Critique Light of my life

Light of my life
Casey Affleck invente un univers à part, témoignant de manière écologique de la beauté de notre monde, - une beauté à préserver de toute urgence -, constatant la douloureuse actualité d'une pandémie irréversible, comme celle que nous traversons,...

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

Un monde sans femmes 

Et si les femmes avaient complètement disparu de la terre? C'est par ce postulat dystopique que commence Light of my life, le film de Casey Affleck. A l'heure où le rôle des femmes est à notre époque soit ouvertement nié, soit complètement réévalué, ces prémisses catastrophistes peuvent paraître opportunistes, or ce serait oublier que Casey Affleck a eu l'idée de son premier film de fiction (après le mockumentary, I'm still here, canular réalisé pour faire plaisir à son beau-frère Joaquin Phoenix) une dizaine d'années auparavant, bien avant #metoo et que certaines conquêtes féministes ne soient mises à mal par l'administration Trump. Entre Leave no trace, le très beau film de Debra Granik, et La Route de Cormac McCarthy inspirant le film de John Hillcoat, Casey Affleck invente un univers à part, témoignant de manière écologique de la beauté de notre monde, - une beauté à préserver de toute urgence -, constatant la douloureuse actualité d'une pandémie irréversible, comme celle que nous traversons, et regrettant  la disparition d'un continent féminin qui nous manquerait à jamais.  

Casey Affleck invente un univers à part, témoignant de manière écologique de la beauté de notre monde, - une beauté à préserver de toute urgence -, constatant la douloureuse actualité d'une pandémie irréversible, comme celle que nous traversons, et regrettant la disparition d'un continent féminin qui nous manquerait à jamais.

Dans ce monde privé de femmes, un homme sans nom essaie tant bien que mal d'élever son enfant Rag. Or, contrairement aux apparences, Rag est une fille que son père camoufle en garçon pour la préserver de la menace des hommes...Survivre devient alors une lutte de tous les instants, un combat fait de subterfuges et de fuites...

Les films d'acteurs sont souvent a minima intéressants car d'instinct, les comédiens savent placer l'intérêt de leur film dans leur histoire et leurs personnages. Certains grands acteurs hollywoodiens ont ainsi tourné des films en parallèle à leur carrière de vedette, tels Paul Newman, Robert Redford ou surtout Clint Eastwood qui a édifié une oeuvre qui a complètement éclipsé son parcours de comédien. Nous n'en sommes pas encore là avec les frères Affleck mais Ben et maintenant Casey paraissent vouloir suivre les traces de leurs glorieux aînés. On ne peut sans doute pas comprendre profondément Light of my life si l'on n'admire pas le jeu d'acteur de Casey Affleck, tant ce film entre en résonance avec les rôles qu'il a pu tenir. Casey Affleck est ainsi l'un des rares acteurs oscarisés récemment grâce à Manchester by the sea, à défendre le pari d'un jeu intériorisé, d'une esthétique du murmure, sans esbroufe, où tout fonctionne par micro-événements quasi imperceptibles. Light of my life avance donc tranquillement par partis pris discrètement assumés, cf. la première séquence de dix minutes en plans fixes sur la conversation d'un père et de son enfant relative à deux renards rusés, nous faisant d'emblée participer à la sereine intimité d'une relation filiale. 

Etant donnés le cadre et la thématique, on pourrait s'empresser de rapprocher le film de Casey Affleck de Terrence Malick. Pourtant s'il se rapproche thématiquement de son prestigieux devancier, en portant une attention soutenue aux transformations de la nature, son esthétique se trouve strictement aux antipodes, préférant le bloc du plan-séquence à la segmentation du fragment et de l'épiphanie. De façon surprenante, à rebours de la dramaturgie traditionnelle, Casey Affleck ne mise pas tout sur un éventuel suspense dû à la menace des hommes qui poursuivent sa petite famille mais préfère privilégier un sens large du cadre et de l'atmosphère, proche de metteurs en scène avec qui il a tournés et qu'il souhaite apparemment prolonger dans son film, Gus Van Sant (Gerry), Andrew Dominik (L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford), Kenneth Lonergan (Manchester by the sea) ou surtout David Lowery (Les Amants du Texas, A Ghost Story), à qui il emprunte de belle manière l'excellent musicien impressionniste Daniel Hart. Affleck, comme tout bon metteur en scène, ne surligne pas par la mise en scène des informations scénaristiques qu'il laisse volontairement lacunaires, en préservant tout le mystère. On ne saura jamais vraiment ce que veulent ces hommes menaçants à Rag (formidable Anna Pniowsky) : la tuer par haine des femmes? La violer pour perpétuer l'espèce? L'important demeure l'atmosphère de ce climat de paranoïa déliquescente.    

Light of my life se rapproche surtout de Leave no trace, autre film rousseauiste montrant un couple père-enfant, s'affranchissant des contraintes de la civilisation en se réfugiant dans une forêt plus ou moins hostile et inhospitalière. Or dans le film de Casey Affleck, la différence d'âge est plus marquée, mettant davantage l'accent sur l'initiation, la transmission et le passage de relais que sur d'éventuelles velléités d'affranchissement et d'indépendance. De plus, la thématique apocalyptique de l'éradication de la gente féminine centre le film sur le genre, contrairement au film de Debra Granik, plus axé sur le rapport à la nature. En témoigne la formidable idée de casting d'avoir distribué Elisabeth Moss dans le rôle de la mère défunte de Rag, qu'on percevra dans des flash-backs disséminés dans l'ensemble du film. Le film de Casey Affleck pourrait en effet s'interpréter comme un prolongement jusqu'au-boutiste de The Handsmaid's Tale, la fiction dystopique de Margaret Atwood, une sorte d'envers symétrique où les femmes se seraient évaporées alors qu'elles sont omniprésentes mais asservies dans le roman. Elisabeth Moss, symbole féministe à elle toute seule, depuis Mad Men et The Handsmaid's tale, d'un monde féminin soumis au joug de l'ère trumpiste, s'impose comme le centre névralgique du film, femme en voie d'extinction, manifestant des qualités de bienveillance et de bonté, vertus que nous voyons avec peine s'éteindre au cours de ce film précieux de Casey Affleck, que l'on espère ne pas être prémonitoire.  

Informations

Détails du Film Light of my life
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Science - Fiction
Version Cinéma Durée 119 '
Sortie 12/08/2020 Reprise -
Réalisateur Compositeur Daniel Hart
Casting Casey Affleck - Elisabeth Moss
Synopsis Dans un futur proche où la population féminine a été éradiquée, un père tâche de protéger Rag, sa fille unique, miraculeusement épargnée. Dans ce monde brutal dominé par les instincts primaires, la survie passe par une stricte discipline, faite de fuite permanente et de subterfuges. Mais il le sait, son plus grand défi est ailleurs: alors que tout s'effondre, comment maintenir l'illusion d'un quotidien insouciant et préserver la complicité fusionnelle avec sa fille ?

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