Critique Her de Spike Jonze (Her)

Her de Spike Jonze
La grande force poétique, onirique et romantique de Her, ce petit bijou de pure émotion

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

Les hommes pleurent aussi

 

Nous sommes une foule sentimentale, comme dirait Souchon. Déjà maintenant et encore plus dans le futur. Her se passe dans un futur proche où on écoutera encore et toujours du Arcade Fire (remarquable B.O. impressionniste du groupe), où lordinateur sera devenu un simple jouet de poche, et où les commandes vocales auront entièrement remplacé les touches manuelles. Face à un travail de deuil amoureux quil ne parvient pas à effectuer, Theodore Twombly, un rédacteur de courriers privés pour des particuliers, choisit de substituer lintelligence artificielle de son ordinateur à une véritable compagne. Cest loccasion pour Spike Jonze de nous présenter une vision crédible du futur, envahie par la virtualité et hantée par la solitude, un avenir qui ressemble déjà beaucoup à notre présent, où les hommes seffondrent et ne savent plus parler aux femmes, et où les ordinateurs nous comprennent parfois mieux que nous-mêmes. 

 

A quoi va ressembler notre futur ? A peu de choses près, à notre présent, sauf que lordinateur sera devenu complètement équivalent à notre téléphone portable et quune simple oreillette suffira pour dialoguer avec lui et le commander pour envoyer ou effacer des messages. Avec elle, en fait, puisque Theodore aura la liberté du choix du sexe de son système dexploitation. Dans une mégalopole étrange, mixte de Los Angeles et de Shanghai, fourmilière superbement filmée, où on bénéficie comme Theodore et un certain nombre dusagers facebookiens, « de beaucoup de contacts et finalement de peu damis », prend donc place la singulière intrigue de Her, cest-à-dire lhistoire damour entre un quidam anonyme et un système dexploitation informatique répondant au doux nom de Samantha. 

 

    La grande force poétique, onirique et romantique de Her, ce petit bijou de pure émotion 

 

Bien après Dans la peau de John Malkovich qui transcrivait la situation burlesque dun psychisme à explorer et à investir, Spike Jonze na aujourdhui plus vraiment le cœur à rire. Dans Her, il capte le désespoir contemporain de la solitude masculine à travers un Joaquin Phoenix (immense et méconnaissable, affublé dune moustache à la Groucho Marx), entouré de femmes pourtant avenantes qui ne le séduisent plus ou qui le repoussent : Amy (Amy Adams), la confidente fidèle, Catherine (Rooney Mara) lex devenue indifférente et une rencontre de hasard (Olivia Wilde) qui cherche en vain un peu plus quune nuit sans lendemain. Leffritement du couple (« comment grandir tout en restant proches ? Comment évoluer sans se faire peur ? »), le difficile travail du deuil amoureux, la peur de lengagement conjugal chez les hommes, le refuge dans une virtualité protectrice vécue comme une période de transition, sont traités avec une finesse et une subtilité dignes de tous les éloges. A l'heure des réseaux sociaux omniprésents où les gens se connaissent sans réellement se connaître, lamour peut-il se contenter uniquement de la virtualité ? La virtualité mène-t-elle plus sûrement à un absolu amoureux ? Chaque jour, via Facebook, il nous arrive de parler à des murs ; alors il ne serait pas si ridicule en définitive de nous adresser sentimentalement à une voix dépourvue de corps. Lorsque la voix en question tentera de substituer une enveloppe charnelle (Isabella) à sa virtualité informatique, l’échec sera patent, comme si le corps était finalement une limitation intolérable à linfini des possibles.     

 

Car Her sinscrit modestement dans la filiation de 2001 de Kubrick et de A.I. de Spielberg. Samantha, le système dexploitation de lordinateur de Theodore, ressemble à HAL, lordinateur omniscient de 2001, objectivement infaillible et pourtant fragilisé par des émotions qui paraissent humaines. Samantha progresse à toute allure et craint d’éprouver des sentiments quelle pourrait regretter. Ces émotions sont-elles réelles ou limitation habile de la psychologie de lespèce humaine ? Le doute reste permis même si à la vision de Her, lon penche naturellement pour la première option. La voix de Samantha (époustouflante Scarlett Johansson), exprime ainsi puissamment toutes les nuances du trouble amoureux et rend parfaitement crédible le pari expérimental du film (la plus grande partie de Her est constituée dun dialogue improbable entre Theodore et Samantha, soit entre un homme quasiment sans qualités, hébété et maladroit, abandonné de tous, et une voix infiniment rauque et sensuelle mais dénuée de visage). Cest un peu lhistoire dune ultra-moderne solitude qui dialoguerait avec une voix quelle seule pourrait entendre à lintérieur de sa tête, la voix de sa conscience, son Jiminy Cricket. Dune certaine manière, cest comme si Théodore en était venu à tomber amoureux de lui-même, ou de quelque chose qui serait directement une émanation de lui-même, telle une monade isolée qui serait obligée de vivre en autarcie complète, signe de l’égocentrisme effréné de notre époque.  

 

Or cet amour improbable et imprévisible, Spike Jonze y croit, nous le fait comprendre et ressentir et ne le condamne pas forcément. En cela réside la grande force poétique, onirique et romantique de Her, ce petit bijou de pure émotion :« lamour est lune des grandes démences acceptées par notre société ». Tout le film repose ainsi sur un fil dramatique ténu et minimaliste qui permet à Jonze datteindre sans la moindre esbroufe une poésie surréaliste qui défie les lois et les conventions, un lyrisme comparable à celui de Peter Ibbetson. Cest le film dun homme qui est déjà passé par de nombreuses histoires damour et qui montre à quel point il est difficile de sen sortir sain et sauf. Si Théodore pourra éventuellement être sauvé, cest quil aura en fin de compte su continuer à aimer et que ses larmes et ses émotions auront convaincu un être non constitué de chair et de sang de la beauté absolue des sentiments.

Informations

Détails du Film Her de Spike Jonze (Her)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Science - Fiction - Romance
Version Cinéma Durée 126 '
Sortie 19/03/2014 Reprise -
Réalisateur Spike Jonze Compositeur Owen Pallett
Casting Joaquin Phoenix - Scarlett Johansson - Rooney MAra - Olivia Wilde - Amy Adams
Synopsis Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l'acquisition d'un programme informatique ultramoderne, capable de s'adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de 'Samantha', une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

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