Critique Effacer l'historique

Effacer l'historique
Cette comédie acerbe sur les réseaux sociaux et les nouvelles technologies devrait enfin permettre à Gustave Kervern et Benoît Delépine d'élargir leur public et de gagner un certain crédit critique qui leur faisait pour l'instant un peu défaut.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Les enfants de Mocky

Depuis une bonne quinzaine d'années, Gustave Kervern et Benoît Delépine tracent leur sillon anarchiste, libertaire et farouchement provocateur (Aaltra, Avida, Mammuth, etc.). Neuf films déjà, dans la continuité des Guignols et de Groland, perpétuent ce que l'on a coutume d'appeler l'esprit Canal de la grande époque, à savoir des années 80-90. Leurs films délibérément foutraques et fauchés parviennent néanmoins à convaincre des stars (Depardieu, Adjani, Dujardin, entre autres). Malgré leur productivité, ils ont été assez peu récompensés : un prix spécial du jury Un Certain Regard pour Le Grand Soir en 2012 et, ô divine surprise, le Grand Prix du jury à la Berlinale 2020 pour Effacer l'historique. Cette comédie acerbe sur les réseaux sociaux et les nouvelles technologies devrait enfin permettre à Gustave Kervern et Benoît Delépine d'élargir leur public et de gagner un certain crédit critique qui leur faisait pour l'instant un peu défaut.  

Effacer l'historique réjouit assez largement car le spectateur n'a pas tant d'occasions de pouvoir admirer une démarche anarchiste reposant sur une réelle inventivité.

Trois voisins (et aussi amis) trompent leur solitude en cultivant l'usage des réseaux sociaux et des nouvelles technologies : Marie (Blanche Gardin) qui essaie de trouver des petits boulots d'intérimaire, se voit infliger un chantage à la sextape, suite à une rencontre de hasard ; Bertrand (Denis Podalydès) poursuit une relation virtuelle avec une hôtesse de télé-marketing pendant que sa fille se fait harceler au lycée, suite à des clichés compromettants ; enfin Christine, chauffeur VTC, accro aux séries, ne parvient pas à faire décoller ses notations, en dépit de tous ses efforts...Tous les trois décident d'entrer en guerre contre Internet et de se confronter à la réalité.

Des trois histoires, celle qui fonctionne le mieux est sans conteste celle de Marie, l'intérimaire soumise au chantage. C'est sans doute dû à l'abattage naturel de Blanche Gardin qui, nonobstant ses participations aux films d'Eric Judor, trouve ici sa première vraie occasion de succès populaire au cinéma. On le savait depuis ses spectacles Seule en scène, elle crève l'écran dans un emploi assez proche de Marina Foïs à ses débuts, celui d'une jeune femme téméraire et malchanceuse. Nul doute que sa palette tragi-comique assez large lui permettra de glaner des rôles plus dramatiques à l'instar de son aînée. Pour les deux autres personnages principaux, Denis Podalydès et Corinne Masiero demeurent dans des registres plus attendus et surprennent moins par leur fantaisie. Certains autres habitués des productions du tandem Kervern-Delépine viennent faire des caméos (Jean Dujardin, Michel Houellebecq, Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoit Poelvoorde), renforçant l'aspect sympathique de troupe des films du duo.

Car, tout comme ses personnages, Effacer l'historique est un film éminemment sympathique, l'histoire de Monsieur et Madame Tout-Le-Monde, Don Quichotte amateurs qui se révoltent contre la dictature du tout-virtuel, érigée par l'Internet tout-puissant. Or, ce qui fonctionne plutôt bien dans la première histoire, finit par se répéter et s'auto-parodier dans les deux suivantes. Elles s'entrecroisent et s'annulent l'une l'autre, en n'échappant pas à l'effet sketch (par exemple le livreur interprété par un Poelvoorde déchaîné ou le feignasse qui engage Marie pour faire toutes les corvées auxquelles il souhaite échapper) et en manquant d'unité organique. C'est un peu le principal travers des films de Kervern et Delépine : beaucoup de bonnes idées qui finissent par tourner au catalogage. On peut aussi parfois leur reprocher un manque de profondeur et de réflexion : même si l'on se trouve dans une comédie, la manière qu'ont les personnages de résoudre leurs problèmes, tronçonner un ordinateur, casser du robot ou s'infiltrer dans une banque de données informatique, ne va guère chercher bien loin et s'assimile davantage à un réflexe primaire qu'à une déconstruction politique. Ce qui explique que les films de Kervern et Délépine suivent la pente de la capacité de destruction de leurs personnages et finissent par partir en quenouille.

Pourtant, malgré cet arrière-goût d'inachevé, Effacer l'historique réjouit assez largement car le spectateur n'a pas tant d'occasions de pouvoir admirer une démarche anarchiste reposant sur une réelle inventivité. En fait, on n'a plus guère vu cela depuis les Mocky de la grande époque, des années 60 à 80. En effet, mélangeant des productions fauchées, des vedettes populaires, un esprit libertaire et fondamentalement anarchiste-gauchiste, un bâclage joyeusement foutraque, les films de Kervern et Delépine ressemblent beaucoup à ceux de Jean-Pierre Mocky qui a trouvé en eux ses fils naturels.

Informations

Détails du Film Effacer l'historique
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 106 '
Sortie 26/08/2020 Reprise -
Réalisateur Gustave Kervern - Benoît Delépine Compositeur
Casting Denis Podalydès - Corinne Masiero
Synopsis Dans un lotissement en province, trois voisins sont en prise avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux.Il y a Marie, victime de chantage avec une sextape, Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée, et Christine, chauffeur VTC dépitée de voir que les notes de ses clients refusent de décoller.Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants d’internet. Une bataille foutue d'avance, quoique...

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