Critique Snowpiercer, le transperceneige (Snowpiercer)

Snowpiercer, le transperceneige
Snowpiercer de Bong Joon-Ho est un film victime de son propre charme. Il pose des fondations solides et intéressantes sur lesquelles il ne s’appuiera plus jamais ensuite. Chacun des tableaux dépeints dans chaque wagon sont sensiblement captivants...

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Phénomène totalement inattendu en fin d’année dernière, Snowpiercer se base sur le roman graphique de Jacques Lob ou comment une idée française a été mise en images par un sud-coréen en République-Tchèque avec un casting presque totalement américain : si ça ce n’est pas de la pluralité de masse quand même ! Le projet a mis plus de quatre ans à voir le jour compte tenu des ambitions énormes du réalisateur pour le projet. Il faut dire que ce n’est pas n’importe qui derrière la caméra, Bong Joon-Ho est le réalisateur des sublimes Mother et Memories of Murder entre autre. A casting et réalisateur d’exception, producteur d’exception : Park-Chan Wook (Old Boy) épaulera Joon-Ho.

Snowpiercer installe son sujet de manière très efficace.

Première réalisation en dehors de la Corée pour Bong Joon-Ho, Snowpiercer installe son sujet de manière très efficace. Nous sommes embarqués sans détour au fond du train. La misère et les conditions de vie précaires qui y règnent transpirent à travers l’écran. On est très vite pris à parti dans la noble lutte qui se met en place sous la houlette de Chris « Captain America » Evans. Les symboles sont très vite assimilables pour le spectateur où chaque wagon représente une classe sociale bien distincte. On est intrigué sur l’intérêt que les riches portent aux enfants des pauvres qu’ils viennent enlever sans concession. Que veulent-ils ? Qu’en font-ils ? Autant de bonnes questions qui viennent titiller notre curiosité qui ne peuvent qu’annoncer un bon moment en perspective. Seulement, et c’est là l’énorme défaut de Snowpiercer, plus le film avancera, moins la quête initiale de prise de pouvoir du train ne semblera intéresser personne.

Bong Joon-Ho se perd en essayant de « bâtariser » ce qui rendait sa réalisation si spéciale dans ses œuvres précédentes.

Bong Joon-Ho se perd en essayant de « bâtariser » ce qui rendait sa réalisation si spéciale dans ses œuvres précédentes. Plus le film avance, moins les trouvailles sont intéressantes en terme de réalisation comme en terme d’idées scénaristiques. Chris Evans n’attire aucune sympathie, il est extrêmement fade et ça joue vraiment sur notre désintérêt total. De plus, l’invraisemblance de l’histoire aurait pu se tenir si le train ne donnait pas l’impression d’être si petit. La haute société, qui devrait régner en masse, se révèle moindre par rapport aux passagers des classes inférieures. Comment les bourgeois se nourrissent-ils ? On entre-aperçoit un wagon poissonnerie avec un aquarium ridicule qui justifie l’utilisation de poissons une seule fois par an, qu’à cela ne tienne. Où sont les poules qui fournissent l’immense stock d’œufs ? Où sont les bovins qui fournissent le steak que s’empiffre Ed Harris en fin de film ? La remontée du train se fait de manière tellement rapide qu’elle zappe des points essentiels qui auraient gagnés en crédibilité. Au lieu de cela, on nous sert des scènes d’actions parfois très mal emboîtées, pour ne pas dire alambiquées, et qui perdent l’intensité de la rage de vaincre, au fur et à mesure que les minutes défilent. Plus personne ne semble croire en cette quête si bien qu’arrivé au but ultime, Evans ne dégage plus rien, il est vide. On pourrait y voir une perte de personnalité par un espèce d’embourgeoisement régulier qui le possède le long de son voyage mais rien ne tend à essayer de nous donner des réponses. D’ailleurs, on se demande même si Bong Joon-Ho a voulu sublimer ses acteurs occidentaux. Tilda Swinton crève l’écran mais on lui connait ce talent inéluctable à se mouvoir dans la peau de personnages torturés. Pour le reste des acteurs, malgré de bonnes personnalités, il n’y a rien à creuser qui ne nous permettent de s’attacher. En revanche, Song Kang-Ho (Memories of Murder, The Host, Sympathy for Mr. Vengeance) jouit d’une collaboration déjà installée avec Bong Joon-Ho lui permettant de livrer une prestation mémorable.

Qu’est-ce qui peut bien justifier un tel manque de fond ?

Qu’est-ce qui peut bien justifier un tel manque de fond ? Il y a malheureusement un syndrome Lost qui habite Snowpiercer, c’est-à-dire qu’il pose beaucoup de questions intéressantes et y répond en en amenant d’autres puis d’autres puis d’autres…sans jamais trouver une seule réponse valable. On en sort gavé de vide et c’est franchement dommage parce que visuellement Snowpiercer amène son pesant de cacahuètes et sa bande-originale est vraiment sublime. Mais trop, beaucoup trop de questions restent sans réponse. Qu’est-ce qui rend les enfants aussi aliénés dans leur tâches ? Pourquoi sont-ils dépourvus de toute humanité et de souvenirs ? Comment le personnage de Song Kang-Ho peut-il estimer le niveau de la neige au même endroit chaque année alors qu’il est supposé être emprisonné dans un tiroir à cadavre ? Pourquoi les balles ne cassent pas les vitres quand on tire dedans (et non elles ne sont pas blindées car les balles traversent) ? Où s’enfuient les enfants du wagon école ? Où est la logique du très grand froid extérieur insupportable qu’on nous montre en début de film avec sa théorie finale ? Et surtout, SURTOUT, pourquoi ce dernier plan qui démonte tous les propos tenus pendant deux heures ? Il y a beaucoup trop de maladresses pour estimer ce film comme aboutit.

Snowpiercer est un film victime de son propre charme. Il pose des fondations solides et intéressantes sur lesquelles il ne s’appuiera plus jamais ensuite. Chacun des tableaux dépeints dans chaque wagon sont sensiblement captivants mais jamais ils ne fonctionneront ensemble. Quatre ans n’auront visiblement pas suffi à nous convaincre de l’aboutissement de celui-ci. Snowpiercer est un beau brouillon mais un film inachevé.

Informations

Détails du Film Snowpiercer, le transperceneige (Snowpiercer)
Origine Etats Unis - France - Corée du Sud Signalétique Accord Parental
Catégorie Film Genre Science - Fiction
Version Cinéma Durée 125 '
Sortie 30/10/2013 Reprise -
Réalisateur Joon-ho Bong Compositeur Marco Beltrami
Casting Song Kang-Ho - Ed Harris - Tilda Swinton - Chris Evans
Synopsis 2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter. Car l’être humain ne changera jamais…

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