Critique Memento

Memento
Une enquête troublante au travers de la mémoire d'un homme en quête du meurtrier de sa femme comme il l'est de sa propre identité.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Film

Leonard Shelby (Guy Pearce) enquête sur le meurtrier de sa femme, un certain John G., celle-ci étant morte asphyxiée suite à un cambriolage qui aurait mal tourné. Mais après avoir reçu un coup sur la tête, Leonard a perdu la mémoire immédiate des choses – êtres et évènements – si bien qu'il doit tout noter et ne se sépare jamais d'un polaroïd avec lequel il prend en photo les personnes avec lesquelles il entre en relation, agrémentées à chaque fois d'un commentaire positif ou négatif selon les circonstances. Il va jusqu'à se faire tatouer sur le corps certains faits et/ou informations qu'il recueille au cours de son enquête.

Comme nombre de films de Christopher Nolan, Memento se prête à un jeu de reconstruction de l'intrigue de la part du spectateur. Il s'agit de reconstituer le puzzle d'un récit explosé, dont les éléments sont disséminés à travers la diégèse; à l'image du corps de Leonard traversé par des tatouages constituant autant de faits et d'indices relevant de son enquête, en fait la nôtre – ou si l'on préfère, celle du spectateur – en quête de l'identité du meurtrier. Particularité du film de Nolan, les évènements nous sont présentés selon un ordre chronologique inverse, de la fin de l'intrigue à son début. Séquence en couleurs entrecroisée avec une séquence chronologique en noir et blanc qui suit l'ordre temporel "normal" au cours de laquelle Leonard mène une conversation téléphonique avec un inconnu et où il nous fait le récit d'une autre enquête, celle qu'il a menée pour le compte d'une compagnie d'assurances au cours de laquelle il a dû investiguer sur le cas d'un certain Sam Jenkis, soupçonné de simuler le désordre mental dont il souffre, à savoir le même mal de perte de la mémoire immédiate dont souffre Leonard. Et les deux séquences d'alterner au montage.

Comme si la vérité oscillait sans cesse d'un extrême à l'autre et que chaque personnage devait tantôt attirer notre sympathie pour l'instant d'après inspirer notre dégoût et/ou notre répulsion, en un jeu de miroirs réfléchissants qui met mal à l'aise un spectateur déboussolé privé des repères habituels du polar – sentiment de malaise que partage ce dernier avec le personnage principal.

Du parallélisme trouble entre Leonard et Jenkis se rapprochent les effets dus à une caractérisation ambiguë et souvent réversible des personnages: l'ami dont il faut se méfier – Teddy – faisant pendant à la serveuse désespérée saisissant l'opportunité du mal dont souffre Leonard pour régler ses problèmes personnels – Natalie. Comme si la vérité oscillait sans cesse d'un extrême à l'autre et que chaque personnage devait tantôt attirer notre sympathie pour l'instant d'après inspirer notre dégoût et/ou notre répulsion, en un jeu de miroirs réfléchissants qui met mal à l'aise un spectateur déboussolé privé des repères habituels du polar – sentiment de malaise que partage ce dernier avec le personnage principal. Personnages qui manipulent sciemment Leonard dans un but d'intérêt personnel, auquel nous nous identifions d'autant plus facilement qu'en raison de la façon dont est structuré le récit, nous n'en savons pas plus – ni moins –  que lui sur ce qui s'est passé juste avant. Du moins jusqu'à un certain point. Car au fur et à mesure que le film avance se reconstruit une globalité – celle de l'intrigue dans sa totalité – à laquelle nous sommes seuls à avoir accès.

Et l'enquête que nous menons dès lors porte plutôt sur l'identité du personnage principal, objet du film, tant les lacunes de sa mémoire nous interrogent sur ce qui le constitue en tant qu'être humain – seules quelques bribes de souvenirs sous forme de flashes nous parviennent de sa vie passée avec son épouse.  L'identité de Leonard est celle que construit le récit a posteriori des aventures de Leonard, ou plutôt celle que ce dernier reconstruit à partir des indices et des faits qu'il recueille. Le film pose la question de savoir de quelle marge de liberté dispose alors le récit enfermé dans la structure close d'un passé qui revient à lui comme on revient à sa source. La réponse est une belle démonstration de toute la liberté possible que confère l'imagination à un créateur tout-puissant. Le personnage de Leonard n'est qu'un double de Christopher Nolan.

Informations

Détails du Film Memento
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller
Version Cinéma Durée 113 '
Sortie 11/10/2000 Reprise -
Réalisateur Christopher Nolan Compositeur David Julyan
Casting Guy Pearce - Carrie-Anne Moss - Joe Pantoliano
Synopsis Leonard Shelby ne porte que des costumes de grands couturiers et ne se déplace qu'au volant de sa Jaguar. En revanche, il habite dans des motels miteux et règle ses notes avec d'épaisses liasses de billets. Leonard n'a qu'une idée en tête : traquer l'homme qui a violé et assassiné sa femme afin de se venger. Sa recherche du meurtrier est rendue plus difficile par le fait qu'il souffre d'une forme rare et incurable d'amnésie. Bien qu'il puisse se souvenir de détails de son passé, il est incapable de savoir ce qu'il a fait dans le quart d'heure précédent, où il se trouve, où il va et pourquoi. Pour ne jamais perdre son objectif de vue, il a structuré sa vie à l'aide de fiches, de notes, de photos, de tatouages sur le corps. C'est ce qui l'aide à garder contact avec sa mission, à retenir les informations et à garder une trace, une notion de l'espace et du temps.

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