Critique Madre

Madre
Le moment de "fendre l'armure" est peut-être enfin venu pour Rodrigo Sorogoyen avec Madre, un drame où les émotions d'une mère endeuillée apparaissent à nu, et la virtuosité s'efface derrière un travail plus discret et sensible de valorisation...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Rodrigo Sorogoyen, tout jeune réalisateur espagnol de 38 ans, s'est fait connaître avec Que Dios me perdone et El Reino, deux thrillers virevoltants, où il faisait étalage de toute sa maestria cinématographique, équivalant parfois à de l'exhibition musculaire forcenée. Sorogoyen était doué, personne n'en doutait mais on guettait avec attention le moment où, comme certains hommes politiques, il allait enfin "fendre l'armure", ne pas s'abriter derrière sa batterie d'artifices spectaculaires, et révéler l'homme derrière le metteur en scène. Le moment est peut-être enfin venu avec Madre, un drame où les émotions d'une mère endeuillée apparaissent à nu et la virtuosité s'efface derrière un travail plus discret et sensible de valorisation des sentiments.

Le moment de "fendre l'armure" est peut-être enfin venu pour Rodrigo Sorogoyen avec Madre, un drame où les émotions d'une mère endeuillée apparaissent à nu, et la virtuosité s'efface derrière un travail plus discret et sensible de valorisation des sentiments.

Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dix ans depuis ce coup de téléphone où seul et perdu sur une plage des Landes, il lui disait qu’il ne trouvait plus son père. Aujourd’hui, Elena y vit et y travaille dans un restaurant de bord de mer. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son fils disparu… 

Madre commence en trombe par un plan-séquence stupéfiant de dix minutes où une mère vit en direct le kidnapping de son fils laissé à l'abandon sur une plage des Landes. D'une virtuosité exceptionnelle, ce plan-séquence exploite l'espace et la durée avec un sens exemplaire du timing et du déploiement dans un espace exigu. Sorogoyen n'échappe donc pas à son péché mignon, la démonstration de force, ce plan-séquence étant en fait la reprise in extenso d'un court métrage qu'il a réalisé quelques années auparavant. Néanmoins, reconnaissons que cette performance un peu gratuite produit un effet-choc qui lance le film sur des bases élevées mais se situe dans la parfaite continuité des œuvres précédentes de Sorogoyen.

Or, ce qui change, ce sont les deux heures restantes où Sorogoyen va pour une fois se réinventer et baisser la garde. Dix ans plus tard, Elena n'a toujours pas réussi à effectuer son travail de deuil. Elle s'est établie et travaille dans un café-restaurant au bord de la plage des Landes où son fils a disparu. Traînant désoeuvrée sur cette plage, elle tombe un jour sur un adolescent qui lui rappelle son fils.  Elle sympathise avec lui et va progressivement se reconstruire à travers cette relation. D'un point de vue plastique, Sorogoyen réalise en panoramique les plus beaux plans de plage vus sur un écran depuis A Scene at a sea de Takeshi Kitano. Mais l'heure n'est plus trop à la virtuosité du thriller mais à l'émotion du mélodrame. Elena et Jean vont ainsi se livrer à un chassé-croisé psychologique éprouvant. Est-il son fils auquel il ressemble de manière troublante? Elena ne sombre-t-elle pas dans une obsession monomaniaque qui pourrait l'entraîner à couper les liens avec son entourage, causant définitivement sa perte?

On sera reconnaissants à Sorogoyen d'évacuer assez vite la piste d'un inceste éventuel qui aurait été d'un mauvais goût franchement rédhibitoire. Elena et Jean s'aiment mais cela ne passe pas forcément par les canaux habituels du désir physique. Le lien empathique existant entre eux se révèle être bien plus puissant. Ce jeu de chat et de souris ne serait pas crédible sans des interprètes exceptionnels : Marta Nieto, grande révélation, sorte de fausse petite sœur de Monica Belluci, impressionne par sa digne gravité tandis que Jules Porier se montre d'une délicieuse ambiguïté, en cousin lointain de Tadzio qui aurait échoué sur une plage des Landes. Le suspense du film s'affiche surtout de manière psychologique : Elena, pourra-t-elle se reconstruire à travers cette relation qui lui montre comment pardonner au destin et à soi-même, face à un événement dont elle n'est pas responsable? Avec ce jeu subtil d'équilibriste psychologique, Rodrigo Sorogoyen n'a pas volé, ainsi que son actrice, les prix de la section Orrizonti de la Mostra de Venise 2019 et montre la voie d'un nouveau cinéma espagnol, bien après celui d'Almodovar.   

 

Informations

Détails du Film Madre
Origine Espagne Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller - Drame
Version Cinéma Durée 129 '
Sortie 22/07/2020 Reprise -
Réalisateur Rodrigo Sorogoyen Compositeur
Casting Frédéric Pierrot - Anne Consigny
Synopsis Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dix ans depuis ce coup de téléphone où seul et perdu sur une plage des Landes, il lui disait qu’il ne trouvait plus son père. Aujourd’hui, Elena y vit et y travaille dans un restaurant de bord de mer. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son fils disparu…

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