Critique Été 85

Été 85
Eté 85 ne tient donc pas véritablement ses promesses car cette romance adolescente se transforme assez vite en imbroglio policier qui ne débouche sur rien, d'où l'impression mi-figue mi-raisin qui prédomine en sortant de la salle.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Justine VIGNAL

Critique du Film

Emportés par l'été

Affublé du prestigieux label Sélection Officielle Cannes 2020, le nouveau film de François Ozon, Eté 85, sorti le jour de la fête nationale du 14 juillet, était très attendu en cette période post-confinement, représentant un des premiers symboles du retour dans les salles. Tout paraissait rassemblé pour un fort engouement : un sujet estival en phase avec la saison, un metteur en scène sortant d'un succès public (Grâce à Dieu) et une reconnaissance du Festival de Cannes, en faisant un des points forts de la Sélection Officielle d'un Festival de Cannes qui n'a pas eu lieu, au même titre que le prochain film d'un Wes Anderson, The French Dispatch. Or, à l'arrivée, ne nous voilons pas la face, la montagne a vraisemblablement accouché d'une souris. Pourquoi un tel écart entre l'espérance et le résultat? 

Eté 85 ne tient donc pas véritablement ses promesses car cette romance adolescente se transforme assez vite en imbroglio policier qui ne débouche sur rien, d'où l'impression mi-figue mi-raisin qui prédomine en sortant de la salle.

Adapté d'un roman d'Aidan Chambers, Dance on my grave, Eté 85 raconte une romance sous forme de teen movie. En Normandie, l’été de ses 16 ans, Alexis, lors d’une sortie en mer, est sauvé héroïquement du naufrage par David, 18 ans. Alexis vient de rencontrer l’ami de ses rêves. Mais cette apparence lisse ne cache-t-elle pas une attirance plus trouble?

Au départ, Eté 85 s'annonce plus ou moins sous les mêmes auspices qu'un Call me by your name : une adaptation de roman, un été dans la première moitié des années 80 pré-Sida, un coup de foudre d'été entre deux protagonistes masculins assez opposés. Tout est ainsi fait pour montrer ce qui existe en même temps de plus beau et douloureux dans les premiers émois adolescents, dans cet éveil de la sensualité, la caméra se faisant très proche des peaux des personnages. Filmé en 16 mm, Eté 85 présente des colorations douces et chaleureuses, en accord avec l'idylle en feu de paille des deux adolescents. On pourrait être séduit par cette recherche d'esthétique authentique, les musiques (un recours un peu facile à In Between Days de The Cure et d'autres tubes des années 80, transformant le film en juke-box), les décors et les costumes sont parfaitement étudiés pour nous immerger dans un univers rétro.

Pourtant le film est loin de posséder la simplicité naturaliste du chef-d'oeuvre de Luca Guadagnino. Comment une proposition aussi alléchante peut-elle se retrouver entachée par des instants qui plombent son propos ? Serait-ce à cause d'une direction d'acteurs trop poussive, Félix Lefebvre, sans démériter, étant très inférieur à un Timothée Chalamet gracieux et surdoué? Une adaptation scénaristique trop littéraire et moins crédible cinématographiquement ? Là où Guadagnino touchait profondément juste en laissant de l'air à la narration, du souffle contemplatif à son adaptation du roman d'André Aciman, Ozon passe souvent à côté en laissant un trop grand espace à une voix-off assez lourde et redondante.

Le film de François Ozon manque aussi surtout de style cinématographique, la caméra collant trop aux personnages en gros plan, sans les laisser respirer et vivre, les enserrant dans une forme télévisuelle médiocre et un manque d'imagination flagrant dans les choix de cadrage. Alors que l'on respirait au rythme de l'été de la campagne toscane dans Call me by your name, Eté 85 manque de distance et de profondeur de champ. On peut également regretter aussi une certaine platitude dans les dialogues, Ozon confondant utilisation de lieux communs et écriture naturaliste, ce hiatus entrant en contradiction avec l'expression des désirs soi-disant flamboyants de ses personnages. 

En fait, si la montagne accouche d'une souris, c'est que le film commence par l'arrestation d'un adolescent, préparant le spectateur au pire drame (un assassinat, un drame sentimental qui tourne mal). Contrairement au film de Guadagnino, Eté 85 est ainsi construit autour d'un suspense policier plutôt artificiel car, sans divulgâcher la fin, l'adolescent en question n'aura en définitive pas fait grand'chose, hormis un court passage assez drôle de travestissement. Malheureusement, en dépit de ce moment rafraîchissant, Ozon s'enfonce dans les conventions la tête la première, en ne quittant pas les lieux communs qui servent d'armature à son histoire, ne nous apprenant strictement rien sur la vie ou la sexualité. Eté 85 ne tient donc pas véritablement ses promesses car cette romance adolescente se transforme assez vite en imbroglio policier qui ne débouche sur rien, d'où l'impression mi-figue mi-raisin qui prédomine en sortant de la salle. 

Informations

Détails du Film Été 85
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie Dramatique - Romance - Tranche de Vie
Version Cinéma Durée 100 '
Sortie 15/07/2020 Reprise -
Réalisateur François Ozon Compositeur
Casting Melvil Poupaud - Valeria Bruni Tedeschi - Isabelle Nanty - Félix Lefebvre - Benjamin Voisin - Philippine Velge
Synopsis L’été de ses 16 ans, Alexis, lors d’une sortie en mer sur la côte normande, est sauvé héroïquement du naufrage par David, 18 ans. Alexis vient de rencontrer l’ami de ses rêves. Mais le rêve durera-t-il plus qu'un été ? L’été 85...

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