Critique The King of Staten Island

The King of Staten Island
Porté par une distribution sans faute et un mélange doux-amer de drôlerie et d'émotion, The King of Staten Island représente par conséquent le portrait le plus juste d'un ressortissant de la génération Y, coincé entre le Sida, les vidéos et...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Depuis 40 ans, mode d'emploi, le producteur et réalisateur Judd Apatow était quelque peu arrivé au bout de son système autofictionnel qui avait atteint son apogée avec Funny People, un film relativement sous-estimé. Etant donné que dans 40 ans mode d'emploi, Apatow mettait en scène sa famille dans des conditions extrêmement proches de la vie, renouant avec l'autofiction des Baisers de secours de Philippe Garrel ou d'Une Partie de plaisir de Claude Chabrol, écrit et interprété par Paul Gegauff, on ne voyait en effet pas ce qu'il aurait pu faire de plus, hormis jouer lui-même le rôle principal de ses films, tâche à laquelle il n'a pour l'instant pas souhaité s'astreindre. Comment désormais faire évoluer son œuvre? En chassant sur d'autres terrains, en s'inspirant d'autres plumes. Apatow a ainsi produit la série TV Girls de Lena Dunham (ce que certains fans d'Apatow considèrent comme son plus bel acte créatif). Il a à nouveau replacé sa mise du côté féminin en réalisant Crazy Amy, écrit et interprété par Amy Schumer, une jeune comique surdouée, venant du stand-up. Cette réinvention sur le terrain féminin lui a permis de remettre les pendules à zéro. C'était l'occasion pour lui de poursuivre son opération de rajeunissement, cette fois-ci du côté masculin, en réalisant The King of Staten Island, un projet assez autobiographique d'un jeune comique de 26 ans, Pete Davidson, frais émoulu du Saturday Night Live. Apatow mise avec générosité sur la jeunesse et le talent et, à l'évidence, la jeunesse le lui rend bien. Pari réussi : on retrouve le Judd Apatow, à la fois drôle et émouvant de ses premiers films, de plus en plus débarrassé de scories vulgaires qui l'encombraient, et retrouvant à travers Pete Davidson une fraîcheur de regard qui l'avait peut-être abandonné depuis des années.

Porté par une distribution sans faute et un mélange doux-amer de drôlerie et d'émotion, The King of Staten Island représente par conséquent le portrait le plus juste d'un ressortissant de la génération Y, coincé entre le Sida, les vidéos et Internet, et n'ayant affronté aucun conflit militaire majeur.

De nos jours, à Staten Island, l'arrondissement le moins urbain et peuplé de New York, Scott Carlin, un jeune désoeuvré "adulescent" de 24 ans, vit toujours chez sa mère Margie, une infirmière, après avoir abandonné ses études d'art. A sept ans, il a perdu son père, pompier qui est mort en héros, en sauvant des vies lors d'un incendie. Sa sœur Claire part faire des études en faculté. De son côté, Scott a pour projet hypothétique de monter un restaurant-salon de tatouage mais ne sait pas trop comment s'y prendre. Sa vie sentimentale est tout aussi brumeuse : il sort en cachette avec Kelsey, son amie d'enfance car il prétend qu'elle mérite mieux que lui, affecté d'un trouble de l'attention borderline et de la maladie de Crohn. Sa sœur Claire part faire des études en faculté, ce qui l'oblige à se remettre un petit peu en question, lui qui passe son temps à traîner avec ses potes en regardant des films en vidéo... Le jour où il tatouera un jeune garçon va changer sa vie et l'obliger à redéfinir ses priorités.          

Apatow ne s'inspire donc plus de sa vie mais va s'approprier la vie d'autres plus jeunes que lui, pour alimenter le contenu biographique de ses fictions. L'acteur et auteur comique Pete Davidson se trouve donc au centre névralgique de The King of Staten Island qui s'inspire ouvertement de sa vie. Comme Scott, son personnage, Pete a perdu tragiquement son père qui exerçait le métier de pompier et s'appelait d'ailleurs Scott (vous suivez toujours ?). Scott Carlin souffre comme Pete, dans la vraie vie, d'un trouble de l'attention (idem pour l'ado de Mommy ou plus récemment Benni) et d'inflammations intestinales. Néanmoins, contrairement à Scott, Pete Davidson a su assez tôt qu'il voulait faire carrière en tant que comique et s'est fait engager au Saturday Night Live à l'âge de vingt ans, après quatre ans de pratique du stand-up. Par conséquent, Scott Carlin, c'est un peu Pete Davidson, hormis ses caractéristiques essentielles, le talent et la détermination, de la même manière qu'Antoine Doinel pouvait se définir comme François Truffaut dépourvu de sa vocation de cinéaste.

Grâce à Pete Davidson, Judd Apatow tombe dans la fontaine de jouvence et revit les émois post-ado d'un Tanguy américain qui a du mal à quitter sa mère (Marisa Tomei, toujours aussi irrésistiblement sexy) et à trouver un véritable emploi. Pourtant, quelque chose a changé dans le cinéma d'Apatow : moins de vulgarités gratuites, un ton plus grave, un humour assez noir. Certes on retrouve les références à la pop-culture, habituelles chez Apatow (il a participé à l'écriture du scénario) : Game of Thrones, Creed, Jack Nicholson dans Shining sont, entre autres, cités. Mais derrière les punchlines et les situations comiques toujours aussi efficaces, on sent surtout le désarroi de Scott Carlin, n'ayant pas réussi à effectuer son travail de deuil et à assumer des responsabilités dans les domaines professionnel ou sentimental, c'est-à-dire à s'assumer en tant qu'adulte, gêné par l'ombre du père, héros décédé. Apatow a réussi à gommer les scories inutiles et retrouve ainsi la veine du comique élégant et sensible d'un James L. Brooks (Pour le pire et pour le meilleur, Comment savoir), dont il s'avère l'héritier inattendu, en dressant le portrait d'un "millenial", ne sachant vers quoi se diriger dans la vie. Porté par une distribution sans faute (mentions à Bill Burr en futur beau-père potentiel, Maude Apatow, la fille du metteur en scène et Bel Powley dans le rôle de Kelsey) et un mélange doux-amer de drôlerie et d'émotion, The King of Staten Island représente par conséquent le portrait le plus juste d'un ressortissant de la génération Y, coincé entre le Sida, les vidéos et Internet, et n'ayant affronté aucun conflit militaire majeur, l'histoire d'une génération à qui on dit : "Il faut réagir, le temps passe vite" et qui répond sans se démonter : "C'est pour ça que je me défonce, ça le fait ralentir".                 

Informations

Détails du Film The King of Staten Island
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie - Comédie Dramatique
Version Cinéma Durée 137 '
Sortie 22/07/2020 Reprise -
Réalisateur Judd Apatow Compositeur
Casting Steve Buscemi - Marisa Tomei - Bel Powley
Synopsis Il semblerait que le développement de Scott ait largement été freiné depuis le décès de son père pompier, quand il avait 7 ans. Il en a aujourd’hui 24 et entretient le doux rêve d’ouvrir un restaurant/salon de tatouage. Alors que sa jeune soeur Claire, sociable et bonne élève, part étudier à l’université, Scott vit toujours au crochet de sa mère infirmière, Margie, et passe le plus clair de son temps à fumer de l’herbe, à traîner avec ses potes Oscar, Igor et Richie et à coucher en cachette avec son amie d’enfance Kelsey. Mais quand, après 17 ans de veuvage, sa mère commence à fréquenter Ray, lui aussi pompier, Scott va voir sa vie chamboulée et ses angoisses exacerbées. L’adolescent attardé qu’il est resté va enfin devoir faire face à ses responsabilités et au deuil de son père.

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Commentaires sur " The King of Staten Island "
  • henrimotard

    henrimotard le 29/07/2020 à 18:22

    Bonjour,un grand merci à "retro-hd" pour la mise en ligne de ce jeu afin de nous faire découvrir un tel "Film"..

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