Critique Monos

Monos
Film des sens, Monos est une expérience viscérale. Une œuvre étrange et engagée où la confusion ambiante s'entrechoque avec l'incroyable beauté de ses paysages naturels.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Pierre LARVOL

Critique du Film

Que cela soit sur une montagne au-dessus des nuages ou au beau milieu d'une terrible jungle, la caméra du cinéaste brésilien Alejandro Landes semble échapper aux contraintes naturelles : une impressionnante maîtrise pour une œuvre techniquement accomplie. Et face à l'incroyable beauté de ses décors, Monos contraste avec la laideur de la situation, faite de destins brisés et d'avenirs incertains. Si l'émotion peine à éclore dans ce récit esthétique, l'expérience proposée n'en reste pas moins saisissante.

Quelque part en Colombie, le sommet d'une montagne se confond avec les nuages. Un lieu magnifique, hors du temps, idéal pour méditer, mais plus encore pour cacher un otage. Une tâche confiée à une bande d'adolescents, des recrues d'une mystérieuse organisation nommée FARC, une force armée révolutionnaire. Si un semblant d'ordre social existe, il dépeint toutefois l'état d'esprit de cette jeunesse guerrière, aussi fragile que violente. Ils s'entraînent, s'amusent, s'aiment et errent dans ce cadre onirique. Quand le ciel se découvre, un pays apparaît : la possibilité d'un avenir, mais lequel ? Etrangement, c'est la mort d'une vache laitière qui va les pousser à prendre leur destin en main.

S'intéressant aux enfants-soldats cyniquement instrumentalisés par des forces militaires, le film d'Alejandro Landes fait de la dissonance la clé de son récit. Une opposition qui entre en résonance avec la nature, à la fois aimée et rejetée. Un pied dans l'âge adulte, ces jeunes partagent une lueur au fond de l'œil : celle de l'innocence. L'insouciance de l'enfance n'est pas loin et pourtant il faut déjà pleinement exister au risque de se faire écraser. L'ordre social de la bande est construit autour de la domination, mais aussi de la soumission à la violence physique, une manière pour ces jeunes d'exprimer les joies et peines. Plus que par l'esprit, les huit enfants existent surtout par le corps. Particulièrement sensoriel, Monos intègre des parenthèses au récit comme des évasions du réel. Des instants fugaces et précieux, où le bonheur s'immisce dans la tragédie. Au détour d'une danse frénétique éclairé par un feu ou d'une balade acide dans la jungle, l'impression de vivre un rêve éveillé n'est jamais loin. Si un torrent de violence peut jaillir de ces enfants, l'humanité n'est toutefois jamais loin : l'étincelle d'un espoir.

S'affranchissant mystérieusement des contraintes de ses décors naturels, Monos bénéficie d'une remarquable photographie. Libre et moderne, la réalisation allie expérimentation et maîtrise technique. Quant au montage, il rythme et dose avec intelligence les séquences. La bande originale composée par l'anglaise Mica Levi contribue à l'aspect brumeux et surnaturel du film : on entend des sonorités électroniques qui s'évadent, des pulsions profondes et lointaines.

Film des sens, Monos est une expérience viscérale. Une œuvre étrange et engagée où la confusion ambiante s'entrechoque avec l'incroyable beauté de ses paysages naturels. Un cinéma des espaces, des instants, moderne et esthétique. Le portait d'une fragile jeunesse guerrière qui se construit dans le doute et la violence. Un monde dans lequel les fusils ont remplacé les crayons pour écrire demain.

Informations

Détails du Film Monos
Origine Internationale - Argentine - Colombie Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 114 '
Sortie 04/03/2020 Reprise -
Réalisateur Alejandro Landes Compositeur Mica Levi
Casting Julianne Nicholson - Moises Arias - Sofia Buenaventura - Julián Giraldo
Synopsis Dans ce qui ressemble à un camp de vacances isolé au sommet des montagnes colombiennes, des adolescents, tous armés, sont en réalité chargés de veiller à ce que Doctora, une otage américaine, reste en vie. Mais quand ils tuent accidentellement la vache prêtée par les paysans du coin, et que l'armée régulière se rapproche, l'heure n'est plus au jeu mais à la fuite dans la jungle...

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