Critique Tout Simplement Noir

Tout Simplement Noir
Jean-Pascal Zadi signe la comédie de l'été : le rire et le politique se renforcent l'un et l'autre dans un film fédérateur pleins d'originalités, une profonde réussite !

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Justine VIGNAL

Critique du Film

Tou.te.s simplement noir.e.s

Noir. Juste noir. Pour certains, le terme "noir" est encore dur à prononcer sans gêne, sans doute parce que la France n'a pas tout à fait assimilé le phénomène antiraciste. Alors, dès le titre de son film, Jean-Pascal Zadi (Sans pudeur ni morale) confronte le malaise français propre à la question noire : on ne dit pas "black" (tout comme on ne dirait pas "white") mais tout simplement noir. En opposition à la simplicité de son titre, Tout simplement noir soulève la complexité de l'identité noire. Cette comédie post-confinement débarque comme un film nécessaire, intervenant en écho parfait aux soulèvements contre le meurtre de Georges Floyd, les ralliements viscéraux aux côtés d'Assa Traore pour obtenir justice dans l'affaire Adama et toutes les luttes antiracistes contre les violences policières et les discriminations.

JP, un acteur de 40 ans dont le talent n'a pas encore été decelé par les directeurs de casting, décide de créer la première grande marche noire de France. Une manifestation de protestation qu'il souhaite avec la plus grande ampleur possible pour ainsi visibiliser au maximum les identités noires. Dans son aventure rocambolesque, il part à la recherche de personnalités influentes en commençant par Claudia Tagbo qui le recale, puis Fary qui l'insère dans la starosphère. Ses rencontres avec Éric Judor, Joey Starr, Fabrice Éboué et bien d'autres deviennent rapidement burlesques...

Tout en évitant l’écueil de "surfer sur la vague" des actualités politiques plutôt que d'en faire vraiment une question de cinéma, Tout simplement noir fait preuve d'une intelligence comique inattendue pour un résultat pétri d'originalité.

Dès sa forme, le film surprend grandement. Entre mockumentary à la manière de The Office et les comédies de Franck Gastambide, lui-même influencé par la subversion des frères Farrelly, Tout simplement noir a tout du film à sketchs, saupoudré de parodies médiatiques. On observe avec avidité le parcours et les rencontres insolites d'un forcené à travers un faux documentaire sur sa personne (un égo-trip remarquable). La présence de plans-séquences immerge d'autant plus dans un rythme effréné de ping-pong verbaux entre tous les personnages-stars surexcités, passant de joutes antiracistes aux dialogues des plus jubilatoires et débiles. La qualité de l'écriture scénaristique représente le point fort qui ressort nettement du long-métrage. Certaines séquences résonnent de manière si spontanée qu'elles semblent être totalement improvisées par les acteurs jouant des parodies d'eux-mêmes. On pense par exemple à une scène de débat mémorable entre Fabrice Éboué et Lucien Jean-Baptiste à propos de Case Départ, une comédie que Jean-Baptiste traite de raciste. La discussion se détourne progressivement de l'aspect intellectuel et se clôt sur Lucien arborant une machette prête à attaquer Éboué. Le personnage d'Eric Judor marque aussi énormément même s'il fait partie des figures les moins mises en avant. JP et Fary le poussent à arborer avec fierté son identité noire qu'il refoule, cherchant à se faire passer pour un Autrichien depuis son enfance. Dans un moment drôle et évocateur, il finit par se traiter de "ni****" et autres termes dégradants comme pour s'auto-exorciser.

Tout simplement noir rassemble une succession de gags hilarants, tout en nous projetant les stéréotypes et les non-dits en pleine face. En cela, une séquence où JP s'échauffe devant l'Hôtel de Ville sonne particulièrement juste. Cherchant à entrer dans le bâtiment pour obtenir l'autorisation pour sa marche directement auprès d'Anne Hidalgo, le réalisateur-acteur se fait rembarrer par des policiers. Il décide alors de brandir un mégaphone pour créer une véritable manifestation en solitaire, clamant : "J'veux voir ma gow, Anne Hidalgo !" Le bon bougre finit par se faire maîtriser brutalement par les forces de l’ordre. Et ce n'est pas la seule fois où il subira le mécontentement de la police. Les violences policières que subissent JP laissent un goût amer, parce que, même avec la comédie comme adoucissant, les scènes reflètent une dure réalité. Un moment où un policier lui inflige la même prise que Georges Floyd restera particulièrement en travers de la gorge.

Jean-Pascal Zadi signe la comédie de l'été : le rire et le politique communiquent et se renforcent l'un et l'autre en montrant avec brio le mutisme français concernant la cause noire. Tout en évitant l’écueil de "surfer sur la vague" des actualités politiques plutôt que d'en faire vraiment une question de cinéma (on ne peut que féliciter les réalisateurs d'avoir prédit cette vague, et non d'en avoir profité), Tout simplement noir fait preuve d'une intelligence comique inattendue.

Tout simplement noir soulève des questionnements vitaux avec humour et brio : qu'est-ce qu'être un noir en France? À partir de quel moment un individu est-il noir? À l'époque de la ségrégation aux USA, la règle de classification régissait ainsi : une « goutte de sang noir » suffit à classer un individu dans le groupe des gens de couleur ("the one-drop rule"). Ce serait alors les blancs les minorités, et nous serions toutes et tous noir.e.s.

On en ressort de bonne humeur, plein de questions dans la tête et avec une folle envie de débat, de ne plus laisser les injustices passer. Enfin une comédie française qui pourra attirer un large public en salles tout en éveillant les consciences avec un fond fédérateur. Une profonde réussite qui bouscule les codes dans tous les sens du terme.

Informations

Détails du Film Tout Simplement Noir
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 90 '
Sortie 08/07/2020 Reprise -
Réalisateur Jean-Pascal Zadi - John Wax Compositeur
Casting Fabrice Eboué - Joey Starr - Jonathan Cohen - Claudia Tagbo - Amelle Chahbi - Caroline Anglade - Lilian Thuram - Jean-Pascal Zadi - Ramzi Bedia - Cyril Hanouna - Fadily Camara
Synopsis JP, un acteur raté de 40 ans, décide d’organiser la première grosse marche de contestation noire en France, mais ses rencontres, souvent burlesques, avec des personnalités influentes de la communauté et le soutien intéressé qu’il reçoit de Fary, le font osciller entre envie d’être sur le devant de la scène et véritable engagement militant...

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