, la date de sortie du film a été placée ensuite au 8 février 2013 afin de tourner...

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Par Mathieu Le Berre

Critique du Film

47 Ronin sera un film internationalement reconnu comme l’une des plus grandes débandades d’un grand studio hollywoodien. Initialement prévue pour le 21 novembre 2012, la date de sortie du film a été placée ensuite au 8 février 2013 afin de tourner de nouvelles scènes avec Keanu Reeves et de travailler sur la 3D. Puis, la date a une nouvelle fois été repoussée pour échouer au 25 décembre 2013 avec comme nouvelles excuses différentes scènes ajoutées (encore plus de Keanu Reeves) et un énième remontage, plus adéquats aux yeux des financiers. Trois dates de sortie étalées sur deux années complètes. Le film arrive en France tant bien que mal en salles ce 2 avril 2014. La résultante d’un tournage chaotique, voire limite catastrophique, une situation se répétant sur nombres de films ces derniers temps (Robocop).

Durant le tournage de 47 Ronin et pendant sa phase de postproduction, le script fut plusieurs fois réécrit transformant totalement sa trame initiale. Ainsi, Yorick van Wageningen, qui avait à l’origine un rôle important en tant que Kapitan, est réduit à une simple apparition lors de l’arrivée de Oïshi sur Amsterdam Island (pourtant en bonne figure sur l’affiche). Il fut par ailleurs décidé au dernier moment de tourner le film en 3D stéréoscopique (totalement inefficace, privilégié les séances 2D), ralentissant considérablement la production, plombant le budget et obligeant le réalisateur à retourner certaines scènes.

47 Ronin est un film malade

47 Ronin était un véritable pari pour Carl Rinsch. Premier film pour le gendre de Ridley Scott (le jeune homme n’a réalisé qu’un court remarqué, Le cadeau), le metteur en scène novice souhaite se rapprocher le plus possible du film de samouraïs dans un style japonais et à la construction réaliste et historique. La production souhaitait quant à elle faire un film plus mainstream, grand public, ce qui engendra quelques frictions entre les deux parties. Et comme d’habitude, le studio sortit gagnant. Enfin pas tant que cela, car le score enregistré lors de sa sortie en salles aux US les fît quelque peu pâlir. Alors que l’attente se faisait ressentir suite à des bandes-annonces alléchantes, 47 Ronin n’a rapporté que 20,6 millions au bout de cinq jours sur les écrans américains et 2,8 millions depuis sa sortie au Japon. Pour un coût total de 175 millions de dollars, le film est un bide monstrueux avec en tout 40 millions de dollars amassés. Le premier film de Carl Rinsch s’inscrit sur la prestigieuse liste des flops retentissants où John Carter et The Lone Ranger se sont injustement retrouvés.

47 Ronin est effectivement un film malade, mais très loin d’être mauvais, voire d’être le nanar annoncée. Le long-métrage prend racine dans une vieille légende japonaise, reposant elle-même sur un fait réel. En 1701, Asano Naganori est condamné au seppuku (sacrifice rituel chez les samouraïs) pour avoir blessé le maître de cérémonie du shogun Yoshinaka Kira. Suite à cet événement, les 47 samouraïs qui servaient Asano décident de se venger. Deux ans après la mort de leur seigneur, en 1703, ils exécutent leur vendetta et tranchent la tête de Kira. Cet acte accompli, ils se rendirent, furent condamnés à mort (par seppuku) et enterrés aux côtés de leur seigneur.

47 Ronin renvoie perpétuellement vers un cinéma d’aventure et de magie ayant émerveillé nos rétines dans les années 80/90

Les Japonais vouent un véritable culte aux 47 ronin et à leur maître Asano, et se basent pour cela tout autant sur la légende que sur la vérité historique. Leur vengeance est devenue un symbole de fidélité, de bravoure et de dévouement. Héros nationaux, les 47 ronin bénéficient même d’une célébration annuelle : le 14 décembre, le festival de Gishisai, dans la ville d’Ako, où eurent lieu les événements, la ville se couvre de bannière et lanternes colorées. La journée est fériée.

La légende a été adaptée maintes fois au cinéma, notamment en 1962 et l’adaptation de Hiroshi Inagaki, Chûshingura, avec Toshiro Mifune, déjà connu du public pour ses rôles récurrents dans les films d’Akira Kurosawa. Quelques grands réalisateurs se sont par ailleurs frottés au mythe, parmi lesquels Kenji Mizoguchi (1941), Kon Ichikawa (1994), Kinji Fukasaku (également en 1994) et John Frankenheimer dans sa version occidentale réalisée en 1998, en partie en France avec Robert De Niro et Jean Reno dans les rôles-titres.

47 Ronin est un divertissement honorable sur une quête amoureuse et vengeresse

47 Ronin renvoie perpétuellement vers un cinéma d’aventure et de magie ayant émerveillé nos rétines dans les années 80/90. Dans cette quête vengeresse, on côtoie des sorcières, des monstres et des dragons. L’univers dépeint renvoie vers les travaux de Robert E. Howard (Solomon Kane – Conan) ou de Baku Yumemakura (Taitei No Ken). Mais outre le fait d’un léger aller-retour sur une sombre île de pirates, on restera cloitré dans les contrées orientales de l’histoire. L’exotisme entre-aperçu aux grès des multiples bandes-annonces s’est étiolé face aux revendications des producteurs. Le pirate Kapitan, semblant pourtant fort et charismatique, figure iconique lors de son apparition, laisse sa place vacante à des dialogues interminables et redondants. Il ne reste de 47 Ronin qu’un divertissement honorable sur une quête amoureuse et vengeresse où les 47 guerriers rempliront les arrières plans. Car les véritables héros de ce récit d’aventure sont les personnages de Kai le sang-mêlé (Keanu Reeves) et Oïshi (Hiroyuki Sanada). Les deux personnages sont à armes égales et se battent pour le même but. Mais le fait premier était totalement autre à l’origine du film. Et c’est en cela que le film se perd et ne trouve aucune réelle attache identitaire. Simple personnage dans la masse prenant part dans l’aventure, le personnage de Keanu Reeves n’a jamais été pensé comme un héros centrale. Devenu à l’être par la force des montages successifs, il n’a jamais l’étoffe d’une figure menant le combat de front. Dans une posture monolithique et inintéressante, il devient le héros malgré lui sauveur de la princesse.

Le film trouve alors l’impertinence de son titre à n’être que le décor fantastique d’une aventure divertissante prompt aux désirs occidentaux visés. Pensé à la base comme une œuvre propre à une aventure fantastique prenant racine dans la réalité, 47 Ronin est devenu par la volonté de ses producteurs un film commercial sujet à attirer le plus grand nombre par un exotisme survendu et détrousser le chaland par une 3D fallacieuse.

Informations

Détails du Film 47 Ronin
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Aventure - Fantastique - Fantasy
Version Cinéma Durée 120 '
Sortie 02/04/2014 Reprise -
Réalisateur Carl Erik Rinsch Compositeur Ilan Eshkeri
Casting Keanu Reeves - Rinko Kikuchi - Tadanobu Asano - Kô Shibasaki - Hiroyuki Sanada - Min Tanaka - Jin Akanishi - Masayoshi Haneda
Synopsis Un perfide seigneur de guerre ayant tué leur maître et banni leur tribu, 47 samouraïs errants jurent de se venger et de restaurer l'honneur de leurs compatriotes. Arrachés à leurs foyers et perdus aux quatre coins des terres connues, cette poignée de rebelles se voit contrainte de recourir à l'aide de Kai - un demi sang qu'ils avaient jadis renié - lors de leur combat à travers un univers violent, peuplé de monstres mythologiques, de métamorphoses maléfiques et d'effroyables dangers. Cet exil sera l'occasion pour cet esclave rejeté de se révéler leur arme la plus redoutable, et de devenir la figure héroïque qui donnera à cette troupe d'insoumis l'énergie de marquer à jamais l’éternité.

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